Harald Schumacher va percuter Patrick Battiston à pleine vitesse sous le regard de Manfred Kaltz
Harald Schumacher va percuter Patrick Battiston à pleine vitesse sous le regard de Manfred Kaltz | memosport

France-Allemagne, un classique à revisiter

Publié le , modifié le

Dans les années 80, la RFA a privé l’équipe de France de deux finales de Coupe du monde, mais les Bleus n’ont plus affronté l’Allemagne en compétition officielle depuis 28 ans. Une bonne occasion de se replonger dans cette rivalité qui n’a pas pris une ride même si le contexte diffère évidemment des années Schumacher.

Le football allemand a toujours constitué une référence pour la France, et la Mannschaft est resté dans l’imaginaire collectif comme l’obstacle de trop pour la génération Platini. 

Une rivalité atypique

La rivalité avec l’ogre blanc et noir diffère de celle entretenue avec d’autres sélections : les Bleus prennent l’allure d’une bête noire lorsqu’ils affrontent le Brésil, ils se chambrent volontiers avec le voisin italien qui a rendu la monnaie de sa pièce à Zidane et Cie en 2006 après le dénouement extraordinaire de la finale de l’Euro 2000, et ils subissent la loi espagnole depuis peu après avoir dominé la Roja à la fin du XXe siècle.

L’Allemagne, c’est différent. Après le brillant podium suédois de 1958, où Kopa, Piantoni et Fontaine (13 buts en six matches dont quatre face aux cousins germains lors de la petite finale, 6-3) avaient fait admirer le panache tricolore, les Allemands de l’Ouest avaient brisé le rêve français en 1982 à Séville lors d’un match de légende (1-1, 3-3, 5-4 tab) avant d’empêcher toute revanche quatre ans plus tard à Guadalajara (2-0).

Les Allemands physiques et calculateurs

A l’époque, la RFA ne brillait pas toujours par la qualité de son jeu, mais ses grands joueurs (Breitner, Rummenigge, Littbarski, Förster) faisaient preuve d’un sans froid inégalable pour dégoûter les Français quitte à utiliser parfois des moyens illicites (l’agression de Schumacher sur Battiston en 1982, la faute inexistante de Bossis sur Rummenigge en 1986).

Cette Allemagne-là était détestée par tous les amoureux du foot qui vilipendaient son style tout en puissance et son esprit calculateur (le match de la honte face à l’Autriche en 1982 qui élimina l’Algérie, la défaite bienvenue contre le Danemark en 1986 qui offrit un tableau plus facile à la sélection dirigée alors par Franz Beckenbauer).

Régularité au plus haut niveau

Cette Allemagne a presque disparu. Presque car les joueurs allemands demeurent des gagneurs dans l’esprit, quoiqu’il arrive. Gary Lineker a coutume de dire que si vous lâchez un ballon sur un terrain, un Anglais courra après pour se défouler tandis qu’un Allemand frappera dedans directement. Le football allemand a toujours recherché l’efficacité, beau jeu ou pas.

Davantage que le Brésil ou l’Italie, devant au palmarès du Mondial avec respectivement cinq et quatre couronnes planétaires, le triple champion du monde allemand affiche une régularité fascinante au plus haut niveau. La Mannschaft n’a plus perdu avant les quarts de finale de la Coupe du monde depuis 1978 et s’aventure même en finale certaines années où son jeu est pauvre (2002).

Plus de complexe français

L’Allemagne compte sept finales mondiales dont trois sacres, et elle a toujours atteint (au moins) le dernier carré des grandes compétitions internationales ces huit dernières saisons (battue par l’Italie en 2006 et 2012, par l’Espagne en 2008 et 2010). Elle n’a peur de personne même si elle aimerait mettre fin à ces échecs répétés qui ne collent pas à sa réputation d’équipe qui gagne toujours à la fin (toujours dixit Lineker). Elle n’a d’ailleurs plus triomphé depuis l’Euro 1996, et son dernier titre mondial date de l’année de la réunification (1990) !

L’équipe de France n’a plus à faire de complexe face à cette redoutable sélection. Contrairement à 1982 où les Germains passaient pour des golgoths auprès des petits Français (Briegel, Magath ou Hrubesch par rapport à Giresse, Amoros ou Tigana), les hommes de Didier Deschamps ont aujourd’hui du répondant avec Sakho, Varane, Pogba. Le sélectionneur national, invaincu comme joueur face à l’Allemagne (victoire 2-1 en 1990, 1-0 en 1996, en amical), respecte la Mannschaft mais ne la craint pas. Il ne tient pas à jouer les anciens combattants en refaisant Séville et l’Histoire, lui qui n’a pas eu à souffrir de l’hégémonie d’outre-Rhin.

Rendez-vous manqués

A trois reprises, les Bleus de Zidane et Thuram auraient pu retrouver l’Allemagne dans leurs grandes années : en finale de l’Euro 1996 si les Tchèques n’avaient pas gagné la demie contre la France aux tirs au but, en 1998 si les Croates n’avaient pas maté une Mannschaft réduite à 10 après l’exclusion de Wörns, et en 2006 si l’Italie n’était pas venue à bout des Blanc et Noir à l’ultime minute de la prolongation.

Il est probable que la génération Zidane aurait mis fin au statut de bête noire associé à l’Allemagne dès qu’elle affronte l’équipe de France dans une grande épreuve. Le quart de finale du Maracana sera donc l’occasion de tourner définitivement la page des années 80. Ou pas…

Les dix précédentes confrontations

06/02/2013, à Paris: Allemagne bat France 2-1 (amical)
29/02/2012, à Brême: France bat Allemagne 2-1 (amical)
12/11/2005, à Paris: France et Allemagne 0-0 (amical)
15/11/2003, à Gelsenkirchen: France bat Allemagne 3-0 (amical)
27/02/2001, à Paris: France bat Allemagne 1-0 (amical)
01/06/1996, à Stuttgart: France bat Allemagne 1-0 (amical)
28/02/1990, à Montpellier: France bat RFA 2-1 (amical)
12/08/1987, à Berlin: RFA bat France 2-1 (amical)
25/06/1986, à Guadalajara RFA bat France 2-0 (Mondial-1986)
18/04/1984, à Strasbourg: France bat RFA 1-0 (amical)

Grégory Jouin @GregoryJouin