Jean-Pierre Escalettes
La présidence de Jean-Pierre Escalettes est grandement menacée | AFP - FRANCOIS LO PRESTI avec trucages

Escalettes au coeur de la cible

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Le calvaire des Bleus touche à peine à sa fin qu'il faut déjà se tourner vers l'avenir. Un pareil fiasco ne pourra plus se reproduire et pour cela, une refonte complète de l'entourage de l'équipe de France s'impose. Sous l'impulsion du gouvernement, des têtes devraient tomber à la Fédération Française de Foot afin que cette mauvaise gestion ne reste pas impunie. En ligne de mire : Jean-Pierre Escalettes qui ne compte pas se retirer pour le moment...

"Lorsque la tête n'est pas saine, c'est l'ensemble du poisson qui pourrit"

Et si les dirigeants de la Fédération Française de Football vivaient leurs dernières heures de gouvernance ? Arrivés au terme de leur cauchemar sud-africain, les Bleus devraient voir leur encadrement profondément remodelé. Toute situation de crise nécessite de sérieuses refontes, un coup de débroussailleuse dans l'association française de football serait une réponse justifiée au vu de son cuisant échec. Un appel au changement qui s'amplifie ces dernières heures dans la presse et sur le web. Premier visé : Jean-Pierre Escalettes, dont la démission est exigée.

Dans la presse, c'est France Football qui tire à boulets rouges sur le président du "monde du football" en France. Dans sa page "Coup de poing", le quotidien sportif signe ce mardi un véritable pamphlet et réclame la démission du président de la FFF. Sa "gestion calamiteuse de l'équipe de France" ne mène qu'à une seule conclusion selon Rémy Lacombe : "il est temps pour lui de prendre une vraie retraite". Deux ans et demi avant la fin de son mandat.

Des voies politiques s'élèvent également pour interrompre prématurément la présidence de M. Escalettes. Notamment Nicolas Dupont-Aignant, le président de Debout la République et député à l'Assemblée, qui appelle le président et l'ensemble du Conseil fédéral de la FFF à démissionner, les jugeant responsables de la crise chez les Bleus. "Lorsque la tête n'est pas saine, c'est l'ensemble du poisson qui pourrit", écrit le député (ex-UMP) sur son blog après les événements "ubuesques" et "catastrophiques" du week-end. "Qui a cherché depuis quatre ans à faire culpabiliser les Français de ne pas soutenir une équipe dans laquelle ils ne se reconnaissaient pourtant pas"? et "qui a toujours refusé d'assumer sa responsabilité dans les défaites comme dans les mauvais choix, jusqu'à aujourd'hui se cacher derrière l'affaire +Anelka+ - trop facile bouc-émissaire - pour ne pas affronter la vindicte populaire"? poursuit-il.

Dans les faits, il est vrai que M. Escalettes a rarement été en adéquation avec ses discours. Tandis qu'il promettait d'encadrer Raymond Domenech au lendemain de la déroute des Bleus à l'Euro 2008 et qu'il laissait présager une meilleure communication du staff avec la presse : la situation n'a évolué en rien. Il a défendu Domenech envers et contre tous, il serait à propos de le voir quitter ses fonctions en même temps que son protégé.

Cependant, le vice-président de la FFF, Christian Teinturier, relativise et élargit le débat. Selon lui, le problème ne peut pas être cristallisé par un seul homme. "C'est lui (ndlr : Jean-Pierre Escalettes) qui décidera (de partir ou non, ndlr). C'est le système qu'il faut changer. Il faut repenser la gouvernance, revenir à certaines valeurs. Un laxisme s'est instauré. A un moment, il faut savoir qui paye et qui est payé".

Un enjeu politique

Difficile, dans une telle situation, ne pas imaginer les autorités françaises vouloir reprendre la main dans une affaire qui déborde complètement de son simple cadre sportif. La déroute des Bleus en Afrique du Sud est, en effet, devenue une affaire d'Etat. Ces mêmes politiques qui voyaient en la réussite de "98" le rassemblement d'une génération "black-blanc-beur" dénoncent une équipe à l'image de sa société : en pleine crise. Pour François Bayrou, le président du Modem, « le naufrage de l'équipe de France, à mon sens, nous dit quelque chose des faiblesses de la France, d'un modèle de société fondé sur l'argent plus fort que tout, adulé, institué en valeur ».

Roselyne Bachelot, elle aussi, a dénoncé les agissements des Bleus qui ternissent "l'image de la France". Lundi, la ministre de la santé et des sports a partagé avoir "beaucoup consulté, discuté avec le président de la République, le Premier ministre et les responsables du sport français", et a livré quelques pistes et méthodes qu'elle compte suivre. Elle recevra le nouveau sélectionneur, qui devrait être Laurent Blanc, fera procéder "à un audit externe par un cabinet indépendant de tout ce qui s'est passé dans cette Coupe du monde", précisant que les joueurs "seront écoutés". Mme Bachelot a aussi décidé, avec Denis Massiglia, président du CNOSF, d'entamer "le chantier de la rénovation de la gouvernance des fédérations sportives". Et donc notamment de la FFF.

Mais le gouvernement devrait y penser à deux fois avant d'interférer avec les voies électorales de la FFF. En 2004, les autorités kenyanes avaient été suspendues par la FIFA pour avoir perturbé le système électorale légitime de sa fédération, ce qui constituait "une violation des Statuts de la FIFA". Le gouvernement avait crée une "commission transitoire de groupes d'intérêts " afin de diriger les affaires de la KFF (Kenyan Football Federations). Les équipes représentantes du Kenya avaient alors été interdites de tous matchs amicaux ou compétitions officielles jusqu'à nouvel ordre.

A la tête de la FFF depuis le 12 février 2005, Jean-Pierre Escalettes pourrait bien céder sa place dans les jours à venir. Si pour le moment aucun nom n'a encore été trouvé pour succéder au patron de la rue de Grenelle, la solution Christian Teinturier, déjà vice-président, pourrait être viable. En théorie, le nouveau président de la Fédération doit obtenir lesoutien du Conseil Fédéral et du président de la Ligue française defootball, Frédéric Thiriez, pour être élu. Mais l'intervention du gouvernement pourrait changer complètement la donne.

"Tout le monde est responsable"

Selon les premiers mots de l'intéressé à l'issue du match contre l'Afrique du Sud, Jean-Pierre Escalettes n'avait visiblement pas l'intention de lâcher son fauteuil. "On va faire un bilan dans le calme", a-t-il dit sur TF1. "Tout le monde est responsable. On analysera tout ça. Le président ne sera pas exempt d'analyse, tout le monde sera sur la sellette. La démission d'un président est une décision personnelle. Ce n'est pas dans ma nature d'abandonner le navire. Il y a des présidents qui ne sont pas éternels. Le conseil fédéral se réunira début juillet. Il ne minimise pas les dégâts. C'est le moment d'être solidaire", a-t-il déclaré.

"J'ai 50 ans de valeurs qui ses sont écroulées le week-end dernier. J'ai tout fait pour éviter cette grève, et je n'ai pas été entendu. Je n'en veux à personne. Il y aura à trouver les responsables. (...) Ce Mondial, il était tant qu'il s'arrête. Il faut se tourner vers l'avenir. Cette reconstruction se fera autour de nous de Laurent Blanc en qui j'ai une grand confiance. C'est une désillusion terrible", a-t-il conclu.