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Patrice Evra | AFP

Evra s’est tiré une balle dans le pied

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Incorrigible, Patrice Evra est de nouveau sorti de ses gonds, et cela risque bien d’avoir des conséquences sur son image, voire sur son avenir en équipe de France. Il vient d’ailleurs d’être convoqué par le président de la FFF Noël Le Graët, et le sélectionneur Didier Deschamps « pour s’expliquer ». A un mois des barrages du Mondial, la dernière sortie de l’international français dans l’émission Téléfoot tombe très mal, au point que l’on peut se demander si sa place chez les Bleus est encore acceptable.

Alors que toute la presse se délecte depuis quelques heures de la sortie du défenseur de Manchester United, on peut aussi s’interroger sur sa situation depuis le Mondial 2010. Depuis trois ans, Evra n’a toujours pas digéré l’avalanche de critiques qui lui est tombée sur la tête, et n’a clairement toujours pas compris quels étaient ses torts. Lorsqu’il avait été sanctionné par la FFF à cinq matches de suspension, Evra avait d’ailleurs fait appel de cette décision, c’est dire s’il pense être toujours dans son bon droit. Mais cela reste sa logique à lui… Son assurance, qui lui a valu d’endosser le rôle de capitaine en Afrique du Sud, mais aussi de le conserver à Manchester United, lui joue encore aujourd’hui des tours.

« L’orgueil est toujours plus près du suicide que du repentir », résumait en son époque Rivarol. Evra fait partie de cette génération de footballeurs qui n’a finalement jamais eu la chance ni le temps de prendre du recul sur sa carrière. Orgueilleux, Evra ne peut pas le réfuter. « Moi j’ai été élu deux fois meilleur arrière gauche du monde, quatre fois arrière gauche de Premier League », a-t-il ainsi affirmé. Coutumier du fait, le défenseur de Manchester United s’était ainsi fait un malin plaisir à comparer les joueurs d’Arsenal à des enfants, après une victoire de son équipe sur les Gunners. « On a vu onze hommes, contre onze enfants », s’était-il gaussé.

Quand le naturel refait surface

Chacun a sa propre réflexion intellectuelle, et ce que l’on attend d’un joueur de footballeur, n’est-il finalement pas que de bien jouer au ballon ? Alors que d’autres, à l’instar de Franck Ribéry, ont fait amende honorable en évitant soigneusement de régler des comptes, Evra a souhaité dire publiquement ce qu’il pensait de cette situation. Et c’est bien là que le bas blesse. Considéré comme l’un des leaders lors du fameux épisode du bus, on attendait de lui qu’il fasse profil bas jusqu’à la fin de sa carrière, mais son naturel est revenu au grand galop, et ses plus fervents adversaires se délectent de cette nouvelle sortie ô combien maladroite, voire insultante.

Si certains observateurs du football ont parfois franchi les limites en ridiculisant le Mancunien, ce dernier a commis une erreur colossale en s’en prenant verbalement à ses détracteurs. En traitant –en tenue de l’équipe de France- les anciens internationaux que sont Luis Fernandez, et Bixente Lizarazu de « clochards » ou encore de « parasites », Evra risque quelques matches de suspension. Sans compter sa méconnaissance du football tricolore, eu égard aux palmarès de Lizarazu et Fernandez, le footballeur de 32 ans n’a pas vraiment soigné son image. Si l’on prend l’exemple de Samir Nasri, qui avait été suspendu trois rencontres pour avoir insulté un journaliste, la FFF pourrait bien sortir de nouveau le carton rouge, au risque de se priver d’un élément important pour les Bleus, alors que se profilent les si cruciaux barrages du Mondial 2014.

La FFF et Deschamps calment le jeu

Cela dit, il semblerait que la FFF choisisse de botter en touche si l'on en croit le communiqué publié ce dimanche. "Suite aux propos tenus par Patrice Evra (...) le Président Noël Le Graët et le sélectionneur Didier Deschamps, après avoir noté qu'aucune attaque n'avait été formulée à l'encontre de la FFF, de l'Equipe de France, de son sélectionneur et de ses joueurs, ont décidé de demander à Patrice Evra de venir s'expliquer sur certaines déclarations visant des consultants de l'audiovisuel", est-il indiqué. Si l'on lit entre les lignes, on peut imaginer que le joueur pourrait échapper à une sanction. Interrogé par Canal +, Didier Deschamps a dit "regretter les propos de Patrice Evra. J'ai découvert les propos de Patrice Evra comme vous ce matin (...). On voit que c'est quelqu'un qui est à bout", a expliqué le sélectionneur, qui, sans vouloir excuser le joueur, estime que les attaques répétées ne sont pas évidentes à gérer. Quoi qu'il arrive, l'image de l'équipe de France vient de nouveau d'être écornée, et Evra a sa part de responsabilité.

Romain Bonte