Michel Platini
Michel Platini | AFP

Mondial 2022 : Michel Platini en garde à vue

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L'ancien président de l'UEFA Michel Platini a été placé en garde à vue ce mardi, indique une source proche de l'enquête concernant des soupçons de corruption lors de l'attribution de la Coupe du monde au Qatar en 2022. Selon MediaPart, l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, serait quant à lui auditionné sous le statut de "suspect libre" dans les locaux de l’Office anti-corruption de la police judiciaire (OCLCIFF) à Nanterre.

Cette garde à vue, annoncée par Mediapart et confirmée par une source proche de l'enquête, fait suite à une enquête préliminaire initiée en 2016 par le Parquet national financier (PNF) pour des soupçons de "corruption privée", "association de malfaiteurs", "trafic d’influence et recel de trafic d’influence". Il lui est reproché d'avoir joué un rôle dans l'attribution du Mondial 2022 au Qatar. Depuis, sur les 24 membres composant le Comité exécutif de la Fifa, et dont faisait partie Michel Platini, 16 ont été soit radiés, soit suspendus de leurs fonctions ou font l'objet d'une enquête.

Michel Platini "n'a strictement rien à se reprocher et affirme être totalement étranger à des faits qui le dépassent", ont indiqué les conseils de l'ex-patron de l'UEFA. Il "ne s'agit en aucun cas d'une arrestation, mais d'une audition comme témoin dans le cadre voulu par les enquêteurs, cadre qui permet d'éviter que toutes les personnes entendues, puis confrontées, ne puissent se concerter en dehors de la procédure", assurent-ils. Platini "s'exprime sereinement et précisément, répond à toutes les questions, y compris celles sur les conditions d'attribution de l'Euro 2016, et a fourni des explications utiles". "Il est absolument confiant sur la suite", concluent ses conseils.

Depuis ce fameux 2 décembre 2010, et le vote du comité exécutif de la Fifa en faveur du Qatar, les rumeurs de corruptions se faisaient entendre. A l'époque, le Qatar avait été préféré aux candidatures de l’Australie, du Japon, de la Corée du Sud, et des États-Unis au dernier tour. Outre l'aspect purement sportif, cette désignations fait encore couler beaucoup d'encre en raison des conditions climatiques (fortes chaleurs), écologiques (des stades climatisés), et éthiques (conditions des ouvriers sur les chantiers).

Le dîner secret du 23 novembre

Le 23 juillet 2011, soit moins de huit mois après le vote, l'ex-président de la confédération asiatique, le Qatari Mohammed Bin Hammam, avait été banni à vie de toute activité liée au football par la Fifa. Il avait été accusé d'avoir participé activement à l'achat de voix dans l'élection présidentielle de son instance. En France, l’enquête du PNF se focalise en particulier sur la fameuse réunion secrète tenue à l'Élysée. Révélée en 2013 par France Football dans son édition intitulée le "Qatargate", cette réunion se serait déroulée le 23 novembre 2010, seulement neuf jours avant le scrutin de la Fifa. Nicolas Sarkozy, alors président de la république, avait invité à déjeuner le prince héritier du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani ainsi que Michel Platini, alors président de l’UEFA et vice-président de la Fifa.

Pour l'ancien patron de la Fifa, Sepp Blatter, l'attribution du Mondial 2022 au Qatar a été orchestrée par Nicolas Sarkozy. "De toute façon la désignation/élection du Qatar pour la Coupe du monde 2022 a été faite suite à l'intervention politique du président de la République, Nicolas Sarkozy, demandant à Michel Platini de voter avec ses proches pour le Qatar", avait affirmé M. Blatter à l'AFP. L'ancien dirigeant du football mondial est lui-même suspendu par la justice interne de la Fifa pour un paiement controversé à Platini.

Le 10 mars dernier, le Sunday Times avait révélé l'existence d'un contrat secret passé entre la Fifa et la chaîne de télévision Al-Jazeera. Ce contrat, conclu trois semaines avant le vote, prévoyait notamment le versement d'un bonus d'environ 75 millions d'euros sur un compte de la Fifa en cas de désignation du Qatar comme hôte du Mondial-2022. Selon le journal dominical anglais, Sepp Blatter et son secrétaire général à l'époque, le Français Jérôme Valcke, avaient signé le contrat une semaine après le vote en faveur de l'émirat. De même, dans le cadre d'un deuxième contrat de droits télévisés, 480 millions de dollars auraient aussi été versés par le Qatar à la Fifa trois ans plus tard.

Aulas vient à la rescousse de Platini

Le président de l'Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas a estimé mardi que Michel Platini "n'y était pour rien". "Ma conviction personnelle est que Michel n'y est pour rien" en marge de la présentation aux médias du nouvel entraîneur de l'OL féminin, Jean-Luc Vasseur. L'ancien président de l'UEFA "est quelqu'un de très droit, que j'apprécie", a-t-il dit. "Il est vrai aussi que le Mondial au Qatar bouleverse tellement de choses car il y a tellement d'enjeux économiques et financiers que cela a interpellé tout le monde (...) mais je reste persuadé que Michel n'y est pour rien dans cette affaire-là", a conclu Jean-Michel Aulas.

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