Jean-Pierre Escalettes
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Escalettes cède à la pression

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Six jours après la débâcle de l'équipe de France, Jean-Pierre Escalettes a décidé de démissionner de son poste de président de la Fédération française de football. Lui qui avait annoncé juste après l'élimination des Bleus qu'il ne quitterait pas un navire en perdition, a finalement jeté l'éponge, sans doute en raison des pressions venant de toutes parts. Il remettra sa démission à l'issue du Conseil Fédéral, le 2 juillet prochain.

"Après un week-end de réflexion durant lequel j'ai consulté mes collègues élus, mes collaborateurs et mes proches, je considère qu'il est de mon devoir de démissionner de ma fonction de Président de la Fédération Française de Football", a-t-il déclaré sur le site de la FFF. "J'assume avec lucidité ma part de responsabilité. Ma décision est essentiellement dictée par la volonté de préserver et de faciliter l'évolution d'une institution que je sers avec passion depuis plusieurs décennies", a indiqué l'ancien  président de la Ligue de football amateur.

"Je resterai à la disposition de tous pour analyser sans complaisance les raisons du fiasco de l'Equipe de France en Afrique du Sud. Je développerai ces divers points vendredi devant mes collègues du Conseil Fédéral", a ajouté M. Escalettes qui avait pris ses fonctions en février 2005. Réélu en septembre 2008 pour  un nouveau mandat de quatre ans, Jean-Pierre Escalettes qui a aujourd'hui 75 ans, aura notamment oeuvré pour l'assainissement des comptes de la Fédération après le mandat de Claude Simonet. C'est également sous son ère que la France a décroché l'organisation de l'Euro-2016. Sa démission est due à sa gestion très critiquée de l'équipe de France.

Son soutien pour Raymond Domenech et la reconduction de celui-ci après l'échec de l'Euro 2008, a été le principal point noir de ses deux mandats. D'autres erreurs d'appréciation, comme l'annonce anticipée du successeur du sélectionneur (Laurent Blanc) à quelques mois du Mondial ont également écorné son image. Mais c'est évidemment la campagne des Bleus qui lui a été fatale. Sur un plan sportif, il était difficile de faire pire avec une élimination au premier tour (un nul et deux défaites). Pire encore, l'image de l'équipe de France a été ternie suite à l'affaire Anelka et la grève de l'entraînement décidée par les joueurs.

Depuis, les anciens joueurs de l'équipe de France, les médias, l'opinion publique, et même les instances politiques avaient réclamé un changement en profondeur au sein de la plus haute instance du football en France. La ministre des Sports Roselyne Bachelot avait elle-même déclaré au lendemain de la défaite contre l'Afrique du Sud (2-1), que la "démission" de  M. Escalettes était "inéluctable". Il en a pris bonne note.

Premier à réagir, et premier surpris, son vice-président Gervais Martel a tenu à rappeler que le bilan de Jean-Pierre Escalettes ne se résumait pas à ce Mondial désastreux. "C'est une décision qu'il a prise de manière très personnelle (...).  Je suis un peu surpris qu'il ait pris cette décision aujourd'hui. On ne retient  que les derniers jours de l'équipe de France, a-t-il estimé sur France24. On a oublié le travail effectué  par Jean-Pierre à la tête de la Fédération (...) notamment de ramener l'Euro  2016 en France.(...). S'il l'a fait c'est qu'il pensait que c'était dans  l'intérêt général du football".

Peu après, c'était au tour de Mme Bachelot de prendre "acte" de cette décision, dans une déclaration plus mesurée que lors de sa dernière sortie. Car les mots de la ministre des sports à l'égard de Jean-Pierre Escalettes n'avait pas été du goût de la Fédération Internationale de Football. La Fifa par le biais de son secrétaire générale, Jérôme Valcke, avait mis en garde le gouvernement français contre toute ingérence...

Frédéric Thiriez, président de la Ligue de  football professionnel a à son tour commenté cette décision qui "honore Jean-Pierre Escalettes, un homme  juste et intègre. Le désastre de la Coupe du Monde ne doit pas faire oublier les  éléments positifs de son action: l'Euro 2016, le redressement des finances de la  Fédération et la solidarité entre le football amateur et le football  professionnel", a expliqué M. Thiriez.

Au moment de la démission, la FFF devra nommer aussitôt un président par intérim. Le trésorier général Bernard Désumer semble tenir la corde. Ce poste doit en effet être assuré par une personne issue du Bureau fédéral, qui comprend des vice-présidents -Frédéric Thiriez, Fernand  Duchaussoy, Noël Le Graët, Christian Teinturier, Gervais Martel, Jacques  Léger--, le secrétaire général Henri Monteil, et donc Monsieur Désumer en sa qualité de trésorier général.

Romain Bonte