Benzema-Evra
Karim Benzema et Patrice Evra | AFP - RODRIGO BUENDIA

L'expérience, la faille de l'équipe de France

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La France va passer au révélateur allemand. Sur le papier et vu le premier tour des deux équipes, ce quart de finale n’est pas aussi déséquilibré que le classement Fifa ne le laisse paraître. En revanche, s’il y a bien un point sur lesquels les Bleus sont en retard, c’est celui de l’expérience de ces grands rendez-vous. Pour Didier Deschamps et ses hommes, il va falloir compenser.

"C'est un vrai collectif, bien rodé, bien huilé, car ce  sont des joueurs qui jouent ensemble depuis 2006. Huit ans de vie commune, des  joueurs de 28, 29 ans qui ont plus de 100 sélections. Ils ont des habitudes, ils se trouvent les yeux fermés". Willy Sagnol, pour avoir passé huit ans au Bayern Munich, connaît bien le foot allemand. Quand le nouvel entraîneur de Bordeaux évoque la Mannschaft, il ne fait que confirmer ce que Deschamps et les Bleus savent déjà, les Allemands ont l’expérience pour eux. L’expérience du haut niveau et des grands rendez-vous. En club, mais aussi en sélection.

En habitué

En éliminant – difficilement – l’Algérie en 8e de finale, l’Allemagne n’a fait que valider son ticket pour les quarts de finale, son 16e d’affilée en Coupe du monde, son 17e en 18 participations. Mieux encore, depuis 2006, l’Allemagne se hisse systématiquement dans le dernier des grandes compétitions internationales (demi-finale en 2006, 2008, 2010, 2012, finale en 2008). La retrouver là n’est plus un hasard. Pour les cadres comme Philipp Lahm, Miroslav Klose et Bastian Schweinsteiger, qui étaient déjà là en 2006, c’est même une habitude. Créé par Jurgen Klinsmann et façonné depuis par Joachim Löw, ce groupe  n’a que très peu bougé depuis l’Afrique du Sud en 2010 (11 des 23 joueurs étaient déjà présents en 2010). Lahm, Klose, "Schweini", ainsi que Mertesacker et Podolski étaient déjà du Mondial allemand.

Tous les autres cadres (Muller, Kroos, Ozil, Boateng, Khedira) étaient eux présents en Afrique du Sud. Tous ont donc déjà joué ces matches à enjeu. Ceux qui peuvent vous couper les jambes. Face au Nigéria, les Bleus ont été loin du niveau affiché lors des deux premières rencontres. "On est entrés un peu crispés dans ce match", avait déclaré Blaise Matuidi après le Nigéria. Face à l’Allemagne, la pression ne sera pas moins forte. Au contraire. Du haut de leurs 1027 sélections au total, soit près du double des Bleus (543), les 23 joueurs allemands peuvent toiser les Tricolores. La Mannschaft compte même cinq « centenaires » - Lahm 108 sélections, Mertesacker 100, Schweinsteiger 103, Klose 133 et Podolski 115 - quand Benzema, le plus capé des 23 Bleus, n’en comptent que 69. Le risque de voir les Allemands paniquer ou être tendus avant le quart de finale est quasiment nul.

En club aussi, les Allemands sont devant

Cassons tout de suite une image fausse : l’équipe de France n’est pas plus jeune que l’équipe allemande. L’écart est faible certes - 8 mois (26 ans et 10 mois de moyenne d’âge pour les Bleus, 26 ans et 2 mois pour les Allemands) – mais bien là. Or on a l’impression de voir les Muller, Kroos, Schweinsteiger, Lahm au plus haut niveau depuis de nombreuses années au contraire des Griezmann, Sakho, Varane ou Matuidi. Justement car ils le côtoient régulièrement avec le Bayern Munich. Avec sept joueurs provenant du géant bavarois, Löw a une ossature parfaite qui reste sur trois finales, dont un titre, en Ligue des Champions (2010, 2012, 2013) et une demie (2014) en quatre ans.

Si on se penche sur les joueurs français, ceux qui ont joué des matches importants en clubs sont rares : Benzema, Varane ont gagné la C1 avec le Real cette année, Evra l’a gagnée avec Manchester en 2008 et joué deux finales (2009 et 2011), Matuidi, Cabaye et Valbuena ont joué un quart de Ligue des Champions avec le PSG et l’OM, une compétition dont Pogba s’est fait sortir au premier tour cette année avec la Juventus et où Sagna et Giroud se sont arrêtés en 8e de finale avec Arsenal. C’est maigre.

Même pas peur

A ce petit jeu des comparaisons, la France part perdante. Elle va devoir trouver des moyens de pallier à ce déficit. Une chose est sûre, les Bleus n’ont pas peur. "C'est une très belle équipe, quand on regarde le passé, elle a souvent fait de belles choses en Coupe du monde. Elle garde bien le ballon, a un jeu plaisant à voir, mais nous aussi on est très fort et j'ai confiance en nous. Peu importe s'ils sont mieux ou moins bien qu'avant, ce qui m'importe c'est notre jeu », a lancé Mamadou Sakho. A l’image de leur défenseur central, les Bleus sont surs de leurs forces et des repères acquis au fil des matches et tant pis pour Oliver Kahn qui a réservé aux Bleus une sortie dont il a le secret.

"Ce n’est pas une grande équipe, elle est loin d’être au-dessus du lot», a expliqué l’ancien portier du Bayern à la ZDF. «On a vu beaucoup de faiblesses chez les Français contre le Nigeria. Lorsqu’on les presse tôt au milieu de terrain, ils n’arrivent pas à trouver Benzema. Il ne leur reste que peu de possibilités. Quant à la défense, elle n’est pas sûre du tout. Tu auras toujours des chances contre elle". Une belle façon de motiver Mamadou Sakho : "Kahn a dit qu'on était pas une grande équipe ? On verra le jour J", a-t-il souri. Grande en expérience non, mais sur le terrain elle entend bien le prouver. Et Oliver Bierhoff,le manager de la Mannschaft de prévenir, « nous ne sommes pas favoris ». Les Bleus voulaient être pris au sérieux, ils ont déjà gagné.

Le tweet d'OptaJean

Vidéo : Blaise Matuidi évoque l'équipe d'Allemagne

Benoit Jourdain @BenJourd1