Lionel Messi
Lionel Messi avec le maillot de l'Argentine | CLAUDIO SANTANA / AFP

Foot Liga Barça Ballon d'Or Messi devant Ronaldo mais derrière Pelé et Maradona

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Lionel Messi est-il le meilleur joueur de tous les temps ? Très probable lauréat du Ballon d'Or pour la quatrième année consécutive, l'Argentin est la star de sa génération. Il lui manque toutefois une grande performance en Coupe du monde pour côtoyer Pelé ou Maradona, les références absolues.

Dégager une hiérarchie claire des meilleurs footballeurs de tous les temps est un exercice délicat voire impossible. Vouloir comparer Messi à Pelé, Cruyff, Maradona ou Zidane reste néanmoins un plaisir de fans comme de journalistes. La discussion s'envenime souvent pour peu que les débatteurs ne soient pas de la même génération.

Déjà parmi les géants

Là où les plus anciens ne jurent que par Pelé, Di Stefano ou Puskas, les quarantenaires mettent en exergue Cruyff, Platini, Maradona et Van Basten, les trentenaires encensent Ronaldo et Zidane, et les adolescents vénèrent Messi et Cristiano Ronaldo. Où placer "Leo" Messi dans ce classement virtuel ? Dans le Top 10 ? Assurément ! Dans le Top 5, déjà ? Très probablement. Dans le trio de tête ? Plus difficile à dire, même s'il peut clairement y postuler, à 25 ans seulement. Seule la plus haute marche paraît encore prématurée pour le génie argentin qui affole les compteurs et régale les foules.

Un homme de records

Pour ses partisans, aucun doute ! Messi est le plus grand joueur de tous les temps. Et ils ne manquent pas d'arguments pour placer le prodige de Rosario sur la plus haute marche du podium. D'abord Messi est un buteur hors pair et un homme de records. Il va sur son quatrième Ballon d'Or (verdict lundi 7 janvier) et il s'est forgé un palmarès important (2 Ligue des champions, 2 Coupe du monde des clubs, 2 Supercoupe d'Europe, 5 Liga, 2 Coupe du Roi, les JO 2008 sans oublier le Mondial Juniors en 2005). Il est déjà le meilleur buteur de l'histoire du FC Barcelone (en Liga comme en C1). Il a marqué 82 buts la saison dernière (dont 50 en Liga) et 91 sur l'année civile 2012. Il compte également 18 buts dans les Clasicos et n'est plus qu'à une longueur du mythique Alfredo Di Stefano. Surtout, il est plus dur de marquer des buts aujourd'hui qu'à l'époque de Di Stefano, Puskas ou Pelé où de nombreux attaquants étaient alignés.

Un artiste qui joue collectif

Ensuite, Lionel Messi est un artiste. Moins élégant que Zidane (la taille joue), l'Argentin est un génie, un feu-follet au talent phénoménal. Il évolue davantage dans le registre de Maradona et il est probablement –avec son illustre compatriote- le plus fort de tous individuellement. Il dispose de qualités techniques extraordinaires (vitesse, dribble, accélérations, sens du but, les deux pieds). Enfin, la star du Barça est un joueur sympa, collectif, humble sans être modeste: il est ambitieux mais sans avoir le "melon" comme certains joueurs évoluant dans des clubs concurrents. Il adore marquer mais se réjouit de délivrer des caviars à ses partenaires, Iniesta, Xavi, Pedro et Cie.

Manque de charisme

Malgré toutes ses qualités, Leo Messi ne peut prétendre au titre de meilleur joueur de l'histoire du foot. Du moins, pas encore, selon de nombreux observateurs avisés qui soulignent (exagèrent ?) les quelques défauts du virtuose sud-américain. En premier lieu vient son absence de charisme, mise en exergue par ses détracteurs, la plupart fans de son rival Cristiano Ronaldo. Il est d'humeur égale, ne fait pas se pâmer les filles, ne suscite ni jalousie ni controverse (comme Zlatan Ibrahimovic aujourd'hui ou Maradona et Cruyff avant lui). Il manquerait de profondeur et se sentirait concerné uniquement par le football. Bref, hormis ses exploits à répétition, il n'y a rien à écrire sur lui. Cela n'est pas forcément faux.

Plus facile de marquer au Barça

Deuxième observation qui relativise la portée des performances du numéro 10 catalan : il évolue dans un championnat très porté sur l'attaque. Les critiques ont beau jeu d'affirmer que Messi ne mettrait jamais 50 buts en Premier League et encore moins en Série A. Les défenses des clubs espagnols du bas de tableau sont faiblardes, parfois limites. Surtout, le "gaucho" gaucher joue dans la meilleure équipe du monde, contrairement à Maradona qui évoluait à Naples dont les finances rivalisaient à peine avec les autres cadors de la péninsule. Marquer 18 à 20 buts par saison en Italie constituait alors un exploit et l'écart avec les "sans grade" s'avérait moins grand que dans la Liga d'aujourd'hui où Barcelone écrase la concurrence (avec le Real ces dernières saisons).

L'armada blaugrana est tellement forte qu'il est de coutume de voir le 3e relégué à 40 points du champion et le 10e à 50 points. C'est un fait. Il est plus facile de marquer aujourd'hui que dans le football défensif des années 80 où les attaquants étaient beaucoup moins protégés. Maradona avait ainsi été agressé par Andoni Goicochea lors d'un Barça-Athletic Bilbao de sinistre mémoire sans que l'arbitre ne sorte le carton rouge qui s'imposait. Un tacle comme ça sur Messi aujourd'hui vaudrait à son auteur une longue suspension.

Chou blanc avec l'Argentine

Last but not least, Messi n'a rien gagné avec l'Argentine (au niveau international) contrairement à Pelé, Zidane, Platini et Maradona avec leur sélection nationale (les Jeux Olympiques  se disputent avec des équipes de moins de 23 ans renforcées par la présence de trois joueurs chevronnés). Même pas une Copa America où la concurrence est pourtant moins sévère. Durant ses premières années avec l'Albiceleste, Messi a même déçu ses compatriotes qui ne comprenaient pas comment on pouvait le comparer au "Pibe de Oro". Il s'est néanmoins rattrapé depuis l'été 2011 en inscrivant 14 buts avec l'Argentine (en 15 rencontres depuis l'arrivée d'Alejandro Sabella) dont certains décisifs lors des qualifications pour la Coupe du monde 2014.

Ce rendez-vous sera d'ailleurs le juge de paix pour la star. Même s'il venait à gagner trois ou quatre Ballon d'Or supplémentaires, cela ne voudrait pas dire grand-chose. Aujourd'hui, les critères du vote ont changé: le talent prime et le fair play arrive ensuite. Le palmarès de l'année écoulée ne compte quasiment plus ce qui explique que Sneijder, Xavi ou Iniesta n'aient pas triomphé en 2010 comme Paolo Rossi, Zidane ou Ronaldo ont pu le faire respectivement en 1982, 1998 et 2002.

2014, le rendez-vous décisif

Lionel Messi est certes le meilleur joueur actuel, mais il ne pourra vraiment prétendre à la consécration ultime tant qu'il restera vierge de titre avec son pays. Seule une victoire en Coupe du monde pourra en faire l'égal de Maradona. Sans parler de Pelé, vainqueur de trois des quatre Coupe du monde qu'il a disputées et auteur de 12 buts en phase finale (contre 0 à Messi). Interrogé par un journaliste sur la possibilité que "la Pulga" (la Puce) soit le plus grand parmi les plus grands, le "Roi" a répliqué vertement: "Quand il remportera trois Coupe du monde et qu'il marquera 1293 buts, on en reparlera" !

Au-delà de l'absence d'humilité perçue dans cette phrase, les faits sont têtus. Même s'il est peut-être plus fort intrinsèquement que ses aînés, le Barcelonais doit le prouver en gagnant sous le maillot ciel et blanc. Pour dépasser le Brésilien et Maradona dans la légende, Leo Messi doit imprimer son sceau sur l'édition 2014 du Mondial. Les références des autres sports, de Laver à Woods en passant par Ali et Jordan, ont toutes conjugué talent et palmarès. Messi n'a pas le choix.