Mondial Domenech entrainement
Raymond Domenech | AFP - Patrick Herzog

Domenech va de mal en pis

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L'exclusion de Nicolas Anelka est le dernier épisode de la saga Domenech. Au départ de l'affaire, le sélectionneur a voulu jouer son rôle en recadrant l'attaquant qui n'avait toujours pas compris le dispositif tactique et ses missions dans le jeu français. Pas entendu par le joueur, c'est un nouvelle preuve de la faillite du mode de management du sélectionneur national. Retour sur un entraîneur au parcours controversé.

78 matches. En poste depuis le 12 juillet 2004, il détient le record de nombre de match à la tête des Bleus. Le bilan est plutôt honorable: 41 victoires, 24 matches nuls, 13 défaites, 109 buts marqués et 50 buts encaissés. Il est même le premier sélectionneur français à avoir qualifié la France pour trois phases finales successives: Mondial 2006, Euro 2008 et Mondial 2010. Deux chiffres ternissent la belle histoire. Zéro comme le nombre de trophée gagné par Domenech en dépit d'une finale en 2006. Une comme le nombre de victoire en phase de poule lors de ces trois compétitions (2-0 face au Togo) pour trois nuls (dont deux 0-0) et trois défaites. Le compte n'y est pas. Malgré le fiasco de l'Euro 2008 (1 nul, 2 défaites, 1 but marqué, 6 encaissés), l'ancien sélectionneur des Espoirs (1993-2004) avait conservé son poste avec le soutien de la Fédération et de la DTN malgré des doutes sur les compétences de technicien.

Des choix tactiques aléatoires

Le revirement tactique au moment des matches amicaux passe du fameux 4-2-3-1, efficace en 2006 avec Zinédine Zidane, à un 4-3-3 plus offensif. Lors de la première période face à la Costa-Rica, les choix semblaient payants. Le coup de bluff passé, Domenech a pris tout le monde de court en décidant, à quelques heures de la première rencontre contre l'Uruguay, de revenir à son système initial. Florent Malouda, de retour en grâce à la faveur du stage pré-Coupe du monde, en a été la victime surprise alors qu'après une saison magnifique avec Chelsea, il semblait l'une des rares valeurs sûres des Bleus. En revanche, Domenech s'entête à titulariser des joueurs hors de forme (Govou, Gourcuff), avec un passe-droit (Gallas) ou individualistes (Anelka, Govou). Il provoque une scission entre les onze titulaires et les autres. Après une chasse aux ego 1987 (Nasri, Ben Arfa, Benzema), il intronise ceux de Ribéry et d'Anelka. Le groupe est mort avant même d'avoir vécu. Malgré la confiance du sélectionneur, les élus ne montrent pas de reconnaissance. Un entraîneur n'est pas grand-chose sans ses joueurs. Quelque soit le système, les joueurs sont là pour courir, défendre, attaquer. Lucide, le sélectionneur avait prévenu ses hommes: c'est avant tout à eux d'aller conquérir les victoires. Résultat: aucun but inscrit en deux matches…

Sélectionneur "en autarcie"

L'ancien défenseur rugueux de Lyon, Bordeaux, Paris ou de l'équipe de France (huit sélections) n'a jamais gagné sa légitimité de sélectionneur auprès de ses joueurs. Passons sur la gestion hasardeuses des hommes comme Pascal Chimbonda, appelé au mondiale 2006 mais plus du tout après, ou Philippe Mexès, pas retenu pour l'Euro 2008 mais intronisé chef de la défense face à l'Autriche pour le premier match de qualification pour le Mondial 2010. Plus récemment, il n'a pas osé dire à son capitaine Patrick Vieira (107 sélections) qu'il ne le prendrait pas dans la liste des 23 et a préféré sacrifier Gourcuff après le premier match, sous la pression de certains cadres. Comment rassembler sans être soi-même un leader? Apathique au coup de sifflet final, Domenech n'a rien dit dans les vestiaires après le match contre le Mexique, ce que confirment les joueurs. Signe d'une impuissance chronique. A la confusion stratégique et la pauvreté des séances tactiques s'ajoute un discours sans moelle. Les prophéties du style "je vous donne rendez-vous le 11 juillet (ndlr, jour de la finale du mondial)" ne peuvent pas construire un dessein commun. S'improviser oracle de bon augure demande des fondations plus solides. En six ans en équipe de France, il a sabordé l'identité du jeu français sans en proposer une de rechange. Même le DTN Gérard Houiller, autrefois son premier soutien pour lancer "la nouvelle génération", vient de le lâcher stigmatisant "l'autarcie" dans la laquelle Domenech s'est enfermé et a enfermé le jeu de équipe de France. Alors, Domenech est-il encore l'homme de la situation pour le match face à l'Afrique du Sud ? Aux yeux d'Aimé Jacquet, sélectionneur des champions du monde de 1998, peu de doute. Domenech "aura été un bon sélectionneur". Le principe de Peter dit autre chose: "tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence".

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Mathieu Baratas