Lionel Messi (Argentine)
Lionel Messi (Argentine) | AFP PHOTO / FRANCOIS XAVIER MARIT

L’Argentine ne peut pas battre l’Allemagne ? Messi !

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Un plaidoyer pour l’Argentine s’impose alors que 90% des observateurs voient l’Allemagne championne du monde dimanche soir au Maracana de Rio. L’Albiceleste ne manque pas d’arguments pour contrecarrer les desseins germains, à commencer par le meilleur joueur du monde depuis cinq ans, Lionel Messi.

L’Argentine est une très grande nation de football. Avec quatre finales de Coupe du monde disputées dont deux victorieuses, 14 Copa America et 2 titres olympiques, elle appartient au gotha du ballon rond, juste derrière les trois géants, Brésil, Italie et… Allemagne.

Outsider parfait

Bien qu’elle n’ait plus soulevé la Coupe du monde depuis 1986, l’Albiceleste postule parmi les prétendants à chaque édition planétaire. Sans afficher la régularité de la Mannschaft, demi-finaliste (au moins) depuis 2002, la Seleccion reste un client, comme on dit. Elle peut bien laisser la pancarte de favori à sa rivale européenne, ça l’arrange.

L’Argentine, seule équipe à ne jamais avoir été menée au score sur cette Coupe du monde, a franchi les obstacles sans génie mais sans coup férir: trois courts succès dans un groupe guère relevé (2-1 face à la Bosnie, 1-0 devant l’Iran, 3-2 contre le Nigeria), un 8e de finale poussif arraché à la Suisse (1-0 ap), un quart mieux géré contre la Belgique avant une demie qui s’est bien terminée face aux Pays-Bas (0-0, 4-2 tab).

Messi décisif puis décevant

Sa star Leo Messi a d’abord été décisive (quatre buts lors des trois premiers matches et une passe décisive pour Angel Di Maria lors de la prolongation face aux Suisses) avant de décliner lors des deux dernières rencontres. A sa décharge, il a été marqué de très près. La Pulga se sait attendue au tournant dimanche pour LE grand rendez-vous de sa carrière.

Quadruple Ballon d’Or, vainqueur de la Ligue des champions à deux reprises avec le Barça, auteur d’un nombre incalculable de buts sous le maillot blaugrana, Messi a tout gagné en club mais rien sous le maillot rayé ciel et blanc, si ce n’est un sacre olympique à Pékin qui ne vaut pas tripette aux yeux des spécialistes.

La Pulga pas bien entourée

Au sein d’une équipe plus solide que l’on ne pouvait le prévoir à l’entame du Mondial, Messi doit faire sienne cette finale de Coupe du monde, même devant l’armada allemande, mécanique parfaitement huilée mais pas toujours impériale défensivement. Le Ghana (2-2 au premier tour), l’Algérie (battue 2-1 en prolongation) voire l’équipe de France, ont prouvé qu’il y avait la place de marquer des buts à la meilleure équipe d’Europe nonobstant Manuel Neuer.

Les Argentins, qui n’ont encaissé que trois buts depuis un mois –aucun lors des matches à élimination directe, disposent d’une fenêtre de tir même s’ils n’ont pas étalé un potentiel offensif mirobolant. Surtout depuis la blessure de Di Maria qui est à Messi ce que Burruchaga était à Maradona en 1986. Higuain est globalement décevant malgré son but inscrit face aux Belges, et Kun Aguero évolue à des années lumières de son meilleur niveau.

Sabella a une totale confiance en lui

Esseulé, Messi a semblé manquer de jus ces deux derniers matches. Incapable d’accélérer pour désarçonner l’arrière garde batave, le numéro 10 argentin a toutefois réussi 10 dribbles sur 15 tentés, monopolisant l’attention des défenseurs adverses. Mais ses partenaires d’attaque n’ont pas su profiter des espaces libérés, freinés aussi par les consignes tactiques d’Alejandro Sabella. Le coach au look de chef d’orchestre, élève de Passarella et fan de Bielsa et Bilardo, est autrement plus calé que Maradona (sélectionneur en 2010 lors du quart de finale lamentablement perdu (4-0) devant l’Allemagne) pour diriger l’Albiceleste.

Arrivé aux commandes de la sélection en 2011, Sabella a d’emblée confié le brassard de capitaine à Messi. Comprenant qu’il n’arriverait à rien sans le talent du génie gaucher, il lui a accordé toute sa confiance. La décision de ne pas retenir Carlos Tévez découle ainsi de cette volonté de donner les clefs du camion à la vedette du FC Barcelone.

Argentine pas fun, Messi attendu

Pari réussi puisque si cette équipe d’Argentine 2014 ne suscite guère l’enthousiasme des commentateurs, elle est la première à atteindre la finale depuis 1990 (défaite 1-0 contre l’Allemagne sur un penalty de Brehme après une faute inexistante). Elle aura l’avantage de l’outsider qui a déjà réussi son tournoi, contrairement à l’Allemagne, toujours placé mais jamais gagnante d’une grande compétition depuis 1996. Après le 7-1 face au Brésil, les supporters allemands ne comprendraient pas un échec en finale. C’est la force de l’Argentine.

Maintenant, c’est à Messi de jouer. En 1986, lors du triomphe devant l’Allemagne (3-2), Maradona avait inscrit deux doublés consécutifs pour amener les siens en finale (2-1 contre l’Angleterre puis 2-0 face à la Belgique) où il n’avait pas marqué (passe décisive pour Burruchaga sur le 3e but en finale, tout de même). Muet depuis trois parties, Messi doit illuminer la finale à la hauteur de son immense talent. A 27 ans, c’est le moment. Un Roi ne peut pas rester sans couronne.

PS: les grands joueurs ont souvent marqué en finale de la Coupe du monde: Pelé (1958 et 1970), Kempes (1978), Rossi (1982), Zidane (1998 et 2006), Ronaldo (2002), Iniesta (2010)

Grégory Jouin @GregoryJouin