Un supporter du Ghana
Les supporters ghanéens ont répondu présent. | AFP - FRANCK FIFE

Dans le rétro du Mondial

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Un mois de football pour tous. Un mois de communion au son de l'infernal vuvuzela. Un mois d'ascension au sommet pour certains. Quinze jours de ridicule pour d'autres. Une fraction de seconde où la polémique est née. La Coupe du monde 2010 est dans le rétro. Il est temps de se retourner.

Première classe !
Avec l'Espagne ou les Pays-Bas en finale, ce Mondial ne pouvait être qu'un voyage en première.Sur la lancée d'un Euro 2008 champagne, la Roja a pris deux ans de bouteille et cueille en Afrique du Sud la consécration dans le concert international. On l'attendait à cette place et elle n'a pas déçu. Malgré une entame ratée contre la Suisse (1-0), l'équipe de Del Bosque n'a jamais renié ses principes de jeu, continuant à développer une partition enjouée contre des défenses toujours plus regroupées et agressives. Plus aucune faute note n'allait perturber la symphonie ibère, y compris l'armada néerlandais, battue 1-0 après prolongations en finale. C'est le triomphe du beau jeu et des beaux gestes dans un Mondial pauvre techniquement. Quand la musique est bonne…

La céleste surprise
Personne ne les attendait à pareille fête combien même ils arboraient deux étoiles décaties sur leur maillot bleu ciel. Avec le Mexique, la France et l'Afrique du Sud dans le groupe A, l'Uruguay n'avait pas les faveurs des pronostics. La Celeste sortait pourtant haut la main du chapeau et s'ouvrait une voie royale vers le dernier carré. Merveilleuse dans son engagement et son état d'esprit, elle a fait honneur à son beau maillot pour s'en aller titiller les Oranges jusque dans les ultimes secondes (2-3) après avoir eu le scalp de la Corée du Sud (2-1) et des Black Stars du Ghana (1-1, 4 t.a.b à 2). Mais l'Uruguay ne serait rien sans un grand joueur. Digne héritier d'Enzo Francescoli, Diego Forlan a éclaboussé le Mondial de son talent. Aussi décisif (4 buts) que précieux dans la fixation, "Cachavacha" devrait logiquement figurer en bonne place dans l'équipe-type de l'édition 2010.

Uruguay vs Ghana, le match du Mondial
Peu de match ont transcendé les foules. L'hiver peut-être. Heureusement, quelques parties ont réchauffé l'atmosphère. On aurait peu évoquer la demi-finale Pays-Bas - Uruguay mais nous avons préféré retenir le quart de finale entre la Céleste et le Ghana, dernier représentant africain. La partie s'est jouée au poker. Chaque équipe a sorti son As : le Ghanéen Muntari, buteur à la 45e et l'Uruguayen Forlan, auteur d'un coup franc victorieux à la 55e). Entre générosité, trouille et folie, ce fût un peu la foire aux sentiments. Et puis il y a eu le geste qui a tout changé. Au bluff, le démon Suarez a stoppé un tir de la main provoquant un penalty et son exclusion. On jouait la dernière minute des prolongations. Gyan avait la balle de match au pied mais a choisi la barre plutôt que les filets comme refuge. C'était l'heure du miracle uruguayen et son ange Suarez. La Celeste finissait par l'emporter aux tirs au but 4 à 2. Une drôle d'histoire.

Le MVP
Il n'est ni champion du monde ni finaliste mais son emprise sur son équipe et les matches qu'il a disputé en ont fait un logique meilleure joueur du tournoi. Auteur de cinq buts presque tous décisifs et véritable poison pour les défenses, l'Uruguayen Diego Forlan a devancé avec 23,4% des votes exprimés par les personnes accréditées pour le Mondial-2010 le Néerlandais Wesley Sneijder (21,8%) et l'Espagnol David  Villa (16,9%). "C'est une récompense obtenue grâce mes partenaires", a déclaré le joueur  sur son compte twitter. Par ailleurs, l'Espagnol Iker Casillas a été désigné meilleur gardien de but  du tournoi (Gant d'Or) alors que l'Allemand Thomas Müller a été désigné meilleur  jeune joueur. L'Espagne a remporté le prix du fair-play récompensant l'équipe ayant le  meilleur bilan disciplinaire.

Les maux Bleus
C'est le plus grand bide de cette Coupe du monde. Certes les éliminatoires et ce barrage passé avec la main de Henry aux dépens de l'Irlande avaient donné le ton mais comment aurait-on pu imaginer un Mondial aussi désastreux pour l'équipe de France. De la préparation jusqu'à la dernière rencontre face aux Bafanas, nous avons assisté à la lente et pénible agonie d'un sélectionneur, d'un groupe de joueurs en carton-pâte et d'une fédération aux aboies. Pauvre France. Pauvre maillot bleu pâle qui ne retrouvera son lustre qu'avec, on l'espère, une tournée de Blanc. Dans la corbeille des espoirs déchus, on ajoutera les déboires de l'Italie championne du monde, incapable de sortir d'une poule "facile", et les bides du Cameroun et de la Côte d'Ivoire, les deux géants du continent africain.

Dans la ligne de mire
Un Mondial digne de ce nom a toujours sa polémique. Celle-là a fait grand bruit même si, heureusement, il pourrait bien en sortir du positif. Si les Ivoiriens pouvaient déjà s'estimer lésés par l'arbitrage de M.Lannoy lors de leur match de poule contre le Brésil (3-1), ce n'est rien à côté des Anglais et Mexicains, spoliés en huitièmes de finale. Tout s'est passé le 27 juin. En quelques heures deux injustices ont mis le feu aux poudres à la Fifa. C'est d'abord l'Angleterre, opposée à l'Allemagne (1-4), qui a vu un but refusé à Lampard dont la frappe avait largement passé la ligne. Avec ce but, les Anglais revenaient à 2-2 et ne seraient pas partis à l'abordage en deuxième mi-temps. Dans la soirée, c'est un but largement hors-jeu de l'Argentin Tevez qui a mis le Mexique sous l'eau. Difficile à accepter. Se confondant en excuses après ces deux bavures, la fédération internationale a promis de revenir sur le débat de l'arbitrage avec l'International Board qui régit les lois du jeu. Pas de vidéo à l'horizon mais certainement un arbitrage à cinq pour le Mondial brésilien de 2014.

Le mur du son
Le Mondial sud-africain restera celui du Vuvuzela ou ne restera pas… A défaut d'un spectacle de très haut niveau sur la pelouse, les spectateurs et téléspectateurs en ont eu pour leurs oreilles. A 138,1 décibels par "trompette", pas étonnant que les Bleus n'ait pas entendu les consignes de Raymond Domenech. Comment ? Il n'y avait pas de consigne… Insupportable lors des premiers matches, le bruit des vuvuzelas a toutefois été atténué par les diffuseurs TV. Et puis on a fini par s'y faire à ces bourdonnements intempestifs, à la furie auditive d'une armée de tronçonneuses, à cette "buzzitude" sud-africaine. Juillet 2010, nous sommes tous prêts à embrasser la carrière d'apiculteur !

Les phrases
- Oscar Tabarez (sélectionneur de l'Uruguay à propos de la main de Suarez en quarts de finale face au Ghana) : "C'était la main de Dieu et de la Vierge Marie !"
- Mark van Bommel (boucher néerlandais) : "Oui, je fais le sale boulot. Et alors ? Une équipe de football ne peut être  constituée de onze danseuses".
- Dunga (sélectionneur brésilien après l'élimination de son équipe) : "Il était impossible de s'assurer la conquête d'un sixième titre mondial,  d'abord pour la taille du défi, ensuite pour la complexité de la mission."
- Moneeb Josephs (gardien sud-africain après la défaite contre l'Uruguay 3-0) : "Nous aurions eu besoin que les supporteurs fassent juste un peu plus de  bruit, parce qu'on pouvait encore s'entendre parler sur le banc et cela ne  devrait pas arriver."
- Diego Maradona (sélectionneur argentine avant son 8e contre le Mexique) : "On est en grande forme, c'est vrai. J'ai 23 joueurs à disposition et je  cherche mon équipe de gala, mon équipe de luxe, car c'est ce que l'Argentine  mérite".
- Paul le Poulpe (prophète céphalopode allemand) "glou ! glou ! España !"