Marcel Desailly se prend la tête après le but de Kostadinov lors de France-Bulgarie 1993
Marcel Desailly se prend la tête après le but de Kostadinov lors de France-Bulgarie 1993 | PASCAL GUYOT / AFP

France-Bulgarie 1993, le cauchemar

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Avec Glasgow 1976, Séville 1982, Bari 1991 ou encore Berlin 2006, le match France-Bulgarie du 17 novembre 1993 fait partie des soirées les plus tristes du football tricolore. Battus 2-1 dans les ultimes secondes sur un but assassin de Kostadinov, les Bleus manquent la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. Retour sur un fiasco pas si inattendu.

Le Parc des Princes avait souvent porté chance à l’équipe de France de Michel Platini. En 1977 contre la Bulgarie (3-1), en 1981 face aux Pays-Bas (2-0) puis à Chypre (4-0) et en 1985 devant la Yougoslavie (2-0), la bande à Platoche s’était qualifiée in extremis pour le Mondial disputé l’année suivante.

Reynald Pedros tente de tacler Krassimir Balakov sous le regard de Paul Le Guen
Reynald Pedros tente de tacler Krassimir Balakov sous le regard de Paul Le Guen

Contexte difficile : pessimisme ambiant

En 1993, Platini n’est plus là mais les Français présentent malgré tout une très belle formation avec des joueurs comme Lama, Roche, Blanc, Deschamps, Sauzée, Papin ou Cantona. Seulement, le beau parcours éliminatoires (notamment une victoire en Finlande et un match nul en Suède) a été terni par une défaite surprise contre Israël (2-3) le 12 octobre avec deux buts inscrits par les visiteurs dans les arrêts de jeu.

L’abattement est général. C’est là, dans le décor embué des vestiaires du Parc, que les Bleus ont perdu une bonne part de leur rêve. Rien n’était pourtant compromis, mais à trop s’apitoyer sur le sort, les conditions climatiques ou le calendrier mal fagoté (certains ont prétendu qu’il aurait mieux valu jouer les Bulgares avant les Israéliens), le couac allait bien finir par arriver.

Malheureusement, au lieu d’enclencher la révolte, les Français s’engluent dans le marasme provoqué par ce retentissant échec. Risée de l’Europe entière, la France veut se venger sur la Bulgarie et se trompe d’objectif. Les Slaves, eux, reviennent du diable vauvert. Ils ne s’attendaient pas à bénéficier d’une telle opportunité. Leur volonté de tenter leur chance à fond s’en trouve décuplée. Dans leurs têtes, l’avantage est certain. La différence avec l’approche des Bleus est énorme. L’attitude, diamétralement opposée.

Eric Cantona, auteur du premier but du match. Un but insuffisant en fin de rencontre...
Eric Cantona, auteur du premier but du match. Un but insuffisant en fin de rencontre...

Cantona croit délivrer les Bleus

D’emblée, on sent les Français attentistes, trop prudents. Ils paraissent friables. Contrôles ratés, passes mal assurées, jeu approximatif : il n’en faut guère plus aux 45 000 spectateurs du Parc pour piger que les Bleus vont souffrir. Et aux Bulgares pour comprendre que cette rencontre peut devenir la leur. Les Tricolores subissent l’efficace pressing adverse et éprouvent de grandes difficultés à enchaîner. Le manque de confiance est criant. Comme son équipe fétiche, le public français semble désemparé, anesthésié devant le combat de dupes qui se déroule sous ses yeux.

Si le décor leur appartient, la trame de la rencontre les fuit. Ils savent, comme les joueurs de Gérard Houiller, que la Bulgarie applique à la lettre sa tactique visant à neutraliser la partie le plus longtemps possible. Car les visiteurs des Balkans n’ont pas caché leurs intentions. Il s’agit de défendre sans se découvrir pendant une bonne heure, puis de tenter le tout pour le tout dans la dernière demi-heure.

Cette stratégie semble pourtant s’écrouler l’espace d’un moment, sur le coup de la 32e minute, lorsque le duo d’attaque bleu se réveille enfin : sur une balle en profondeur donnée par Deschamps, l’astucieuse remise de la tête de Papin démarque Cantona pour l’ouverture du score. Mais il faut déchanter presque immédiatement. Sur un corner, le ballon frappé par Krassimir Balakov trouve la tête décroisée de Emile Kostadinov qui devance Blanc pour égaliser. Silence glacial sur le parc. Tout est à refaire. La physionomie de la rencontre vient de changer. Forts de leur égalisation, les Bulgares ont le vent en poupe, contrairement aux Français, soudain tétanisés par la crainte de voir le match leur échapper.

David Ginola, le héros malheureux de ce France-Bulgarie 1993 (1-2)
David Ginola, le héros malheureux de ce France-Bulgarie 1993 (1-2)

La 2e mi-temps sous tension

La mi-temps n’apporte qu’un répit temporaire. La seconde période ressemble comme une sœur jumelle à la première. Les Bleus campent dans leur moitié de terrain, se passant et se repassant le ballon latéralement, inefficacement. Dès qu’ils veulent franchir la ligne médiane, le pressing de Trifon Ivanov et consorts les en empêche. Ils accumulent les fautes et les gestes d’humeur, vite réprimés par l’arbitre, le tatillon écossais Monsieur Mottram. La tension est à son comble. Les minutes s’égrènent. Le compte à rebours pour les Etats-Unis a commencé. Le dernier quart d’heure et le pressing bulgare aussi.

Alors qu’il n’y a pas eu l’ombre d’une occasion de but sérieuse depuis l’égalisation des hommes de Penev, le rythme devient subitement plus élevé. Le débat change d’âme, le combat s’engage. Enfin ! Mais tard, bien trop tard pour des Bleus usés, qui sont acculés sur leur camp. Fatigués par les coups de boutoir de Stoichkov et Cie. Des assauts désordonnés mais menaçants qui se terminent heureusement soit au dessus, soit dans les bras de Lama.

Les Bleus croient entrevoir le paradis lorsque, à moins de deux minutes de la fin du temps réglementaire, ils bénéficient d’un coup-franc excentré, à proximité du poteau de corner gauche du but bulgare. Entré quelques minutes plus tôt à la place de JPP blessé, Ginola le joue avec Guérin. Le milieu parisien lui transmet le ballon et se démarque, afin que David puisse lui redonner et gagner du temps. Il est tellement bon de rester dans ce coin-là, où le danger est inexistant pour les Tricolores.

La joie des joueurs de la Bulgarie après le but vainqueur de Kostadinov (2-1 pour les visiteurs)
La joie des joueurs de la Bulgarie après le but vainqueur de Kostadinov (2-1 pour les visiteurs)

Kostadinov, le bourreau

Mais coup de théâtre ! Ginola choisit de centrer pour Cantona, resté seul en pointe. La balle passe largement au dessus de la tête du Mancunien. Elle est récupérée par la défense bulgare de l’autre côté de la surface de réparation. Il reste 80 m à parcourir. La contre-attaque s’amorce. Une remontée de ballon fulgurante que les Bleus ne peuvent endiguer. Surpris par la décision de l’attaquant du PSG, ils observent un temps d’arrêt. Deschamps tacle légèrement en retard, le milieu de terrain est passé et Lubo Penev adresse une merveille d’ouverture qui lobe l’arrière garde française. Petit se fait surprendre par le démarrage de Kostadinov, Roche est trop court, et le tacle de Blanc –désespéré- trop tardif.

Le buteur bulgare réussit un enchaînement contrôle-tir parfait. Lama ne peut rien faire, le cuir se niche dans la lucarne. La Bulgarie mène 2-1. Le chronomètre du stade indique 44’58 au moment où le ballon maudit atterrit au fond des filets. La stupeur s’installe. Le silence se fait, assourdissant. Seuls les cris de joie des Slaves se font entendre. La stupéfaction le dispute à l’incompréhension. Il n’y a pas (encore) de colère, à peine quelques sifflets isolés. La consternation est totale. La nuit sera longue pour les Bleus. La France ne jouera pas la Coupe du monde 1994.

PS : dès le lendemain du match, le sélectionneur Gérard Houiller a mis la défaite sur le dos de David Ginola, qui "a envoyé un exocet à travers le cœur du foot français". "Il a commis un crime contre l’équipe. Je le répète, un crime contre l’équipe". Il démissionera huit jours après. Les deux hommes sont fâchés depuis 20 ans et l’ancien coach du PSG, de l’OL et de Liverpool a récemment répété dans un documentaire diffusé par Canal + qu’il était hors de question qu’il présente ses excuses. « C’est plutôt à lui de s’excuser », a-t-il lâché.

Alain Roche, les mains sur les hanches, et Laurent Blanc, effondré au sol, après le but victorieux de Emile Kostadinov
Alain Roche, les mains sur les hanches, et Laurent Blanc, effondré au sol, après le but victorieux de Emile Kostadinov

Vidéo: Kostadinov crucifie la France