Lionel Messi Argentine
Lionel Messi (Argentine) | JEWEL SAMAD / AFP

Messi avec mention, Ronaldo recalé

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Lionel Messi, Neymar et Cristiano Ronaldo étaient annoncés comme les trois superstars de cette Coupe du monde. Les deux premiers ont répondu présent en portant littéralement l'Argentine et le Brésil sur leurs épaules tandis que le Portugais n'a pas pu empêcher l'élimination de son pays. Il rejoint Wayne Rooney, les Espagnols ou Balotelli dans le rang des déceptions de ce Mondial. D'autres, comme Karim Benzema, Arjen Robben, Thomas Müller ou James Rodriguez, ont au contraire éclaboussé ce premier tour de toute leur classe.

Si la Coupe du monde était un examen, difficile de dire qui sortirait major de la promotion du premier tour. Plus médiatiques que leurs camarades de classe, Lionel Messi et Neymar auraient certainement droit au tableau d'honneur mais d'autres élèves, aussi talentueux mais que l'on attendait peut-être pas à un tel niveau, mériteraient également les accessits. En revanche, d'autres surdoués ne s'en sortent pour l'instant qu'avec la mention passable, c'est notamment le cas du Belge Eden Hazard, alors que d'autres sont bons pour le redoublement, soit pour leur résultats insuffisants, soit pour leur comportement (Luis Suarez est passé en conseil de discipline)

Messi et Neymar, les locomotives

C'est peu dire que les deux hommes sont soumis à une pression infernale. L'Argentin parce qu'il n' a pas encore marqué l'histoire de la Coupe du monde de son empreinte après deux tentatives infructueuses en 2006 et 2010 et qu'il joue toujours avec l'ombre de Diego Maradona dans le dos dès qu'il revêt le maillot de l'Albiceleste. Pour le moment, sa campagne individuelle est un succès. Quatre buts en trois matchs, le quadruple Ballon d'Or fait déjà beaucoup mieux qu'en Afrique du Sud où il avait quitté la compétition sans avoir trouvé le chemin des filets. Reste que si Messi a retrouvé son efficacité, sa formation n'a pas convaincu en trois matchs et se repose presque exclusivement sur les coups de patte de son gaucher. Sera-ce suffisant jusqu'au bout ? Pour l'instant l'Argentin fait le bonheur... 

Le constant est quasiment le même pour Neymar. Attendu par tout un peuple, l'attaquant auriverde a su répondre à la démesure du peuple brésilien en gardant une attitude parfaitement décontractée. A 22 ans, cette insouciance est au moins aussi efficace que ses dribbles et peut lui permettre de guider la Seleçao jusqu'au bout mais, comme Messi, lui aussi aura besoin que ses coéquipiers se mettent au diapason.

Co-meilleur buteur de la compétition avec Messi et Neymar, Thomas Müller confirme qu'il est bien l'homme des grands rendez-vous. Souvent décisif avec le Bayern dans les matches qui comptent, l'Allemand se surpasse en Coupe du monde. Déjà auteur de cinq buts en 2010, Müller a déjà frappé à quatre reprises, dont trois fois contre le Portugal. A ce rythme, et à seulement 24 ans, il pourrait bien battre le record de buts en Mondial détenu par Ronaldo et son compatriote Miroslav Klose (15 buts). Dès cette édition ? 

Arjen Robben, trois buts, talonne le trio de tête dans le classement des buteurs. Mais personne n'a laissé une telle impression. Quand il est en pleine possession de ses moyens physiques, le Néerlandais combine la vitesse de course d'un Cristiano Ronaldo avec la conduite de balle d'un Messi. Injouable. Et son association avec Robin Van Persie, lui aussi de retour en grâce sous le maillot orange après avoir été longtemps dans le rouge, autorise tous les espoirs aux Pays-Bas.

Rodriguez, le grain de folie des Cafeteros

Karim Benzema, pour sa première Coupe du monde, a également frappé fort. Même s'il n'a pas franchi l'Equateur, le Français a parfaitement mené sa barque au Brésil. Trois buts pour lui aussi, et surtout une implication qui fait plaisir à voir. Celle de Blaise Matuidi n'est plus à démontrer. Le milieu de terrain du PSG est partout à la fois et même devant le but adverse. L'une des grandes révélations pour ceux qui ne le connaissaient pas encore. 

Si certains Européens ont réussi à faire briller l'étoile pâlissante du Vieux Contient, c'est bien l'Amérique du Sud qui a émergé lors de ce premier tour. Symbole de cette force vive, la Colombie a enthousiasmé par sa fraîcheur et son jeu collectif. Ce n'est pas encore le fameux "toque" popularisé par la bande de Carlos Valderrama en 1990 mais, avec James Rodriguez, les Cafeteros possèdent une graine de champion. Déjà impressionnant sous le maillot de Monaco pour sa première saison en Ligue 1, le gaucher a pris une dimension supérieure avec sa sélection nationale dont il est plus que jamais le guide en l'absence de Falcao.

Puisqu'il faut bien citer un défenseur parmi tous ces joueurs offensifs en attendant les matchs couperets où les Thiago Silva, Vincent Kompany, Rafael Varane ou autres auront leur mot à dire, Diego Gaudin s'est encore distingué. Intraitable sur l'homme, l'Uruguayen possède également des dons de buteur décisif, le plus souvent de la tête. L'Atletico Madrid et la Celeste ne s'en plaignent pas. Luis Suarez, face à l'Angleterre, a lui aussi endossé le costume du sauveur... avant de le troquer par celui du vampire contre l'Italie. Sans l'attaquant de Liverpool, suspendu 9 matchs, les ambitions de l'Uruguay seront peut-être revues à la baisse. Ce n'était pourtant pas faute d'avoir les dents longues... 

Ronaldo boîte, le Portugal trébuche

Bien sûr, imputer l'élimination du Portugal au seul Cristiano Ronaldo serait aussi cruel qu'injuste. Arrivée au Brésil sur une jambe (blessures au genou et à la cuisse), la superstar lusitanienne ne pouvait pas faire de miracle. Le manque de solutions de rechange en attaque et la fébrilité de certains (l'éternel Pepe) ont au moins autant plombé le Portugal que l'inefficacité de CR7. Pour autant, l'attaquant du Real n'est pas exempt de tout reproche et la pelletée d'occasions manquées face au Ghana fait sérieusement tâche. Avec un seul but lors de cette édition, Ronaldo quitte la compétition prématurément et laisse ses rivaux s'écharper pour le titre de meilleur joueur du monde. 

Ronaldo n'est pas le seul à avoir déçu. Wayne Rooney, même s'il a enfin fini par marquer, n'est définitivement pas ce joueur décisif qui aurait pu sortir l'Angleterre de l'impasse. Le collectif espagnol, véritable marque de fabrique et machine à gagner depuis 2008, a quant à lui connu un coup d'arrêt brutal. A travers ses individualités les plus marquantes (Cassilas, Piqué, Xavi, Xabi Alonso) c'est tout un système qui a failli. Mario Balotelli, lui, ne rentre dans aucun système. C'est bien d'ailleurs le problème. Le fantasque attaquant italien, encore une fois ingérable et déconcertant de lymphatisme, semble prendre un plaisir masochiste à saborder sa carrière. Daniele de Rossi l'a déjà prévenu, sans le nommer, après l'élimination de la Squadra : "On doit se souvenir de tout et nous reconstruire avec des vrais hommes, pas avec des starlettes". 

Julien Lamotte