Les joueurs de beach-soccer sur la plage d'Ipanema de Rio
L'un des symboles du Brésil: sur la plage d'Ipanema de Rio de Janeiro, à l'ombre de la montagne Dois Irmãos (deux frères), soleil, plage et ballon rond | AFP - YASUYOSHI CHIBA

Le Mondial au Brésil tout en contrastes

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Avec le match d'ouverture de la Coupe du monde entre le Brésil et la Croatie ce soir (22h), le Brésil débute un mois de sport, de fête, mais aussi de tensions. Réussir la Coupe du monde, pour tous les Brésiliens, passera par une sixième étoile, la première décrochée à domicile. Tant que la Seleçao gagnera, la fête battra son plein dans tout le pays avec les 600 000 supporteurs étrangers attendus. Mais cela ne fera pas oublier les protestations sociales, qui ont enflammé le pays voici un an, et qui peuvent reprendre à tout moment à quatre mois de l'élection présidentielle. Les yeux de la planète entière sont fixés sur le Brésil, dont une partie de l'image se joue dans les 30 jours.

Un match d'ouverture pour donner le LA

Neymar, l'attaquant vedette attendu par tout un pays
Neymar, l'attaquant vedette attendu par tout un pays

Conquérante et dominatrice lors de la Coupe des Confédérations jouée l'an dernier, l'équipe du Brésil a ramené de l'optimisme et de l'allant à tous ses supporteurs. Ronaldo estime même que Neymar peut être le meilleur joueur de la compétition. Avec le Barcelonais en grande forme après les matches de préparation tous gagnés, la Seleçao débute son aventure face à la Croatie. Elle est logiquement favorite d'un groupe A en présence du Mexique et du Cameroun. Mais au pays du "jogo bonito" (beau jeu), la victoire ne suffira pas. Dans la toute nouvelle Arena Cortinhians de Sao Paulo, l'équipe de Luis Felipe Scolari a l'occasion de démarrer en fanfare la compétition pour confirmer, d'entrée, son statut de favori. Soixante-quatre ans après le traumatisme de la défaite en finale au Maracana contre l'Uruguay lors du Mondial-1950, le pays veut effacer ce traumatisme. Et l'hymne brésilien, certainement poursuivi a capella par les joueurs et le public comme ils l'avaient fait lors de la Coupe des Confédérations, sera le premier moment très fort de cette Coupe du monde. Soixante-quatre matches suivront jusqu'à la finale, le 13 juillet, au mythique Maracana de Rio.

Vidéo: Ultimes entraînements du Brésil avant son entrée dans la compétition

Une cérémonie d'ouverture endiablée

En confiant la chanson officielle du Mondial à un trio Jennifer Lopez, Pitbull, Claudia Leitte et le groupe de percussions Olodum, les organisateurs se sont assurés un show incroyable pour la cérémonie d'ouverture. La renommée internationale de Jennifer Lopez et Pitbull n'est plus à faire, ni même le côté "chaud" des danses de J.Lo. Mais elle aura fort à faire avec Claudia Leitte, une immense star au Brésil, un pays de plus de 200 millions d'habitants. "Je vais montrer ma 'brésilitude' au monde entier", a-t-elle promis. En clair, son déhanché et son goût pour "samber" vont peut-être un peu éclipser l'Américaine. Et elle a prévenu que le spectacle, de 25 minutes auquel participeront 600 artistes ou gymnastes (avec beaucoup de capoeira), sera "surprenant. Ce que je peux dire c'est que les enfants seront enchantés et les adultes seront émerveillés par la beauté de ce que nous allons faire".

Jennifer Lopez, Pitbull et Claudia Leitte (de gauche à droite) vont enflammer la cérémonie d'ouverture du Mondial
Jennifer Lopez, Pitbull et Claudia Leitte (de gauche à droite) vont enflammer la cérémonie d'ouverture du Mondial

Le spectacle "rendra hommage aux trois trésors du Brésil: la nature, le peuple et le football", a expliqué Daphné Cornez, la chorégraphe belge. Dans ce pays très croyant, un message de Paix sera adressé par le pape François et d'autres leaders religieux, avant un lâcher de colombes. Et un paraplégique abandonnera son fauteuil roulant pour donner le premier coup d'envoi du Mondial, grâce à un exosquelette motorisé créé par une équipe de 156 chercheurs du monde entier.

La grogne en arrière-plan

A Sao Paulo, les forces de l'ordre ont fait face aux manifestants ces derniers jours
A Sao Paulo, les forces de l'ordre ont fait face aux manifestants ces derniers jours

La grève des salariés du métro de Sao Paulo, levée voici deux jours mais toujours menaçante, a rappelé que le climat social n'était pas apaisé. En juin dernier, profitant des caméras braquées sur la Coupe des Confédérations, ils avaient été des millions à aller dans la rue pour clamer leur mécontentement. Et cela a duré. Grèves, manifestations, le peuple a beaucoup décrié les investissements considérables pour l'organisation de la Coupe du monde aux dépens de l'éducation et de la santé. La tension n'est plus la même aujourd'hui, mais il ne manque pas grand-chose pour qu'elle éclate de nouveau. Les 11 milliards de dollars investis dans le Mondial restent en travers de la gorge de beaucoup.

Vidéo: les expulsés du Mondial

C'est aussi pour cela que Dilma Roussef, la présidente, répète ces derniers jours que l'argent dépensé n'est pas perdu pour la population: "Nous avons construit, amélioré des aéroports, des ports, des avenues, des  ponts, des voies d'accès, des lignes de transport rapides et nous l'avons fait  en premier lieu pour les Brésiliens", scandait-elle à la veille de l'ouverture du Mondial. Et elle ajoutait que les réalisations "ne partiront pas dans les valises des touristes après le  Mondial. La Coupe dure à peine un mois, mais les bénéfices resteront toute la vie". Il faut dire que les élections présidentielles ont lieu dans quatre mois, le 5 octobre prochain. Elle sera candidate à sa propre succession, et si elle a pour l'instant l'avantage dans les sondages, elle sait qu'une bonne Coupe du monde, à tous les niveaux, peut la rapprocher de la victoire. Et inversement...
A l'approche de l'événement, les Brésiliens sont peu à peu entrés dans la compétition, décorant murs, rues et magasins. Mais pour certains, l'engouement n'est pas encore total. Les résultats de la Seleçao seront déterminants. 

Comme partout dans le pays, une rue de Porto Seguro s'est parée des couleurs des participants au Mondial
Comme partout dans le pays, une rue de Porto Seguro s'est parée des couleurs des participants au Mondial

Les travaux de la discorde

Cela fait plusieurs mois que la FIFA et le gouvernement brésilien se querellent au sujet de l'avancée des travaux. Passant du chaud au froid, les relations entre les deux parties n'ont pas amélioré l'image de l'un comme de l'autre. Mais sur le fond, le Brésil a accumulé les retards à tous les niveaux. Echangeurs routiers et métro toujours pas finis à Porto Alegre, l'extension du métro à Fortaleza débutée en août, le tramway à Sao Paulo inaugué en 2016, 10 des 23 projets d'autoroutes, de viaducs ou lignes de train à Recife pas encore commencés... Idem à Brasilia ou Rio de Janeiro. Les aéroports, au bord de l'asphyxie, ont dû entreprendre de grands chantiers pour faire face à l'afflux de touristes, alors qu'il manquait clairement des capacités hôtelières dans le pays. Malgré les sept années passées depuis la désignation du Brésil pour cette Coupe du monde, le pays a perdu beaucoup de temps, dépensé beaucoup d'argent, mais n'a pas pu tout faire.

L'Arena Corinthians de Sao Paulo, hôte du match d'ouverture entre le Brésil et la Croatie
L'Arena Corinthians de Sao Paulo, hôte du match d'ouverture entre le Brésil et la Croatie

Et que dire des enceintes sportives, avec l'Arena Cortinthians de Sao Paulo, qui va accueillir le match d'ouverture alors que des travaux sont toujours en cours et que l'inauguration n'a eu lieu qu'en mai. C'est encore pire à l'Arena da Baixada à Curitiba, à l'Arena Pantanal de Cuiaba, sans oublier le stade de Manaus et celui de Natal, loués pour leur côté écologique mais qui peinent à se terminer. Et ils sont promis à rester vides après le Mondial, car sans équipe résidente. Dans un pays où le taux de pauvreté est de 28.8%, le coût, et les surfacturations en raison de la précipitation à finir certains chantiers mais aussi de la forte corruption qui gangrène toujours ce pays.

Vidéo: Les travaux continuent sur le stade de Sao Paulo à la veille du match d'ouverture

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze