portrait villa klose, 2010
David Villa et Miroslav Klose | AFP PHOTO

Klose-Villa, un duel de buteurs

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Mercredi soir à Durban, l'Allemagne affrontera l'Espagne pour une place en finale. Des Xavi et Iniesta en passant par les fers de lance de la Mannschaft, les deux sélections ont su mettre en valeur leur buteur, Miroslav Klose et David Villa. Un duel à distance risque de s'amorcer entre les deux hommes.

Marquer des buts. La condition sine qua non pour gravir les échelons dans la compétition. L'Allemand Miroslav Klose et l'Espagnol David Villa l'ont bien compris. Si les deux sélections peuvent se réjouir d'avoir en leur sein deux buteurs de grande classe, leur style de jeu est pour le moins différent. Titulaire sur le banc de touche au Bayern Munich, la sélection de Klose avait suscité quelques polémiques. Le joueur, en manque de condition physique, avait promis d'être prêt pour le Mondial. Il n'a pas menti. Il faut dire que l'homme n'est pas du genre à lâcher prise. Sur le terrain, l'avant-centre de la Mannschaft se bat sur tous les ballons qui lui sont donnés, faisant de "une occasion est une chance de but" son leitmotiv. Guerrier dans l'âme, il sait se faire oublier des défenses pour surgir au moment opportun. A un degré moindre, Klose est ce mélange de Lisandro Lopez et David Trezeguet. Une subtile alliance de combativité et de réalisme, ce qui fait tout naturellement d"Air Klose" un véritable avant-centre, plus à l'aise quand il évolue dans l'axe que sur les côtés. A l'image de son coéquipier Müller (qui sera absent contre l'Espagne après avoir cumulé deux cartons jaunes dans la compétition, synonyme de suspension), l'attaquant d'origine polonaise n'a pas vraiment le style du footballeur. Mais qu'importe l'apparence quand l'efficacité est au rendez-vous: Klose compte déjà quatre réalisations à son compteur. Quatorze si l'on prend en compte ses trois dernières coupes du Monde. Encore un but, et il égale le record de meilleur buteur détenu par le Brésilien Ronaldo (15 réalisations). Son travail est de marquer, et il le fait. Mais le mérite de Klose ne doit pas occulter le travail des Özil et consorts. Percutants sur les ailes, les avants allemands n'oublient pas de servir leur fidèle buteur.

Un attaquant à la fine gâchette

Côté espagnol, le rôle du buteur a été endossé par David Villa. Les prouesses qu'il a réalisées depuis quelques saisons avec son ancien club du FC Valence montre toute l'étendue de son talent, sans doute plus grand que son confrère germanique. Toujours dans les bons coups, l'attaquant natif des Asturies a, comme Klose, l'instinct du buteur, l'obsession de faire trembler les filets. Mais le "goleador" a cette classe qui le distingue de l'Allemand. Une technique hors-pair qui lui permet d'éliminer avec aisance, notamment sur ses crochets, les défenseurs qui ont la lourde tâche de ne pas le laisser filer aux cages adverses. Pourtant, l'homme à la petite barbichette, plus efficace quand il évolue en tant qu'ailier, est du genre à faire chauffer le moteur. Après un match raté contre la Suisse lors des phases de poule, l'arme offensive de la "Furia Roja"  a par la suite entamé une série de buts, et fait des victimes. A commencer par le portier Hondurien Noel Valladuras, qui a n'a pu laisser sa cage inviolée face aux frappes de Villa, qui réalisa le doublé. Il inscrira ensuite un but par match, contre le Chili, le Portugal puis le Paraguay, offrant à l'Espagne son ticket pour les demies. S'il fait encore trembler les filets, il égalera le record établit par l'illustre Raul (44 réalisations). Quand Villa déploie ses bras en guise de célébration, le couple du milieu de terrain Xavi-Iniesta n'est jamais très loin pour féliciter le buteur. Indétrônable en sélection comme au Barça, les deux Catalans, grâce à leur vision de jeu inouïe, ont toujours su mettre dans de bonne disposition leur nouveau partenaire de club, qui peut également compter sur la vista de Xabi Alonso. En profondeur ou dans les pieds, Villa n'a qu'à demander. Si la triplette Xavi-Iniesta-Villa se plie à l'exigence du beau jeu tant apprécié des Espagnols, Fernando Torres a récolté quant à lui le rôle "ingrat" de l'attaquant. Tout juste remis d'une grave blessure au genou, beaucoup jugent Torres comme hors du coup dans ce Mondial. Mais à défaut de marquer, il facilite le travail à son partenaire d'attaque. Créer des espaces, remiser, jouer dos au but… telles sont les tâches qui ont été assignées à l'avant-centre de Liverpool. Et si une occasion se présente, mettre la balle au fond des filets. Mais ce n'est pas sa fonction première jusque-là.

Une Espagne poussive, une Allemagne explosive

Depuis le début du Mondial, les hommes de Vincente Del Bosque n'ont jamais dominé de très haut leurs adversaires, révélant peut-être chez eux un manque de sérénité. En quart, les Paraguayens ont même bien failli jouer les trouble-fêtes si à la 83e minute l'incontournable Villa n'avait pas ajusté le portier sud-américain après une balle qui a rebondi sur le montant. L'Espagne a donc atteint les demies sans vraiment trembler. Mais sans vraiment convaincre non plus. En revanche, la Mannschaft a fait une entrée remarquée dans la compétition. L'Australie, l'Angleterre et l'Argentine sont rentrés au pays en ayant encaissé quatre buts de la part des Allemands. La malédiction du A ?  A en croire les statistiques, les hommes de Joachim Löw se sentent inspirés face à des nations dont le nom s'écrit avec la première lettre de l'alphabet. Sortilège ou pas, les chiffres ne trompent pas. Depuis le début de la compétition, Allemands et Espagnols ont inscrits à eux deux vingt-deux buts. Un succès dû en partie aux finitions de deux hommes.
La rencontre présente deux principaux enjeux pour Villa et Klose. 1. Marquer pour accéder au match final. 2. Se mettre en pôle position pour obtenir le statut de meilleurs buteurs. A moins que le Hollandais Wesley Sneijder, qualifié pour la finale et auteur de cinq buts, ne vienne perturber les plans de nos deux "serials buteurs".

Par Rayan Ouamara