Sakho contre Fabregas
Cesc Fabregas, repositionné en attaquant de pointe, contré par Sakho | AFP - PIERRE-PHILIPPE MARCOU

Espagne: les limites du "sans 9"

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Louée depuis quatre ans pour son jeu offensif, l'équipe d'Espagne est restée au sommet en se passant, plus ou moins volontairement, d'attaquant de métier. La maîtrise du ballon et du jeu, notamment en milieu de terrain, ne semblent plus suffire. Malgré de nombreuses occasions franches, la Roja a concédé le nul (1-1) contre la France, après avoir dû arracher en fin de match la victoire en Géorgie (1-0) lors de leur premier match des qualifications du Mondial-2014.

Jouer offensif sans attaquant, c'est possible. L'Espagne, à l'image du FC Barcelone, le prouvent depuis plusieurs années. Mais à force d'être épiée, présentée comme la référence mondiale en terme de jeu, l'équipe ibère ne se trouve-t-elle pas confrontée aux limites de son système ? Contre la France, les occasions se sont multipliées, notamment en première période, pour un seul but marqué. Voici un mois, en Géorgie, la Roja avait dû attendre la 86e minute pour débloquer le tableau d'affichage, par Soldado, vrai attaquant qui était ce jour-là titulaire. Le jeu en mouvement, les redoublements de passe, des techniciens hors norme, Vicente Del Bosque dispose d'énormes atouts, mais face à des défenses bien regroupées et solides, un joueur décisif dans la surface peut manquer. 

Au stade Vicente-Calderon, les Ibères ont énormément dominé la première période, campant devant la surface sans trouver l'ouverture autrement que sur coup de pied arrêté, pour le but de Sergio Ramos (25e). Bien évidemment, ils se sont heurtés à une bon bloc défensif, et à un énorme Hugo Lloris, qui a repoussé le penalty de Fabregas (42e), puis les tirs successifs de Pedro et Fabregas (45e). Et malgré un net rééquilibrage des débats en deuxième période, l'Espagne aurait pu faire fructifier quelques mouvements, comme sur ce contrôle raté de Xavi à l'entrée de la surface (62e). Et on ne compte pas les nombreux centres, venant souvent de la gauche mais aussi de la droite, qui n'ont jamais trouvé preneur, faute de densité dans la surface. A l'issue de la rencontre, le sélectionneur espagnol a avoué que son équipe "n'a pas eu l'équilibre que l'on a normalement au milieu", les deux remplacements précoces (Silva 13e et Arbeloa 50e) et l'écart d'un but ne l'ayant pas non plus aidé.

Plus de buts sans 9

Cesc Fabregas, milieu défensif-relayeur lorsqu'il jouait à Arsenal, ne peut se muer en buteur-tueur dans la surface, tout comme le milieu de terrain Pedro ou David Silva. Même si l'ancien Gunner veut croire en ses qualités: "Je continue de penser que le débat du faux neuf, c'est relatif parce que j'essaie de jouer comme un véritable attaquant de pointe." Même avec Xavi ou Iniesta qui se projettent, ou le très offensif Jordi Alba, l'Espagne est orpheline d'un attaquant. Une situation née de la longue période de méforme de Fernando Torres, puis de la longue blessure de David Silva, toujours pas revenu sur les terrains. Avec eux sur le terrain, la Roja serait-elle plus conquérante encore ? Vicente Del Bosque ne tranche pas: "Avec ce système de faux 9, nous avons atteint des chiffres impressionnants. Nous avons par exemple inscrit deux fois plus de buts sans 9 qu'avec. Mais avec un 9 aussi nous avons su trouver le chemin du but. En football, il y a très peu de vérités absolues", affirmait-il avant la rencontre.

Observé depuis quatre ans sous toutes les coutures par la planète football, le jeu espagnol a-t-il trouvé son antidote ? C'est encore trop tôt pour le dire, et surtout, les vrais attaquants de talent ne manquent pas de l'autre côté des Pyrénées.