Lac du Katse Dam - Lesotho
Le Lac du Katse Dam, deuxième plus grand barrage d'Afrique | AFP - GIANLUIGI GUERCIA

Le Mondial met le Lesotho à sec

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Pendant que la planète football aura les yeux rivés sur les festivités du premier Mondial africain, d'autres se morfondront pendant ce mois de compétition. Enclavé au cœur du territoire sud-africain, le Lesotho voit ses réserves d'eau disparaitre pour mieux desservir l'afflux humain de son voisin. Ces nouvelles demandes entraînent de terribles pénuries.

Les robinets sont à sec

Le Lesotho, dit "le Royaume dans le Ciel" pour son altitude minimum de 1300 mètres, est en plein paradoxe. Tandis que l'une de ses principales ressources, l'eau, exportée à son voisin sud-africain permet à ce petit pays à l'intérieur des terres de survivre (65 millions de millions de mètres cube d'eau mensuels échangés contre 3, 3 millions d'euros) sa population est assoiffée. La cause ? Les besoins extraordinaires en eau et en énergie que demandent le Mondial en Afrique du Sud. L'affluence record de touristes et de professionnels oblige le gouvernement à prendre des mesures de prévention pour éviter tout risque de pénurie. Depuis un mois, les deux pays ont dû accélérer leurs échanges en vue de la compétition planétaire.

Les conséquences sont dramatiques pour la population du Lesotho, à l'Est de l'Afrique du Sud. Au pied de ces barrages d'eau, les plus démunis se retrouvent à marcher des kilomètres pour trouver un point d'eau potable. C'est le cas de Mmateboho Mokebesa, 69 ans, obligée de marcher des heures pour ramener un seau d'eau chez elle. Une demi-heure lui est nécessaire pour rejoindre le cours d'eau le plus proche. "Mais pour remonter, je mets une heure et demie, souligne-t-elle. Parce que c'est lourd, et que je dois aller jusqu'en haut."

Dans les villages, la situation n'est pas plus réjouissante. Les robinets sont à sec deux à trois semaines par mois. Ceux qui n'ont pas les moyens de pouvoir s'offrir un robinet d'eau courante achètent quelques litres à leur voisin mieux loti. A prix d'or. C'est le cas de Joseph Diphaphang Lethoko, jardinier de 42 ans, qui débourse 30 malotis (4 dollars) par mois pour subvenir à ses besoins. Dans un pays où le salaire moyen est de 2 dollars par jour, c'est un gouffre financier. "C'est beaucoup d'argent, explique t-il, parce que nous avons du mal à trouver du travail ici". "Ceux qui ont de l'argent ont de l'eau et de l'électricité, ajoute Mme Mpholo, mère de quatre enfants. Nous, on n'a rien."

Pourtant la monarchie constitutionnelle du Lesotho ne peut se passer d'une telle manne financière. Comme d'autres nations africaines, ce bout de terre de 30 355 km² paye son manque de ressources. L'argent que génèrent ses ventes d'eau lui est vital. Pour le peuple mais aussi pour son commerce futur. Il lui permettra d'agrandir ses activités dans le domaine hydraulique, grâce au "Lesotho Highlands Water Project", un système de canalisations et de tunnels, qui d'ici 2020 maîtrisera les eaux du fleuve Orange et dégage d'importantes royautés. Si la sécheresse ne vient pas s'en mêler.

Indépendant de l'Angleterre depuis 1966, le Lesotho et ses un peu plus de 2 millions d'habitants a mis sur un pied l'un des programmes de barrage hydraulique les plus ambitieux d'Afrique avec le barrage du Katse Dam. Ce projet pharaonique achevé en 1996, le plus haut d'Afrique, retient 2 320 000 mètre cube d'eau sur 710 mètres de large.

Assoiffer la population locale pour mieux servir ses hôtes. A l'heure où le continent africain s'applique à afficher ses qualités d'organisation, ses habitants les plus démunis payeront au prix fort cette parade. Simple dommage collatéral ? Cette nouvelle fausse note n'est pas sans rappeler le scandale des vendeurs ambulants, interdits d'approcher les stades de football. Afin de ne pas perturber son commerce, la Fifa a décidé de les bannir au profit des sponsors officiels. Une fois encore c'est au peuple sud-africain de souffrir pour parfaire la fête.