Le stade de Saransk accueillera des matches du Mondial 2018
Le stade de Saransk accueillera des matches du Mondial 2018 | AFP

Crickets, hooligans, paris illégaux… ces menaces qui pèsent sur le Mondial en Russie

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La Russie accueille cet été la Coupe du monde de football (du 14 juin au 15 juillet), ce qui, après les Jeux de Sotchi (2014), devrait de nouveau permettre à la république fédérale dirigée par Vladimir Poutine de braquer les projecteurs sur son savoir-faire, sa culture... Mais les dirigeants russes se préparent aussi à gérer de nombreuses problématiques qui pourraient au contraire écorner l’image de la plus vaste nation du monde.

A trois mois et demi du grand rendez-vous planétaire, les millions de passionnés du ballon rond font déjà leurs pronostics. Qui du Brésil, de l’Allemagne, de l’Espagne voire de la France, sera sacré champion du monde de football le 15 juillet prochain ? S’il est périlleux de répondre à cette question, il est encore plus périlleux d’affirmer que l’événement se déroulera sans le moindre incident. Pourtant, au rayon paris, illégaux notamment, la Russie s’y connaît.

• 70% des paris sont illégaux

Depuis que le bloc soviétique a explosé, le phénomène déjà très présent culturellement n’a cessé de grandir, devenant exponentiel avec internet. Si l’on considère que sur le marché russe des paris en ligne, 70 % sont illégaux, il est évident de prévoir que le Mondial va engendrer des risques supplémentaires pour l’événement organisé « à domicile ». « Nous nous attendons à un intérêt colossal pour la Coupe du monde », avait récemment expliqué à l'AFP Aliona Cheïanova, la porte-parole d'une entreprise légale de paris en ligne, Leon. Les paris en ligne générant un chiffre d’affaires évalué à 11,8 milliards de dollars, le spectre des matches truqués (également présents dans le football russe) risque de planer au-dessus de certains matches.

• Deux joueurs visés par la Fifa

Le doute planera aussi sur l’intégrité de certains joueurs, notamment sur des soupçons de dopage. « Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais de problème de dopage dans notre football », avait affirmé à l’agence TASS, le vice-Premier ministre russe, Vitali Moutko, également président de la Fédération russe de football. Depuis, un système de dopage institutionnalisé a été révélé aux yeux du monde entier, provoquant la suspension de la Russie aux JO de PyeongChang. Et surtout, la Fifa a bien lancé une enquête sur deux joueurs russes : Ruslan Kambolov qui a joué en sélection en 2015 puis en juin 2017, ainsi que Ivan Knyazev, un ancien espoir.

Des supporteurs du Dynamo Moscou...
Des supporteurs du Dynamo Moscou... © AFP

• Racisme ordinaire en Russie

Si sur le terrain, il faudra surveiller certains joueurs (et pas seulement russes), la plus grande vigilance sera surtout de mise dans les tribunes. Là encore, les autorités russes peuvent difficilement ignorer les incidents racistes qui ne cessent de se multiplier, dont le dernier en date, lors de Russie – France. Il semblerait que seul le responsable de la sécurité et de relations avec les supporters à la Fédération russe, Alexeï Tolkatchiov, n’a pas entendu les cris de singe adressés à Paul Pogba et Ousmane Dembélé. Ce nouvel incident s’ajoute à la centaine d’autres intervenus entre 2014 et 2016, et recensés par l’organisation « Fare network » (Football against racism in Europe).

• Gare aux « Fights »

En tribunes, mais aussi aux abords des stades, la vigilance sera accrue. Un policier espagnol est mort en février dernier, lors de violents affrontements entre hooligans russes et basques, avant le 16e de finale retour de Ligue Europa opposant l’Athletic Bilbao au Spartak Moscou. Les événements de Marseille lors de l’Euro 2016 restent encore dans les mémoires. Mais avec la fermeté annoncée d’un Vladimir Poutine, fraîchement réélu, ce genre d’exactions devrait être en partie canalisé, d’autant qu’il s’agit de l’image de la nation et que les forces de l’ordre devront aussi gérer le risque terroriste. Et ce n’est autre que le FSB (services secrets russes) qui s’est chargé de mettre en garde les principaux groupes de hooligans. La Fifa a donc bon espoir de ne pas assister à des incidents aux abords des stades. En revanche, rien ne dit que les « fights » (bagarres organisées) entre hooligans ne se déroulent pas dans des endroits comme les forêts avoisinantes…

• Criquets, l’autre menace !

Enfin, une autre menace, plus improbable, est prise très au sérieux par les organisateurs : les criquets. Ces derniers pullulent dans le sud de la Russie et ont la fâcheuse tendance à se déplacer en très grand nombre pendant l’été… « Les terrains de football sont verts. Les criquets adorent les endroits où il y a beaucoup de vert. Pourquoi ne viendraient-ils pas là où l’on joue au football ? », s'était interrogé le mois dernier Pyotr Chekmarev, qui n’est autre qu’un représentant du ministère de l’agriculture russe. Il semblerait que la ville de Volgograd, où les équipes d'Angleterre, de Pologne, de Tunisie et du Japon évolueront, soient particulièrement menacée. Mais ce ne sont que des menaces...

Romain Bonte