L'Arena Corinthians de Sao Paulo
Le stade de Sao Paulo qui va accueillir le match d'ouverture du Mondial 2014, le 12 juin entre le Brésil et la Croatie. | AFP PHOTO/Miguel SCHINCARIOL

Le Brésil à un mois du Mondial

Publié le , modifié le

A un mois du Mondial, force est de constater que le rêve du Brésil de réformer ou construire 12 stades flambants neufs, ainsi que les infrastructures d'autant de villes, pour démontrer à la face du monde le grand réveil du géant émergent, s'est heurté à une réalité têtue. Et à une déferlante de critiques...

Quatre stades toujours en travaux

Quatre stades sont toujours en travaux, celui du match d'ouverture Brésil-Croatie du 12 juin à Sao Paulo, Curitiba, Cuiaba et Porto Alegre. Ils ne seront livrés qu'à la "dernière minute" le 21 mai. Le temps de les tester à la va-vite. De finir de les câbler contre-la-montre, pour éviter de mauvaises surprises aux télévisons qui ont payé des fortunes à la Fifa le droit de transmettre en direct le plus grand événement sportif planétaire.

Tous les stades devaient être équipés de la technologie 4G. Mais l'internet wi-fi ne fonctionnera pas bien dans la moitié d'entre eux. Et il risque d'y avoir des problèmes dans certains aéroports, condamnés à absorber le surplus de visiteurs dans des structures provisoires, faute d'avoir été rénovés à temps.

 Coupe du Monde : stade critique - le reportage du 20h de France 2 du 11/05 signé Fanny Lothaire

Une accumulation de critiques

Critiques d'une Fifa désormais résignée sur les retards accumulés en sept ans de préparation et le difficile dialogue avec trois couches de pouvoir (fédéral, Etats, villes) de ce pays-continent de 200 millions d'habitants à l'administration kafkaïenne. "Nous avons vécu un enfer au Brésil", vient de confesser son secrétaire général, Jérôme Valcke.

Critiques des Brésiliens eux-mêmes, qui sont massivement descendus dans les rues en juin 2013 pour protester contre les 11 milliards de dollars engloutis sur leurs impôts dans la préparation de la "Copa"... et réclamer un lifting au "standard Fifa" de services publics délabrés. La proportion de Brésiliens soutenant le Mondial  au pays est passée de 79% en 2008 à 48% en avril. Les "anti" n'était que 10% il y a six ans, 41% aujourd'hui.

La sécurité en question

Les manifestations anti-Mondial , qui s'étaient radicalisées après la fronde sociale de 2013, sont devenues presque insignifiantes après la mort d'un cameraman de télévision au début de l'année à Rio. Mais l'extrême gauche et les anarchistes Black Blocs promettent d'en découdre à nouveau pendant le Mondial . Et les grèves sectorielles (police fédérale, vigiles des banques, chauffeurs de bus) se multiplient.A Rio de Janeiro, les signaux sécuritaires sont eux repassés à l'orange. La politique -dite de "pacification"- de reprise en main par la police des favelas aux mains des trafiquants a du plomb dans l'aile. Les trafiquants tentent de regagner une partie du terrain perdu et tuent régulièrement des policiers.
L'attitude souvent brutale des "pacificateurs" dans ces bidonvilles jette de l'huile sur le feu : l'assassinat d'un jeune danseur, dans une favela de Copacabana, attribué à la police par les habitants, a provoqué, fin avril, d'authentiques scènes de guérilla urbaine à quelque centaines de mètres de la plus célèbre plage de Rio.

Les vols à la tire, parfois violents, se multiplient dans toute la zone touristique de la "Ville Merveilleuse", où séjourneront 400.000 des 600.000 fans étrangers attendus au Brésil. Pour les rassurer et garantir que rien ne viendra troubler la fête, le gouvernement promet de mobiliser plus de 170.000 policiers et militaires dans les 12 villes hôtes.

Heureusement, il reste le football

Seul le sélectionneur brésilien, Luiz Felipe Scolari, affiche une belle sérénité. Celle du premier de la classe qui a bien préparé son examen en remportant l'an dernier la Coupe des confédérations (3-0) face à l'Espagne.
"Felipao" a gagné le droit de rêver d'offrir un sixième titre au Brésil le 13 juillet au Maracana à Rio, qui effacerait à jamais la déroute de sinistre mémoire de 1950, dans ce même stade contre l'Uruguay.

Mais comment réagiront les Brésiliens en cas d'élimination prématurée des"auriverde" ? Par exemple, lors du 8e de finale à haut risque qui les attend, probablement contre l'Espagne championne du monde ou les Pays Bas, l'autre finaliste de 2010... "Le Brésil peut être champion et moi perdre l'élection. Il peut ne pas y arriver et moi être réélue", plaisante la présidente Rousseff. Toujours favorite pour la présidentielle d'octobre mais en recul progressif dans les sondages, elle a tout de même fort intérêt que le Brésil décroche sa 6e étoile mondiale.

(AFP - Pierre AUSSEILL, Laura BONILLA CAL)

AFP