Chiellini Buffon
Les deux joueurs italiens Giorgio Chiellini et Gianluigi Buffon | AFP - OSVALDO AGUILAR

L'Italie, parole à la défense

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Deuxième du groupe C, l’Italie est encore en bonne place pour se qualifier. Un nul lui suffirait face à l’Uruguay pour se hisser en 8e de finale. Mais face à l’attaque de feu de la Celeste, les Italiens n’ont plus forcément la rigueur défensive et la maîtrise tactique pour annihiler les futures offensives de Luis Suarez et Edinson Cavani. Cette "finale" est l’occasion de prouver que l’Italie sait toujours défendre.

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En cas d’élimination précoce ce mardi soir, les Italiens ne remercieront pas forcément l’Espagne. Cette Roja triomphante de 2008 à 2012 au jeu léché et offensif a servi de modèles aux sélections en manque d’idée. Tous voulaient s’en inspirer. Laurent Blanc avec l’équipe de France a voulu se glisser dans les traces. Cesare Prandelli aussi. Débarqué sur le banc de la Squadra Azzurra après le fiasco de 2010 (tenante du titre, l’Italie avait disparu au 1er tour en Afrique du Sud), l’ancien entraîneur de la Fiorentina a apporté avec lui une nouvelle philosophie. Exit les Nesta, Materrazzi ou Cannavaro, vieux symboles d’une Italie défensive et intraitable, place au beau jeu articulé autour de l’artiste Andrea Pirlo. Et ça a marché avec une finale – perdue certes – à l’Euro 2012. L’Italie avait réussi sa mue. Problème, au Brésil, après un match encourageant face à l’Angleterre (victoire 2-1), la Nazionale a perdu son football offensif contre le Costa Rica (revers 1-0) et là voici dans l’obligation de ne pas perdre contre l’Uruguay. Avant c’était dans sa culture (le fameux « catenaccio » de l’Inter d’Helenio Herrera dans les années 1960). Mais ça c’était avant.

Des matches-références

Le "tikitalia" loué par la presse transalpine devrait être mis en stand-by face à l’Uruguay. Critiqué après la défaite face aux Sud-Américains, Cesare Prandelli devrait abandonner son 4-1-4-1 pour revenir à un système que lui et ses joueurs connaissent bien et qui a fait ses preuves, le 5-3-2 avec trois centraux et deux ailiers-défenseurs sur les côtés. Comme face à l’Espagne lors du premier match de l’Euro 2012 au cours duquel l’Italie avait accroché les champions du monde (1-1). Cela faisait suite à une déroute en préparation contre la Russie (0-3). "Je me rappelle bien ce match, a raconté Prandelli  à l'AFP, nous n'avions pas une condition physique acceptable. Après l'avoir analysé, nous avons vu que  la défense, bien que jouant à quatre, faisait des mouvements à trois. C'était comme un message indirect, comme si l'équipe m'avait dit: ++OK, tu veux qu'on  joue à quatre, mais nous inconsciemment on préfère à trois."

A la Coupe des Confédérations, encore contre l'Espagne en demi-finale, l'Italie avait rejoué avec une défense à trois, et deux rangs de latéraux, derrière et devant. "Un de nos meilleurs matches", jugeait Prandelli, perdu aux tirs au but (0-0, 7 t.a.b. à 6). La Juventus d’Antonio Conte domine le Calcio depuis trois ans, également avec ce système avec un homme en son cœur, Andrea Pirlo. Contre l’Uruguay, le milieu de terrain sera encore là pour distiller ses passes et harmoniser le jeu. Contrairement à Daniele De Rossi, forfait en raison d’une blessure au mollet, autre homme important du 5-3-2. C’est en effet le milieu de la Roma qui reculait en libero habituellement.

"Plus capable"

Daniele De Rossi est un membre de la colonne vertébrale de la sélection avec Buffon, Chiellini, Pirlo et Balotelli. Son absence contraint Prandelli à revoir ses plans. En défense, le sélectionneur va devoir aligner le trio de la Juventus Turin, de gauche à droite Andrea Barzagli, Leonardo Bonucci, Giorgio Chiellini. Des joueurs qui ont leurs habitudes et leurs repères. Mais le souci pour Prandelli, plus que les hommes, c’est la mentalité. Pour caricaturer, en quatre ans, l’Italie a désappris à défendre et appris à jouer. Chercher le nul n’est plus dans ses habitudes. "Pour atteindre l'objectif, il faut une mentalité de vainqueur, nous ne sommes pas capables de descendre sur le terrain pour jouer le nul. Nous ne voulons pas subir, et si cela devait nous arriver, alors nous devons être capables de contre-attaquer", a déclaré Prandelli en conférence de presse comme pour mieux enterrer le cadavre d’une Italie qui verrouille.

Le technicien ne veut pas se renier, mais il sent que ses joueurs sont fatigués, usés par la saison et la chaleur qui règnent au Brésil. Il s’adapte. Et si les choses tournaient mal ce mardi soir, il trouverait des réponses. "Je ne connais pas de contre-exemple, a conclu Prandelli : une équipe avec une défense à cinq menée sort un défenseur et revient à quatre, le contraire, jamais". "Je préfère toujours la défense à quatre, qui selon moi est plus facile à entraîner qu'une défense à cinq". Mais les supporters italiens, plus que le beau jeu, préfèrent la victoire. Pas sûr qu’ils accepteraient que leur équipe quatre fois championne du monde (1934, 1938, 1982, 2006) rejoigne l’Espagne et l’Angleterre dans le cimetière des glorieux anciens.