Valon Berisha
Valon Berisha a inscrit le premier but en compétition du Kosovo. En juin, il jouait encore sous les couleurs de la Norvège. | AFP / Jussi Nukari

Le Kosovo peine à construire sa sélection nationale

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Créer une sélection capable de disputer les éliminatoires du Mondial 2018, quatre mois après avoir été reconnu comme membre de la Fifa. Voilà la tâche qui attend les instances du Kosovo. Indépendant depuis 2008, le pays a disputé ce lundi contre la Finlande son premier match en compétition internationale.

Le sélectionneur Albert Bunjaki a ramené de Turku, au sud de la Finlande, un match nul 1-1. Belle performance quand on sait qu’à quelques heures du coup d’envoi, il ne savait toujours pas quels joueurs seraient à sa disposition. L'entraîneur de 45 ans a passé les trois derniers mois à parcourir les pays de la diaspora kosovare (Suisse surtout mais également Suède, Norvège ou Allemagne) pour trouver des joueurs et former son équipe. Le règlement de la Fifa interdit clairement à un joueur de changer de sélection s’il a déjà joué pour une autre équipe nationale, mais des dérogations existent. L’instance internationale a examiné au cas par cas les recours des joueurs concernés, avant le match face à la Finlande. 

La Fifa n’a annoncé que dans l’après-midi la liste des joueurs autorisés à porter les couleurs du petit pays des Balkans après avoir joué pour une autre sélection. Valon Berisha, qui a disputé 19 matchs avec la Norvège, a été autorisé au dernier moment à participer au match. C’est lui qui a transformé le penalty obtenu à la 60e minute pour ramener un point du déplacement en Finlande, pour cette première historique."Le Kosovo n'est pas parvenu à l'emporter mais je suis heureux, parce que ma famille m'avait demandé d'être le premier buteur du Kosovo" a déclaré le joueur après la rencontre.

D’autres dossiers sont encore en cours d’examen par la Fifa. Parmi eux, ceux du jeune belge Adnan Januzaj (5 sélections avec les diables rouges) ou encore du Finlandais Perparim Hetemaj (44 sélections avec la Finlande). Dans l’attente de l’autorisation de la Fifa, il a refusé de jouer contre son pays natal lundi soir. 

La sélection kosovare n’a en revanche pas réussi à attirer sa star, le milieu suisse Granit Xhaka. Dans une lettre, il a annoncé sa décision de continuer de jouer pour son pays d’adoption : « Je veux ainsi remercier le peuple suisse qui m’a toujours respecté et qui m’a apporté son hospitalité, sa reconnaissance. C’est à mon tour de leur apporter quelque chose. » Vendu 40 millions d’euros à Arsenal cet été, le Suisse d’adoption aurait été la figure de proue de la jeune sélection.

Pas encore de stade

Il est très difficile d'attirer les grands joueurs, qui choisissent souvent une sélection plus huppée lorsqu'ils possèdent la double-nationalité. Comme l'explique un journaliste croate du Jutarnji List  : "On dit, certes en plaisantant - quoi qu’il y ait pas mal de vérité dans cette plaisanterie - que la Suisse représente la sélection du Kosovo A, celle de l’Albanie le Kosovo B, alors que l’équipe nationale du Kosovo doit se contenter d’incarner le Kosovo C." On peut imaginer à quoi ressemblerait l'équipe du Kosovo si tous les joueurs pouvant y prétendre choisissaient de rejoindre la sélection du jeune pays. Xhaka, Shaqiri, Behrami ou Mehmedi, les piliers de l'équipe suisse, évolueraient aux côtés des Albanais Lorik Cana, Ermir Lenjani ou Margim Mavraj. Pour l'heure, Albert Bunjaki va continuer de parcourir le monde à la recherche de joueurs. Et s'atteler à la création d'une équipe cohérente et compétitive. 

En pleine construction, le pays n’a pas non plus les infrastructures suffisantes pour jouer ses matchs à domicile. Le Kosovo devra donc attendre pour voir évoluer sa nouvelle sélection dans son pays. Les matchs à domicile, et notamment la réception de la Croatie le 6 octobre, devraient se jouer chez le voisin Albanais. Un autre pays dont la sélection nationale compte de nombreux joueurs d’origine kosovare.

Youmni Kezzouf @YoumniK