Emeutes à Rio avant le Mondial

Emeutes à Rio avant le Mondial

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Au moins une personne est morte au cours de violentes émeutes qui ont éclaté mardi soir à Rio dans une favela du quartier touristique de Copacabana après le décès d'un danseur professionnel dans des circonstances encore obscures. Selon le secrétariat municipal à la santé, un homme d'environ 30 ans a été tué d'une balle dans la tête. Son identité n'a pas été révélée.

Pneus brûlés pour ériger des barricades, coups de feu et casse : les troubles ont commencé vers 17H30 locales après que le corps d'un danseur et DJ de la favela Pavao-Pavaozinho, Douglas Rafael da Silva Pereira, 25 ans, a été retrouvé mort dans une crèche locale. Selon les amis de Douglas, qui travaillait aussi comme chauffeur de moto-taxi, il aurait voulu échapper lundi soir à des échanges de tirs entre policiers et trafiquants de drogue. Il aurait alors sauté un mur pour se réfugier dans la crèche mais aurait été pris pour un trafiquant et battu à mort par les forces de l'ordre de l'Unité de police pacificatrice (UPP) installée  depuis décembre 2009 dans la favela en vue de la sécurisation de la ville pour la Coupe du monde de football (12 juin-13 juillet). "Il est mort à une heure du matin et présentait des traces de coups. Plus de 12 heures après on a réussi à voir son corps. Il était en position de défense, avec des blessures partout. Il n'y avait pas de marque de balles", a déclaré au site G1 sa mère, Maria de Fatima da Silva, une infirmière. Douglas, qui dansait dans une émission de la télévision Globo, était allé voir sa fille de 4 ans dans la favela, a-t-elle précisé.

"Quelle Coupe du Monde on va avoir ! 

"Ce danseur c'était un miroir pour les jeunes. Les jeunes se sont révoltés. Il y a eu une révolution des jeunes. Quelle Coupe du monde on va avoir! Il faut descendre dans la rue", criait un femme au coeur du tumulte, a constaté l'AFP. Deux grandes avenues et un tunnel ont été fermés à la circulation, provoquant de grands embouteillages. A Ipanema, le quartier voisin, des manifestants qui cherchaient à échapper à la police ont saccagé une clinique  privée, selon le site G1. Sous un pont de Copacabana à proximité de la favela, une vingtaine de véhicules de police étaient garés, a constaté l'AFP. De nombreux débris de verre jonchaient le sol, apparemment des bouteilles de bière jetées sur la chaussée depuis la favela qui la surplombe. "Les circonstances de la mort de Douglas font l'objet d'une enquête. Le rapport fait sur place indique que les blessures de Douglas sont compatibles avec une mort occasionnée par une chute. Témoins et habitants seront convoqués pour témoigner", a indiqué de son côté la police dans un bref communiqué envoyé à l'AFP. "Cela a commencé vers 17h30. Il y a de la fumée partout, des tirs dans la rue et des personnes courent pour rentrer chez elles. De nombreux camions du Bope (police d'élite, ndlr) viennent de monter dans la favela. On est bloqués chez nous, on ne peut pas sortir", a déclaré à l'AFP Etienne, un étudiant  français qui habite dans la rue Saint Roman, qui monte à la favela. 

L'électricité est restée coupée plusieurs heures dans toute la favela, selon un autre témoignage. Des hélicoptères survolaient la zone où un trafiquant surnommé "Pitbull" était recherché et vers 20H00 locales la situation restait tendue mais les affrontements avaient cessé. Depuis 2008, le gouvernement de Rio a installé 39 UPP dans 174 favelas de la ville, afin d'en chasser les trafiquants. Dernièrement, il y a eu un regain de violence: une série d'attaques d'UPP attribuées au crime organisé ont eu lieu. Selon des spécialistes en violence, ces émeutes et attaques récentes contre les UPP sont une démonstration de force orchestrée par les trafiquants de drogue qui avaient perdu du terrain.

AFP