Brésil-2014: Violence et corruption dans le viseur

Brésil-2014: Violence et corruption dans le viseur

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Le Brésil est désormais à moins de 900 jours du match d'ouverture de la Coupe du monde qu'il organisera en 2014 (12 juin-13 juillet). Engagé dans une entreprise gigantesque, le pays où le ballon rond est roi voir l'échéance se rapprocher. C'est l'occasion de faire un tour d'horizon de tous les défis qui attendent les Brésiliens. Quatrième et dernier volet de notre dossier: la lutte contre les violences et la corruption.

L’image négative du Brésil repose beaucoup sur l’extrême violence et une intense corruption. Les favelas à proximité des maisons de luxe forment une image qui participe à cette vision. Si la prochaine Coupe du monde ou les prochains Jeux Olympiques à Rio en 2016 ont certainement contribué à accélérer le mouvement, force est de constater que la lutte contre les violences et la corruption s’est intensifiée. Car un accroc dans ces domaines pendant l’un des deux événements aurait des répercussions mondiales dramatiques, car bien évidemment amplifiées par l’attention planétaire portée à ce moment sur le Brésil.

Selon des chiffres officiels, les armes à feu font de 20 000 à 30 000 morts par an au Brésil. En 2007, l’état le plus violent était celui d’Alagoas, au Nord-Est, avec 59.5 homicides pour 100 000 habitants, alors que l’Etat de Rio se trouvait au 4e rang avec 41.5 homicides pour 100 000 habitants. C’est pour cela que le gouvernement mène une politique pour les retirer de la circulation. Depuis 2004, selon la présidente Dilma Rousseff, 370 000 armes auraient ainsi été récupérées. Le moyen : une campagne de désarmement qui offre jusqu’à 300 reals (124 euros) à celui qui remet une arme aux autorités, son anonymat étant garanti. En 2011, 28 000 armes ont été reprises.

La pacification des favelas

Cette politique a été couplée dernièrement par une volonté de pacifier les favelas, débutée en 2008. A Rio, un tiers de la population vit dans quelques mille favelas, occupées et dirigées depuis trente ans par les narcotrafiquants. Souvent à flanc de collines, elles étaient pratiquement interdites à la police qui, lorsqu’elle voulait y entrer, devait faire appel à l’armée pour des opérations spectaculaires et violentes face à la puissance de feu des narcotrafiquants. Après avoir occupé 18 favelas depuis 2008 pour y installer des unités de police pacificatrices (UPP) et en permettre l’accès aux services comme le tout à l’égout ou le ramassage des ordures, la vitesse supérieure a été passée cette année. En novembre dernier, la Rocinha, où vivent 100 000 personnes, a été investie par 3000 soldats appuyés par des hélicoptères et des blindés. Sans un coup de feu, les forces de sécurité ont passé la journée, récupérant quelques armes, au lendemain d’avoir interpellé deux des chefs de la favela, qui tentaient de s’extirper de la Rocinha dans des coffres de voiture. Située à un point d’étranglement entre la ville et les zones ouest où auront lieu la plupart des épreuves olympiques, au-dessus de certains des quartiers les plus aisés de la ville, elle était l’image de l’impuissance publique.

19 Unités de police pacificatrice installées depuis 2008 dans les favelas. Objectif pour le Mondial-2014: 21 de plus.

Les supporteurs violents étrangers "black-listés"

« Cette occupation a une forte valeur symbolique en raison de sa localisation, dans la zone la plus chère de Rio, et ferme un cycle d’occupations dans les quartiers de la zone sud et touristique, directement liés à la Coupe du monde 2014 et aux Jeux Olympiques 2016 », estime Ignacio Cano, professeur au Laboratoire d’analyse de la violence de l’Université fédérale de Rio, cité par l’AFP. José Mariano Beltrame, le secrétaire à la sécurité de l’Etat, a expliqué à cette occasion que « armes, dorgues, munitions, personnes (recherchées), c’est important, mais rendre le territoire à ceux qui en sont privés depuis trente ans, ce n’est pas rien. » Deux mois avant, c’était la favela de Mangueira, qui jouxte le stade Marcana, qui a subi le même sort. Et le Complexo da Maré, proche de l’aéroport international de Rio, comptant 16 favelas et 130 000 habitants pourrait être le prochain objectif, puisque certains des trafiquants s’y seraient réfugiés.

Mais la violence locale n’est pas la seule à laquelle vont être confrontés les services brésiliens. Ainsi, le gouvernement a demandé à sept pays (Argentine, Allemagne, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Afrique du Sud, Pologne) de lui fournir la liste de leurs supporteurs violents. Les visas pourraient leur être refusés durant l’épreuve, et des contrôles aux frontières devraient être ajoutés pour filtrer un peu plus le flot de supporteurs qui n’auront pas besoin de visas pour entrer au Brésil.

Cinq ministres démissionnaires pour corruption

Deuxième sujet d’inquiétude : la corruption. "Le Brésil est, par exemple, très mal classé au classement Corruption Perceptions Index (note de 3.7 sur 10 alors que les pays développés tournent autour de 7 ou 8 sur 10)", souligne Bastien Drut, auteur du livre "Economie du football professionnel" paru aux éditions La Découverte.

Ce fléau a frappé les plus hautes instances de l’Etat, puisque cinq ministres ont démissionné face à des accusations de ce genre depuis le début de l’année 2011. Parmi eux, le ministre des Sports, Orlando Silva, accusé d’avoir détourné 23 millions de dollars dans le cadre de programmes sociaux d’encouragement des jeunes au sport à travers des ONG. Cette démission a forcément fragilisé l’organisation du Mondial et des JO, et c’est sans doute pour cela que Dilma Rousseff a nommé en remplacement Aldo Rebelo, un homme connu pour être droit. C’est lui qui présidait une commission d’enquête, voici dix ans, sur Ricardo Teixeira, omniprésent président de la Fédération brésilienne de football (CBF) depuis 1989, et également président du Comité d’organisation de la Coupe du monde. Car les plus hautes instances sportives sont aussi touchées dans ce pays.

Malgré toutes les rumeurs qui demeurent sur cet homme (il est soupçonné de blanchiment d’argent depuis octobre 2010, de corruption, de manque d’éthique lors de la désignation de la Russie comme pays organisateur au Mondial-2018 même si la FIFA l’a blanchi sur ces deux dernières affaires), c’est lui l’homme fort du Mondial-2014. Si sa côte d’amour n’est pas très élevée, tout le monde doit faire avec lui. Dilma Rousseff a marqué sa distance en ne l’invitant pas au palais présidentiel, contrairement à son prédécesseur Lula qui était proche de Teixeira. Et les accusations portant sur Joao Havelange, ancien grand patron de la FIFA avant Sepp Blatter, n’arrangent pas l’image d’un pays corrompu. Le Brésilien a d’ailleurs démissionné en décembre du Comité international olympique (CIO) pour éviter tous risques de sanction disciplinaire, qui aurait pu ternir les deux prochains événements organisés par son pays. Au Brésil, l’image des dirigeants sportifs est particulièrement mauvaise. Ces deux hommes n’ont rien fait pour l’arranger.

Ronaldo en sauveur ?

Des tensions, il y en a eu aussi avec la FIFA, notamment face à un projet visant à réduire les compétences de la FIFA en termes de propriété des droits d’image, mais aussi lorsque le gouvernement a décidé de baisser le prix des places pour les personnes âgées et les enfants. Pour apporter de la fluidité à tous les niveaux, et tenter d’apaiser toutes ces tensions, Ronaldo a été intégré au début du mois de décembre au Comité d’organisation. L’ancien double Ballon d’Or jouit d’une image exceptionnelle dans son pays comme à l’étranger. "Je suis très fier et orgueilleux d’accomplir cette mission pour faire en sorte que nous fassions la plus belle Coupe du monde de tous les temps", a déclaré l’ancien joueur du Real Madrid lors de sa désignation comme porte-étendard. Il n’a pas perdu de temps, puisque quelques jours après, il a réussi à rassembler Teixeira et Romario, deux ennemis de longue date. L’ancienne vedette de Barcelone, désormais député, n’a jamais été tendre. En juillet dernier, il déclarait : "Seul Jésus peut aider le Brésil à organiser la meilleure Coupe du monde de l’histoire. S’il descend sur terre au cours des trois prochaines années, ce sera possible."

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Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze