Aimé Jacquet portrait lunettes 2010
Aimé Jacquet | AFP - Franck Fife

Les tacles fusent

Publié le , modifié le

De la classe politique aux joueurs et entraîneurs des autres délégations, en passant par les anciens internationaux français, le spectacle offert par l'équipe de France en Afrique du Sud a fait réagir... Les propos d'Anelka, son exclusion, le refus des joueurs de s'entraîner, tous ont donné leur avis.

"Je suis écoeuré, dégoûté, je  quitte mes fonctions, ce qui s'est passé est un scandale pour la Fédération,  pour l'équipe de France et pour le pays tout entier. Ils ne veulent pas  s'entraîner, c'est inacceptable", avait déclaré le matin même, Jean-Louis Valentin, directeur délégué de la FFF après avoir appris le refus des Bleus de s'entraîner. S'en suivait alors la fameuse déclaration des joueurs, curieusement lue par le sélectionneur. Cette situation ubuesque a permis à certains, parfois n'ayant aucun rapport, voire aucune connaissance du sujet de tirer à boulets rouges sur la faillite d'un système. En quelques heures, les déclarations ont fusé de toutes parts, à commencer par les principaux concernés par cette mutinerie.

Le président de la FFF Jean-Pierre Escalettes a ainsi "pris acte avec consternation du refus des joueurs de  l'équipe de France de participer à l'entraînement" pour dénoncer un "mouvement inacceptable" et un "comportement inadmissible des joueurs  représentants notre pays". "La délégation française et son président, Jean-Pierre Escalettes, ont pris acte avec consternation du refus des joueurs de l'Equipe de France de participer  à l'entraînement de ce jour", explique le communiqué de la FFF. M. Escalettes.

"Ce mouvement inacceptable est la conséquence de l'éviction de Nicolas  Anelka, selon eux, injustifiée. Contrairement aux affirmations des joueurs, cette sanction a été prise à l'issue d'un long entretien avec l'intéressé, en  présence du capitaine", poursuit ce texte. La FFF, "par la voix de son Président, présente ses excuses pour le  comportement inadmissible des joueurs représentants notre pays".

Présente sur place, la ministres de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Madame Roselyne Bachelot a tenté de calmer le jeu. "En ce moment, l'heure n'est pas à tirer des bilans, mais l'heure viendra  très vite", a dit Mme Bachelot au 20 heures de TF1. (Lundi), je réunirai à Bloemfontein le capitaine, Patrice Evra,  Jean-Pierre Escalettes (le président de la Fédération française de football), et  puis évidemment Raymond Domenech (le sélectionneur), parce qu'il faut que nos joueurs se ressaisissent", a insisté Mme Bachelot. "J'ai eu longuement Patrice Evra au téléphone. Il est décidé à faire un bon  match et à porter haut l'honneur de notre maillot bleu mardi. Moi je resterai avec eux mardi", a-t-elle assuré.

Et justement Evra, le capitaine de l'équipe de France,  a "démenti avec vigueur" auprès de l'AFP considérer Robert Duverne, préparateur  physique avec qui il s'est accroché dimanche soir, comme "le traître" qui a révélé à la presse les insultes de Nicolas Anelka. "Je souhaite démentir avec vigueur l'information relayée par certains médias  selon laquelle notre refus de nous entraîner serait motivé par le fait que nous  estimions que Robert Duverne était le traître évoqué" samedi, indique Evra dans un communiqué.

Dans la soirée de dimanche, le préparateur physique de l'équipe de France a démenti sur la radio RTL être la fameuse "taupe". "Je fais ce métier depuis très longtemps, j'ai un professionnalisme qui n'a  jamais été remis en cause. Je ne suis pas la taupe et les joueurs ne pensent pas  que je puisse l'être", a déclaré Robert Duverne. "A aucun moment les joueurs ne l'ont pensé, c'est très important de le dire  car c'est quelque chose qui est inadmissible, a-t-il ajouté. Que je puisse être  la taupe est quelque chose d'inacceptable".

Ce scandale a évidemment été relayé par les médias étrangers, qui n'ont pas manqué d'interroger les autres délégations sur le sujet. "Quand un joueur se rebelle de la sorte contre son entraîneur, je ne crois  pas que ce soit un épisode exemplaire pour le football", a ainsi estimé le sélectionneur de l'équipe d'Espagne Vicente Del  Bosque. Plus radical, le sélectionneur de la  Suisse, Ottmar Hitzfeld explique qu'il n'aurait pas hésité à partir sur le champs. "Ce qui est sûr c'est que les joueurs et les entraîneurs doivent  emprunter le même chemin. Moi, j'aurais dit +bye-bye+ aux joueurs, c'est ici que  nos chemins se séparent."

Si les propos d'Anelka relatés par la presse sont exacts, tout le monde est unanime à dire qu'ils sont condamnables. John Terry, son coéquipier à Chelsea a tout de même pris sa défense. "J'ai vu qu'ils l'avaient renvoyé à la maison pour avoir exprimé son opinion et peut-être que quelques-uns d'entre nous (les joueurs anglais, NDLR) seront renvoyés ce soir !", a-t-il déclaré, faisant référence à une réunion de crise qui devait avoir lieu dimanche soir avec le sélectionneur Fabio Capello. "Je le dis honnêtement, Nico est vraiment un bon gars. Avant qu'il vienne à Chelsea, beaucoup de choses négatives avaient été écrites sur lui mais vous ne trouverez pas meilleur homme que lui dans le football", a poursuivi Terry.

Egalement partenaire d'Anelka en club, Didier Drogba lui a apporté son soutien. "C'est mon partenaire depuis deux ans et demi, oui je le soutiens", a indiqué le capitaine de la Côte d'Ivoire peu après la défaite de son équipe face au Brésil (1-3). "Je souhaite bon courage à Nicolas Anelka, c'est un moment difficile, il est  costaud mentalement, c'est un compétiteur. Oui, ça m'a étonné qu'il soit exclu",  a-t-il ajouté.

Comme souvent dans pareille situation, les hommes politiques se sont fait un malin plaisir à profiter de la situation et caresser dans le sens du poil l'opinion publique. Quelques-uns ont toutefois une certaine légitimité à évoquer le sujet comme la ministre de l'Economie, Christine Lagarde. Ancienne sportive de haut niveau, et ayant porté elle-même les couleurs de l'équipe de France synchronisée, Mme Lagarde s'est déclarée "consternée par ce comportement" des Bleus. J'appelle à "resserrer les rangs (pour mardi) et à faire ce qu'il faut faire quand on est sportif de haut niveau", a-t-elle dit au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

Mais qui d'autres que d'anciens joueurs ayant porté le maillot bleu peuvent en parler le mieux à l'instar de Jean-Pierre Papin. L'ancien buteur de l'équipe de France a exprimé son désarroi lundi devant ce scandale, dénonçant "ces caprices de gamins qui salissent leur  pays". "Je pense que ça commence à bien faire maintenant. On a touché bien le fond, on est la risée du monde entier", a déclaré Papin sur France Inter. "Quand on a porté ce maillot, et qu'on l'a  porté fièrement, aujourd'hui notre fierté on l'a perdue", a insisté l'ancien international.

Pour Emmanuel Petit, interrogé sur France 2, "il n'y a plus d'héritage". Pour l'ancien milieu de terrain des Tricolores, "on a l'impression que tout est réduit à néant. Je peux comprendre les revendications des joueurs mais jusqu'à un certain point. La gestion tactique et la gestion des hommes est un problème qui n'est pas nouveau. Ce qui est intolérable, c'est que l'on ne parle plus de sport aujourd'hui, on parle d'enfants capricieux. Je leur demande d'être professionnels et sortir dignement de cette compétition", a-t-il lancé.

Celui qui a conduit les Bleus au titre suprême le 12 juillet 1998, Aimé Jacquet est peut-être le plus affecté. "On a touché le fond, a-t-il dit sur Canal +. Ces joueurs ne s'aperçoivent pas qu'il y a une Coupe du monde. C'est fantastique une Coupe du monde ! Je suis atterré par tout ça, a regretté encore l'ancien sélectionneur (Photo Presse-Sports). Je souhaite que la France relève la tête. Il y a des grands joueurs qui ont pris des responsabilités. Pour éviter d'avoir cette image qui va nous poursuivre pendant des années, j'espère qu'on va gagner mardi", a espéré toutefois Jacquet.