Didier Deschamps entraînement
Didier Deschamps et son adjoint Guy Stephan lors d'un entraînement de l'équipe de France | AFP - FRANCK FIFE

Deschamps et la possibilité du turnover

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Didier Deschamps va devoir trancher. L’équipe de France est en bonne position pour se qualifier, même si elle n’en est pas mathématiquement assurée avant son dernier match de poule face à l’Equateur. Pour cette dernière rencontre, le sélectionneur pourrait être tenté de faire souffler ses cadres. Dans certains cas, les circonstances vont l’y obliger. Dans d’autres, c’est sa volonté de maintenir tout le monde concerné qui fera la différence.

Six points, huit buts marqués, deux encaissés, un football offensif, un groupe sain, le début de Mondial de l’équipe de France se déroule comme dans un rêve. "Elle va un peu plus vite que je ne l’imaginais", concède même Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football. C’est vrai qu’avec deux victoires et la belle impression collective qui s’est dégagée face au Honduras et la Suisse, les Bleus n’ont pas manqué leur entrée dans ce Mondial. S’ils ne sont pas encore qualifiés pour les 8e de finale, ils se sont offert un beau matelas de sécurité. Il faudrait effectivement une catastrophe contre l’Equateur au Maracana (large défaite par au moins six buts d’écarts combinée avec un succès helvète par plus de deux buts d’écarts) pour que l’aventure s’arrête. Cette dernière rencontre des Bleus peut d’ailleurs servir à Didier Deschamps. Lui qui clame qu’il "n’y a pas de coiffeurs" dans son groupe pourrait être tenté de faire tourner et de maintenir tout le monde concerné. Il a connu ça en 98 lorsqu’Aimé Jacquet avait aligné les remplaçants face au Danemark (succès 2-1) après la qualification et les victoires contre l’Afrique du Sud et l’Arabie Saoudite. Il a commencé à le faire contre la Suisse (Giroud et Sissoko, deux changements en lieu et place de Griezmann et Pogba). Toutefois, le remaniement contre la Tri pourrait être plus important.

En défense centrale et en sentinelle, une nécessité

Les deux remplaçants Morgan Schneiderlin et Eliaquim Mangala
Les deux remplaçants Morgan Schneiderlin et Eliaquim Mangala

L’hécatombe. Voilà ce à quoi est confronté Didier Deschamps pour le poste de défenseur central. Dimanche, Raphaël Varane ne s’est pas entraîné, victime d’une gastro-entérite, Mamadou Sakho, lui, n’a eu droit qu’à des miettes alors qu’il se remet de l’élongation contractée face à la Suisse et enfin Laurent Koscielny a été ménagé. C’est la charnière titulaire et le premier remplaçant qui sont sur le flanc. Ne reste sur pied qu’Eliaquim Mangala, le joueur de Porto, le moins expérimenté des quatre (3 sélections). D’ici à mercredi soir, les choses peuvent encore évoluer même si les chances de voir le joueur de Liverpool sur pied semblent fines. Coupable sur le deuxième but helvète, Laurent Koscielny devrait avoir une autre chance de se montrer. Reste à savoir s’il accompagnera Raphaël Varane ou Eliaquim Mangala. Sur le côté gauche, le carton jaune reçu par Evra face au Suisse joue en la faveur de la titularisation de Lucas Digne. A droite, Bacary Sagna se tient également prêt à suppléer Mathieu Debuchy.

Au milieu de terrain, c’est le jeu des cartons et des suspensions qui obligent Deschamps à revoir ses plans. Yohan Cabaye qui a écopé d’un deuxième jaune face aux Suisses manquera automatiquement la dernière rencontre des Bleus. Paul Pogba, lui, est toujours sur la menace d’une suspension pour les 8e de finale – les cartons ne seront remis à 0 qu’à partir des quarts -. Pour le premier, "DD" a déjà la solution : elle s’appelle Rio Mavuba. Du poste pour poste et une garantie pour "la Dech’", celle de maintenir l’équilibre de son onze. Toutefois le jeu long du Lillois n’égale pas celui du Parisien et c’est toute l’animation des Bleus qui pourrait s’en ressentir. Pour Pogba, c’est différent. Son coup de sang contre le Honduras, couplé à une concentration sur courant alternatif, lui avait déjà coûté sa place de titulaire contre la Suisse. Deschamps pourrait à nouveau aligner Moussa Sissoko, dont la prestation contre la Suisse a été saluée et couronnée d’un but.

En attaque et au milieu, maintenir la dynamique ou reposer les cadres

Les milieux de terrain tricolores Antoine Griezmann, Morgan Schneiderlin et Rémy Cabella
Les milieux de terrain tricolores Antoine Griezmann, Morgan Schneiderlin et Rémy Cabella

Avec 8 buts en deux rencontres, l’attaque française tourne à plein régime. A égalité avec celle des Pays-Bas, elle peut compter sur un Karim Benzema tout feu, tout flamme et un Olivier Giroud dans la lignée de sa préparation. Les deux hommes ont inscrit la moitié des buts tricolores et leur prestation face à la Suisse a prouvé qu’ils pouvaient jouer ensemble. Deschamps pourrait conserver cette animation et ne pas casser la dynamique. Avec un Mathieu Valbuena sur l’aile droite, Deschamps possède un trio en pleine bourre. Changer ces hommes en forme est un risque à l’heure où les Bleus ont trouvé la bonne carburation. Mais l’exigence de la compétition pourrait rattraper le groupe et après une longue saison, reposer les organismes peut s’avérer nécessaire. Ainsi après 180 minutes dans les jambes, Benzema pourrait être ménagé, Valbuena – qui a moins joué que le Madrilène – aussi.

Convaincant, Giroud devrait être reconduit. Il pourrait être associé à Griezmann et Rémy, voire Cabella. Au milieu, même réflexion. Le "marathonien" Blaise Matuidi semble infatigable. "Il court encore, il est rentré en courant, il n'a pas voulu prendre  l'avion (du retour après le match contre la Suisse, ndlr) avec nous", a même chambré Deschamps en conférence de presse. "Il a des aptitudes athlétiques, il est en confiance mais  parfois j'ai du mal à le suivre. Je le vois dans les 16,50m, cinq secondes après il est dans notre surface". Son abattage est précieux pour Deschamps et les Bleus, mais encore une fois le sélectionneur a de la marge. Et c’est Morgan Schneiderlin qui pourrait en profiter.

Benoit Jourdain @BenJourd1