Ça s'est passé un 12 juillet 1998: l'apothéose du football français...

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Auteur·e : Alain Vernon
Jacques Chirac enlace Fabien Barthez avant de lui apposer un baiser sur le front après la finale de la Coupe du monde 1998
Jacques Chirac enlace Fabien Barthez avant de lui apposer un baiser sur le front, devant Zinédine Zidane et Bixente Lizarazu, après la finale de la Coupe du monde 1998 | AFP - Pedro UGARTE

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Depuis la création en 1930, par le Français Jules Rimet, de la Coupe du Monde de football, la France n’avait jamais connu la sensation unique de soulever le plus beau trophée dont puisse rêver une sélection nationale... Le dimanche 12 juillet 1998, le Graal des Bleus est atteint...

Le câble d’acier remonte lentement le véhicule en panne sur le camion de dépannage de José Alegria. Les mains sur son volant, un regard attentif dans le rétroviseur, il rejoint son garage de la région parisienne qu’il a ouvert quelques années après la Coupe du Monde en France. José Alegria, Portugais fan de Cristiano Ronaldo, était le chauffeur du bus de l’Equipe de France en 1998...

En route pour le Stade de France

On imagine son bonheur pendant un mois avec le groupe France où Thierry Henry était son chouchou. Mais paradoxalement, ce jour de finale France-Brésil, est son pire cauchemar. Au moment de sortir de leur camp de base de Clairefontaine, près de Rambouillet dans les Yvelines, les joueurs et le staff sont abasourdis. Une foule compacte, en liesse, entoure le bus tricolore qui peut à peine avancer. Les supporters, les familles, les amoureux tout frais des Bleus voudraient toucher cette équipe de France magique. Et pour José Alegria, c’est l’enfer ! Peur d’écraser une personne, de devoir s’arrêter, peur de ne pas être à l’heure au Stade de France...

Mais ce bus du bonheur national file désormais à vive allure vers le Nord de Paris, escorté par des dizaines de motards, des cameramen, des photographes, la police et des millions de Français en direct à la télévision. C’est le 14 juillet avant l’heure.

Au fond du car, assis entre Vincent Candela et Christophe Dugarry, Zidane se délecte de cette frénésie. Comme déjà habité par la gloire d’un triomphe annoncé. Lorsque José Alegria gare enfin son bus dans les entrailles du SDF, il pousse un ouf de soulagement tandis que Zidane enfile sa chaussette gauche puis la droite, avant d’aller sentir atmosphère du cratère en ébullition qu’est le Stade de France déjà plein. Ce stade tout neuf de 80 000 places, où il a inscrit le premier but contre l’Espagne en janvier. Ce stade, construit sur les anciennes terres d’une usine chimique, où son papa a travaillé pour élever sa famille nombreuse. Dans ce stade qui est la fierté du sport français, Zidane, un fils de la France plurielle, va écrire la légende du football français.

Zidane président

Sur ses carnets de campagne mondiale, Aimé Jacquet a noté une consigne tactique qui va s’avérer déterminante pour la victoire : les Brésiliens sont absents du premier poteau sur les corners. Le sélectionneur l’a dit à ses joueurs. Corner de Petit. Corner de Djorkaeff. Zidane marque deux fois de la tête. Expulsé contre l’Arabie Saoudite, le numéro 10 des Bleus avait un peu traversé la Coupe du Monde en fantôme, le voici héros national, sauveur de la patrie, rassembleur de toutes les couches sociales d’un pays qui le voit même président, à grand renfort de faisceaux laser sur l’Arc de triomphe... 

A 2-0, le Brésil n’y croit plus vraiment, même si Barthez doit réaliser un sauvetage spectaculaire devant Ronaldo que la rumeur prétend malade depuis le dimanche matin. Un Brésil survendu par les sponsors avant le mondial en France mais qui n’a pas le talent des générations précédentes.

Dans la tribune des commentateurs de télévisions, Patrick Battiston, consultant pour le service public, comprend que la malédiction française est vaincue. Celle de 82 surtout, où l’ignoble Harald Schumacher avait séché le défenseur français avec une rare violence, sans même prendre un carton jaune. Le romantisme du foot français a fait place au réalisme tactique. Et la révolution française porte enfin ses fruits. 68 ans après la naissance de la Coupe du Monde.

Le 1000e but des Bleus, signé Petit

Le troisième but de l’Equipe de France, signé Manu Petit en toute fin de match, arrive comme le couronnement d’un sacre espéré depuis si longtemps. Petit, servi plein axe par Vieira, échappe à Cafu et trompe Taffarel qui voit mourir ce ballon pour la troisième fois au fond de ses filets. L’histoire est bien faite puisque ce but de Manu est le 1000e de l’Equipe de France ! 3-0. Et un, et deux, et trois zéro ! chanteront toute la nuit les français sur les Champs-Élysées.

A 22h54, le dimanche 12 juillet 1998, la France remporte la seizième Coupe du Monde en battant le Brésil 3-0 ! Personne n’y aurait cru avant. Avant que Dugarry ne libère tout un pays, à Marseille face à l’Afrique du Sud ; avant que Zizou ne s’essuie les crampons sur un joueur saoudien ; avant que Laurent Blanc n’envoie, d’un but en or à Lens, le coriace Paraguay de Chilavert en enfer ; avant que les Français d’Italie ne se débarrassent de leurs coéquipiers du calcio dans un quart de finale irrespirable ; avant que Lilian Thuram ne revienne du paradis, avec deux buts irréels contre la Croatie en demi-finale...

Le bonheur partagé des Bleus sur la pelouse du Stade de France, qui ne pouvait rêver meilleur baptême, va durer une éternité. « Pour l’éternité » sera d’ailleurs le titre de l’Equipe le lendemain.

Ils en ont rêvé, ils l'ont fait

Lorsque Didier Deschamps devient le premier capitaine français à soulever une Coupe du Monde, on ne peut s’empêcher de penser à toutes ces générations tricolores qui ont approché l'apothéose : Nos Bleus de 58 en Suède avec un trio magique Kopa-Piantoni-Fontaine ; de 82 en Espagne où Platini-Giresse-Tigana et Hidalgo ont laissé de grosses larmes à Séville ; de 86 au Mexique où l’Allemagne a encore brisé nos illusions... Ou encore ces générations maudites pour qui une Coupe du Monde relevait de l’utopie : Nos premiers Bleus de 1930 en Uruguay, où le seul héros fut Lucien Laurent, le premier buteur de la Coupe du Monde ; ceux de 54, témoins de la virtuosité hongroise et yougoslave ; ceux de 66 en Angleterre, vite écartés par les soldats de sa Majesté dirigés par Bobby Charlton ; ceux de 78 en Argentine emportés par la volonté de la dictature militaire ; ceux de 90-94, prématurément sortis de la fête mondiale du ballon rond...

Plus d’un million de français vont se ruer sur les Champs-Élysées, le 13 juillet, pour tenter d’approcher les héros d’une France qualifiée dans les médias de black-blanc-beur.

Des noms pour l’éternité :
Barthez-Thuram-Blanc-Desailly-Leboeuf-Lizarazu-Candela-Deschamps-Petit-Vieira-Boghossian-Karembeu-Djorkaeff-Zidane-Dugarry-Guivarch-Diomede-Henry-Trezeguet... Et un chauffeur de bus portugais qui recevra, lui aussi, une réplique de la Coupe du Monde après avoir ramené, en pleine nuit et sans encombre, les champions du monde à Clairefontaine...

Alain Vernon

Coupe du Monde de Football