Espagne Trophée Mondial 2010
L'Espagne a soulevé pour la première fois de son histoire la Coupe du monde | AFP - Pierre-Philippe Marcou

L'Espagne, le Monde après l'Europe

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Pour la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde, l'Espagne est devenue reine de la planète après sa victoire sur les Pays-Bas (1-0) à l'issue de la prolongation, sur un but d'Iniesta. Pour la première fois dans l'histoire, une équipe ayant perdu son 1er match est sacrée, et pour la 1ère fois, une équipe européenne s'impose hors d'Europe. Pour la troisième fois en autant de finales, les Pays-Bas ne sont que vice-champions du monde.

Le scénario était annoncé, connu. Une Espagne dominatrice techniquement et dans la conservation du ballon, une Hollande à l’affut du moindre ballon perdu en cours de route. En se reposant sur leurs certitudes, les deux équipes ont laissé aux vestiaires les petites surprises qui rendent un match alerte et attrayant. Entre deux des plus techniques joueurs offensifs de cette Coupe du monde, la qualité du match a été proche du médiocre, sauf peut-être en prolongation, et encore.... Un peu à l’image d’une compétition qui ne restera pas dans l’histoire, hormis pour sa localisation géographique. En revanche, les 14 avertissements ont été un sommet.

Avec son milieu de terrain, l’Espagne devait avoir le monopole du ballon. C’était l’une des conditions pour s’imposer, selon Xavi, le maître à jouer. Et dans cette première période, la domination a été telle que les Néerlandais n’ont que rarement pu construire une action. Pour les Pays-Bas, la solution était de subir ce monopole tout en empêchant les situations très dangereuses et trouver quelques contres assassins face à une formation absorbée par l’attaque. Pour y parvenir, ils ont employé des moyens similaires à ceux mis en place contre le Brésil en quarts de finale, et qui leur avaient réussi : de la solidité, un bloc-équipe très bas, et des fautes, beaucoup de fautes. Habituels responsables des basses œuvres, Van Bommel et De Jong, qui se sont illustrés en réalisant deux attentats qui auraient mérité du rouge, l’arbitre M. Webb se contenant du jaune. L’expérimenté joueur des Oranje taclait sans retenue et par derrière Iniesta (22e) avant que son complice du milieu de terrain n’appose ses crampons sur le sternum de Xabi Alonso (28e). La volonté de ne pas entacher une finale de Coupe du monde d’un carton jaune aura certainement retenu la main de l’arbitre anglais.

Dans ces quarante-cinq premières minutes hachées par une grande quantité de fautes, le jeu se résumait à quelques éclairs. Le premier dès la 5e minute, l’œuvre de Sergio Ramos dont la tête décroisée, sur un coup franc de Xavi, était déviée par Stekelenburg sur sa ligne. Le second était à mettre à l’actif de David Villa, mais sa volée du gauche au deuxième poteau finissait dans le petit filet (12e). De l’autre côté du terrain, Casillas se faisait une belle sueur froide en jugeant mal un long ballon redonné par les Hollandais, qui terminait en corner après l’avoir lobé (34e). Sur un corner de Robben joué en retrait, Van Bommel ratait sa frappe qui allait vers Mathijsen, seul au deuxième poteau, qui ratait sa reprise du gauche (37e). Dans le temps additionnel, Robben sortait enfin sa frappe du gauche, déviée en corner par Casillas (45e+1). C’était tout, et ce n’était pas beaucoup entre deux équipes qui avaient réussi, par moments dans ce Mondial, à briller de mille feux offensivement. Mais à 90 minutes (voire plus) du premier sacre mondial de chaque nation, aucune équipe ne voulait prendre trop de risques.

Robben perd ses face-à-face

Après quinze minutes aux vestiaires, les Néerlandais revenaient en tentant de placer leur bloc un peu plus haut sur le terrain, ce qui leur permettait de réaliser quelques mouvements collectifs, jusque-là inexistants. Il ne fallait attendre que la 52e minute pour que Robben se recentre et place son tir du gauche que Casillas arrêtait. C’est Xavi qui répondait sur coup franc, mais le ballon passait à côté de la lucarne (55e). L’ambiance s’alourdissait encore un peu plus avec un ballon rendu par Van Bommel à côté du poteau de corner espagnol (56e). Car si les Espagnols avaient, semble-t-il, choisi de laisser un peu plus le ballon aux Oranje pour avoir des espaces (à moins qu’ils aient moins de maitrise), ils n’en abandonnaient pas leurs ambitions de victoires. Mais les avertissements se multipliaient. Sergio Ramos était tout heureux de voir le drapeau levé pour hors-jeu de Heltinga sur lequel il avait commis une faute (58e). A la 62e minute, Sneijder envoyait dans la profondeur Robben qui, seul devant Casillas, voyait sa tentative déviée en corner par le portier ibère. C’était presque le scénario rêvé par le sélectionneur Van Marwijk. L’Espagne réagissait par le remplaçant Jesus Navas qui débordait et centrait, Heltinga ratant son dégagement avant de revenir au dernier moment dévier le tir à bout portant de Villa (69e). Et sur un corner de Xavi, Sergio Ramos, tout seul, ne cadrait pas sa tête à 7m du but (77e). L’énervement gagnait les rangs ibères, à l’image de cette réaction d’Iniesta sur Van Bommel qui aurait pu lui valoir un retour aux vestiaires avec un autre arbitre que Webb (79e). Pour la deuxième fois, Robben s’infiltrait dans l’axe, en prenant de vitesse Puyol, qui l’accrochait, avant de se heurter à Casillas (83e). Le piège néerlandais fonctionnait, réduisant à néant la vitesse du jeu espagnol. Le temps réglementaire se terminait. Pour la deuxième fois dans l’histoire du Mondial (après la finale 1994 entre le Brésil et l’Italie), une prolongation se joue en finale après un score nul et vierge (0-0).

Les Espagnols étaient les premiers à se relancer, avec Fabregas qui ne pouvait tirer, Iniesta qui était contré et Xavi qui tapait la jambe d’Heltinga au moment de frapper dans la surface (92e). Sur une récupération en milieu de terrain, Iniesta lançait idéalement Fabregas dans la profondeur mais son tir du gauche était détourné du pied par Stekelenburg (95e). Sur l’action suivante, le corner de Robben trouvait la tête de Mathijsen qui l’enlevait à 7m du but (96e). Les deux équipes semblaient un peu plus désireuses de trouver le chemin des filets avant les tirs au but. Cette fois, c’est Fabregas qui trouvait dans l’axe Iniesta, qui tergiversait et était contré par le retour de Mathijsen (99e). Et Jesus Navas croyait bien libérer les siens mais Van Bronkhorst déviait le ballon dans le petit filet, son gardien étant parti de l’autre côté (101e). Juste avant la pause, le capitaine hollandais quittait le terrain, terminant ainsi sa carrière en orange après 106 sélections. A la 109e minute, sur un une-deux entre Iniesta et Xavi, Heltinga posait la main sur l’épaule du Barcelonais qui s’écroulait. L’arbitre sifflait un coup franc, mais il sortait surtout un deuxième avertissement au défenseur, synonyme d’expulsion. Les Pays-Bas finissaient à 10, mais Xavi ne cadrait pas sa frappe. Finalement, l’ouverture du score était l’œuvre d’Iniesta, à la réception d’une passe de Xavi, qui fusillait du droit le portier hollandais dans la surface (116e). Sous son maillot, le Barcelonais avait un t-hsirt pour rendre hommage à Dani Jarque, jeune espoir de l'Espanyol Barcelone décédé d'une crise cardiaque l'an dernier en pleine préparation d'avant-saison. Dans le temps additionnel, le pauvre Torres se claquait la cuisse, terminant la compétition aussi mal qu'il l'avait commencée. On attendait Villa, ou Sneijder, ou Xavi, ou Robben, et finalement, c'est le plus discret des techniciens qui a trouvé la voie du premier succès mondial de l'Espagne.

L’Espagne exultait, la Hollande enregistrant une troisième défaite en finale en autant de présence. Et les coéquipiers de Sneijder pouvaient regretter de n'avoir perdu qu'un seul match en Afrique du Sud, le plus crucial de son histoire. Après l’Euro-2008, l’Espagne devient championne du monde pour un sacre qui lui était annoncé avant le début de la compétition, mais qu’elle a eu bien du mal à conquérir. Pour la première fois de l’histoire, une équipe vaincue lors du premier match de la Coupe du monde devient championne du monde. L'équipe ibère est la 8e nation à inscrire son nom au palmarès de la Coupe du monde, mais avec seulement 8 buts au compteur, elle est la première à avoir été aussi peu productive offensivement pour l'emporter. Loin de l'image laissée lors de l'Euro-2008.

Réactions:

Andres Iniesta (milieu de l'Espagne et buteur): "C'est incroyable ! Quelle joie, surtout quand on voit comment on gagne. Il n'y a pas de mots pour exprimer ce que je ressens. Après mon but, j'ai pensé à ma famille, à tous les gens que j'aime. Mais cette victoire est le fruit d'un énorme travail."

Xabi Alonso (milieu de l'Espagne): "Tout cela est très grand. Je ressens de l'euphorie, de la joie, que du positif. Ce qui compte c'est de gagner les finales. Cela a été compliqué mais nous avons gagné. Iniesta (auteur du but de la victoire) mérite le Ballon d'Or."

Vicente del Bosque (sélectionneur de l'Espagne): "Quelle joie d'avoir été 50 jours avec ce groupe de joueurs qui nous ont donné le titre mondial. C'est génial (...) Ce fut un match difficile. Nous avons bien commencé, puis ils ont pris le match en main. En deuxième mi-temps, il y a eu l'occasion de Robben et la sortie de Casillas nous a évité le pire. Après, je crois que nous avons été légèrement supérieurs."

Cesc Fabregas (milieu de l'Espagne): "C'est un moment historique. Je pense à ma famille qui a fait le déplacement. J'ai eu une mauvaise passe individuelle parce que j'ai peu joué, mais ils m'ont soutenu. Merci infiniment à tous. Vous êtes les meilleurs (les supporteurs). Nous vous remercions beaucoup. Nous espérons remettre ça dans deux ans (à l'Euro-2012)".

Pepe Reina (gardien remplaçant de l'Espagne): "Nous sommes parmi lesmeilleurs, maintenant il ne faut pas redescendre. Les Pays-Bas, c'estune sacrée sélection. Ils ont battu le Brésil et l'Uruguay, et nousavons vu pourquoi. Je pense à mon grand-père, qu'il repose en paix".

Dirk Kuyt (milieu des Pays-Bas): "C'est tellement décevant. Nous sommesdéçus, nous étions si près de la Coupe du monde. Nous sommes en colèreparce que nous étions tout près. Il ne faut jamais accuser les autres,parce qu'à la fin, chacun est le seul responsable de sa propreperformance, mais l'arbitre était légèrement plus pour eux que pournous. C'est ce qui nous a coûté la Coupe, en fin de compte".