Sepp Blatter trophée Coupe du monde feuille 2018 Russie
Sepp Blatter dévoile le nom de la Russie | AFP - Philippe Desmazes

Le Mondial 2018 en Russie

Publié le , modifié le

Énorme surprise: la Fifa a décidé de confier l'organisation de la Coupe du monde 2018 à la Russie. La candidature russe l'a emporté contre tous ses concurrents européens, l'Angleterre, le duo Espagne-Portugal et le tandem Belgique-Pays-Bas. Le choix de la Russie est très politique, le pays ne présentant pas sur le papier des garanties très solides en terme d'infrastructures.

Tout y est encore à construire: stades (seul le Luzhniki à Moscou est aux normes d'une phase finale), hôtels, réseau de transport. La grande taille du pays constitue déjà en soi un défi logistique même si le dossier russe s'articule autour de treize villes regroupées en quatre pôles. Hormis Ekaterinbourg, toutes les villes sont situées dans la partie "européenne" de la Russie. Mais le soutien sans faille des autorités russes et du Premier ministre Vladimir Poutine ont dû rassurer les membres du CE de la Fifa. Le dirigeant russe avait déjà joué un rôle central dans l'obtention par Sotchi des JO d'hiver de 2014.

M. Poutine a, en plus, eu l'habileté d'éviter le voyage à Zurich en dénonçant une "concurrence déloyale" et "une campagne évidente contre les membres du comité exécutif de la Fifa". "On les couvre de boue, on essaie de les compromettre", avait-il lancé mercredi dans une allusion claire à l'Angleterre. Pour M. Blatter, cette ouverture à l'est s'inscrit ainsi dans cette volonté de défricher de nouveaux territoires, après une première Coupe du monde en Asie (Japon-Corée du Sud en 2002) puis en Afrique (Afrique du Sud en 2010). Le succès russe est un sérieux camouflet pour l'Angleterre, pays qui a donné naissance au football, malgré la qualité évidente de son dossier. Sa candidature a sans doute payé au prix fort les révélations sur des cas de corruption touchant le CE de la Fifa.

L'intense lobbying du Premier ministre David Cameron, secondé par le Prince William et David Beckham, n'a donc pas porté ses fruits et le dirigeant britannique n'a pas réussi à rééditer le coup de Tony Blair, artisan en 2005 du succès de Londres dans l'obtention des JO-2012. Le duo Espagne-Portugal avait également un dossier très bien ficelé. Mais les deux pays doivent faire face à une grave crise économique et des doutes sérieux existent quant à leur solvabilité financière à court ou moyen terme.

Joseph Blatter s'était en outre prononcé à plusieurs reprises contre le principe de la co-organisation après l'avoir testé en 2002 avec le Japon et la Corée du Sud. La Fifa a indiqué que, contrairement aux années précédentes, elle ne donnerait le détail des votes. Voila qui n'est pas de nature à arranger le tableau d'une désignation qui s'est faite sur fond de suspicion. Le Sunday Times est ainsi à l'origine des révélations ayant abouti à la suspension pour corruption, dans le cadre de la désignation des pays hôtes pour 2018 et 2022, de deux membres du CE de la Fifa (Reynald Temarii et Amos Adamu). Et la BBC en a remis une couche, lundi, en diffusant un documentaire qui épingle trois membres influents du CE, Ricardo Teixeira, Nicolas Leoz et Issa Hayatou dans une plus veille affaire, sans rapport cette fois avec la désignation elle même des pays hôtes pour 2018 et 2022.

Poutine très heureux

Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a déclaré que la désignation de la Russie comme pays organisateur du Mondial 2018 était un "signe de confiance" et que le pays avait "tout ce qu'il faut" pour une bonne compétition, selon l'agence Interfax. Pour de nombreux observateurs, le principal atout de la Russie a d'ailleurs été le soutien de Poutine. Ardent promoteur de cette candidature, il a promis une exemption de visa pour les possesseurs de billets pour le Mondial, ainsi que la gratuité des transports pour les supporteurs dans les villes hôtes. L'homme fort de la Russie a été présent dans le débat jusqu'au dernier moment.

Et s'il n'était pas présent ce jeudi pour l'annonce, il a prévenu de son arrivée en soirée à Zurich. Ainsi mercredi, dans une allusion à peine voilée à la Grande-Bretagne, Poutine avait dénoncé "une campagne" contre les membres de la Fifa, sur la sellette après la diffusion lundi soir d'un documentaire de la BBC sur les affaires de corruption visant trois membres de la Fédération. Son implication a donc pesé lourd et a permis de faire oublier les faiblesses du dossier russe, qui est désormais confronté à un très important chantier: presque tous les stades prévus dans le projet nécessitent de profondes rénovations. La principale enceinte, le stade Loujniki de Moscou (83.000 places), devra également récupérer une pelouse naturelle, puisqu'il utilise actuellement un terrain synthétique.

"Hourra ! Victoire !", a écrit pour sa part  le  président russe, Dmitri Medvedev, sur le réseau social Twitter.

Déclarations

Dmitry Chernyshenko (président du Comité d'organisation des JO d'hiver 2014): "Nous sommes ravis que la Russie  ait été choisie pour l'organisation de la Coupe du monde 2018 de football et félicitons à nos partenaires du Comité de candidature Russie  2018. Après la victoire de 2007 pour Sotchi-2014, ce résultat (pour le Mondial-2018) est un nouveau signe de la transformation qui s'opère dans la Russie  moderne..."

David Cameron, 1er ministre britannique: "C'est désespérément triste. Nous n'avons pas eu de Coupe du monde en Angleterre depuis 1966.  J'espérais que celà change, mais ce n'est pas pour cette fois".

 David Dein (membre du Comité de candidature anglais, ancien vice-président d'Arsenal):"Je ne sais pas trop comment ça marche, tout ce que je peux dire c'est que parfois dans la vie -on l'a vu très souvent dans des matches de football- ce n'est pas forcément la meilleure équipe qui gagne."

Lucentino dias, secrétaire d'Etat portugais au sport: "La Fifa a décidéd'attribuer le Mondial à des pays qui n'ont jamais accueilli decompétition. C'est une option prise en fonction de nouveaux marchés"

Le projet russe en bref

142 millions d'habitants - Capitale Moscou - Classement Fifa: 13e 
La Russie, et notamment sa capitale Moscou, a l'habitude d'organiser les grands événements sportifs, des JO d'été de 1980 (Moscou) à ceux d'hiver 2014 à Sotchi, quatre ans seulement avant ce Mondial. La capitale russe a également été le théâtre de finales de coupes d'Europe de football en 1999 (C3) et 2008 (C1). Et Moscou accueillera les Mondiaux d'athlétisme en 2013. Mais il s'agit de la première compétition internationale de football organisée en Russie, si l'on excepte la finale de la Ligue des Champions en 2008. La Russie, qui ne figure plus parmi les nations principales, a remporté une victoire majeure, avec le premier championnat d'Europe en 1960. Elle a disputé neuf coupes du monde (1194, 2002) dont  sept lors de la période de l'Union soviétique, 1958, 1962, 1966, 1970, 1982, 1986, 1990), et fut demi-finaliste en 1966. Les principaux stades en 2018: Quinze stades dont le Luzhniki de Moscou (80.000 places avec extension possible à 90.000) et le Kirov de Saint-Saint-Pétersbourg (en construction, 62.000 places).