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Iniesta, Casillas et Torres sortent du Mondial 2014 | AFP

La Roja est morte, viva la Roja !

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Humiliée par les Pays-Bas lors de son match d'ouverture (5-1), et corrigée de nouveau par une surprenante équipe du Chili (2-0), l'Espagne se voit déjà éliminée de ce Mondial 2014. La page la plus brillante du football espagnol vient de se tourner.

Depuis 2008, l'équipe nationale d'Espagne aura tout raflé. Double championne d'Europe et championne du monde, la Roja a marqué à jamais l'histoire du football grâce à un jeu qui a eu une énorme influence sur la planète football. Au coup de sifflet final, les visages des Iniesta, Casillas, Xavi, Busquets se sont figés. Six ans plus tôt, le monde du ballon rond était littéralement conquis par ces footballeurs prônant un jeu des plus séduisants. Comme le football total des Néerlandais dans les années 1970, le football espagnol a très fortement influencé le jeu. Alors que la mode était depuis quelques années à un jeu de plus en plus physique, les entraîneurs des quatre coins du monde ont commencé à revoir leur copie pour se tourner vers un jeu fait de passes courtes, avec un cheminement du ballon aussi rapide que précis. La culture du Barça est bien passée par là, et l'éclosion des stars telles qu'Iniesta ou Xavi ont permis à cette belle équipe d'Espagne de donner une leçon de football à la terre entière. Mais tout règne prend fin, et celui de cette Roja s'est arrêté ce 18 juin 2014, avec le Maracana pour cimetière.

Le syndrome des Bleus de 2002

L'équipe de France triomphante du début des années 2000 a vécu la même situation lors du Mondial 2002. Champions du monde et d'Europe en titre, les Bleus de Roger Lemerre, emmenés pourtant par Zidane, Desailly, Henry ou encore Trezeguet avaient sombré, comme l'Espagne, dès le premier tour de la compétition. Et ce fut le cas également de l'Italie en 2010, ou du Brésil en 1966. L'usure du pouvoir a bien gagné ces champions qui ont tout raflé en sélection, comme en club. C'est d'ailleurs peut-être en raison des sollicitations toujours plus pressantes des clubs, que ces joueurs ont fini par dérailler. Car si l'on ne peut éviter d'occulter le poids des années pour certains, il ne faut pas oublier que la plupart d'entre eux joue toujours un rôle prépondérant dans leur club, ce qui était aussi le cas des Bleus de 2002. N'est-il pas vrai que deux clubs espagnols (Real et Atletico) -au sein desquels de nombreux internationaux ibères- disputaient la finale de la Ligue des champions ?

Se tourner vers l'avenir

Ce manque de fraîcheur physique -flagrant lors des deux rencontres de l'Espagne- a pesé d'autant plus que ce jeu espagnol nécessite, par sa vivacité, une condition irréprochable des 11 acteurs. En outre, les adversaires de la Roja ont fini par trouver quelques failles dans ce système. Les matches de qualifications et notamment ceux face à la France (1-1, 1-0) avaient d'ailleurs laissé transparaître quelques lacunes qui n'existaient pas jusqu'alors. Et plus symptomatique encore, l'était le discours de certains joueurs. Xabi Alonso se disait très méfiant avant même le début de la compétition. "Nous ne voulons pas connaître le même sort que la France en 2002", avait-il prédit... C'est pourtant bien ce qu'il s'est passé, et cette Roja, qui aura eu le mérite de marquer le football mondial de son empreinte, va devoir rapidement se reconstruire. La Roja est morte, viva la Roja !

Romain Bonte