Brésil-2014: Une économie florissante

Brésil-2014: Une économie florissante

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Le Brésil est désormais à moins de 900 jours du match d'ouverture de la Coupe du monde qu'il organisera en 2014 (12 juin-13 juillet). Engagé dans une entreprise gigantesque, le pays où le ballon rond est roi voir l'échéance se rapprocher. C'est l'occasion de faire un tour d'horizon de tous les défis qui attendent les Brésiliens. Troisième des quatre volets de notre dossier: le dynamisme économique du pays.

Avec une superficie de plus de 8.5 millions de km2 s’étalant sur trois fuseaux horaires, une population dépassant les 192 millions d’habitants, une diversité biologique exceptionnelle avec notamment la forêt amazonienne, le Brésil dispose d’atouts très importants pour son développement économique. Et depuis quelques années, il en profite pleinement. A tel point qu'il est devenu, devant la Grande-Bretagne, la 6e puissance économique mondiale en 2011. "L’économie du Brésil est très dynamique", explique Bastien Drut, auteur du livre "Economie du football professionnel" paru aux éditions La Découverte en avril dernier. "Lors des dix dernières années, la croissance moyenne annuelle a été proche de 4%, soit bien plus que dans les pays développés."

6% d’inflation en 2011, 3.5% de croissance

Bien sûr, la crise qui secoue l’Europe et les Etats-Unis a eu une incidence sur ce dynamisme, puisque la croissance au 3e trimestre a été nulle par rapport au 2e, selon l’Institut brésilien de géographie et de statistiques, qui relève tout de même que le Produit intérieur brut (PIB) a cru, en rythme annualisé, de 3.7%, et sur les neuf premiers mois de l’année 2011, de 3.2%. Avec la récession qui les guette, les pays européens sont à des années lumière de ce résultat. Pour tenter de se protéger contre la contagion de la crise mondiale, la Banque centrale a abaissé à trois reprises son taux directeur, qui reste néanmoins l’un des plus élevés du monde à hauteur de 11% l’an.

Mais ce n’est pas la seule raison de ce léger fléchissement. Guido Mantega, le ministre des Finances, estime ainsi que ce ralentissement « passager » est également dû aux mesures adoptées pour juguler l’inflation, "réduire le rythme de l’économie qui était surchauffée" avec une importante cherté du crédit et une hausse des taux d’intérêt. "L’inflation est certes élevée, aux alentours de 6% en 2011, mais n’a rien à voir avec les taux d’inflation extrêmement élevés de la fin des années 1980-début des années 1990", souligne Bastien Drut.

L’éolien, le pétrole, l’eau, des richesses immenses

Pour atteindre ce fort dynamisme, le Brésil s’appuie sur plusieurs piliers, avec en premier, bien évidemment, un tourisme florissant. "Le pays peut compter sur des ressources naturelles abondantes", ajoute l’économiste. "La grande nouveauté de ces dernières années est que le pays exporte désormais massivement des métaux en direction de la Chine." Autre nouveauté : le pétrole, avec de grandes découvertes de gisement en eaux profondes ou très profondes au large des côtes que ce soit de Rio ou de l’Etat de Sao Paulo, depuis plusieurs mois. Repsol, le groupe pétrolier hispano-argentin très impliqué dans certaines de ces découvertes, estime ainsi que "l’offshore brésilien est une des zones les plus importantes de croissance en réserve d’hydrocarbure au monde". Et au moment où le prix du pétrole est à un niveau élevé et que l’or noir devient une ressource rare, le Brésil a un énorme atout dans sa manche.

Ce n’est pas le seul. Car ce pays regorge d’eau, ce qui lui permet d’avoir d’importantes ressources hydro-électriques. Et désormais, l’éolien se trouve aussi en première ligne. Des coûts de production très bas, des subventions gouvernementales, voilà qui attire de nombreux investisseurs étrangers. Selon l’Association brésilienne d’énergie éolienne (ABEeolica), le pays, qui a une capacité de 1.4 gigawatt, pourrait multiplier ce chiffre par huit en deux ans. Et l’Institut de recherche sur l’énergie émergente IHS prévoit que le principal marché d’énergie éolienne d’Amérique latine atteindra une capacité de 31.6 gigawatt en 2025.

Selon un sondage de l’institut Datafolha paru en août 2010 et ayant interrogé 10 586 personnes dans 382 municipalités, 57% des Brésiliens se montraient contre l’utilisation de l’argent public pour financer la construction ou la rénovation des stades en vue du Mondial.

Pour l’instant, l’essentiel des infrastructures se trouve au Nord-Est, dans les états de Bahia, Rio Grande do Norte et Ceara, dont les vents réguliers se prêtent parfaitement aux parcs éoliens surtout basés à terre. Les entreprises allemandes, espagnoles, argentines, danoises, américaines, indiennes et même françaises très récemment avec Alstom (qui a inauguré sa première usine de construction de turbines éoliennes d’Amérique latine près de Salvador de Bahia en décembre 2011) sont fortement implantées. Et plusieurs sociétés brésiliennes sont également très actives dans ce secteur.

16 millions de Brésiliens avec moins de 28 euros par mois

Tous ces atouts permettent au Brésil d’être l’un des principaux pays émergeants de la planète. Mais les Brésiliens en profitent-ils ? La vie de plus en plus chère, qui s’appuie souvent sur un recours au crédit massif, ainsi que des "petits boulots" extrêmement répandus, sont autant d’embûches pour la population. Mais les chiffres sont là. "Le niveau de vie moyen des brésiliens s’est élevé sur la deuxième moitié des années 2000", relève ainsi Bastien Drut. "Tout d’abord, le taux de chômage a baissé. Ensuite, le PIB par habitant en dollars est passé de moins de 3000 dollars par an en 2002 à près de 13000 dollars en 2011. Le taux de chômage a fortement baissé : d’un niveau supérieur à 12% en 2003, il est désormais passé sous la barre des 7%." Mais il note aussi que "16 millions de Brésiliens vivent avec 70 reals (environ 28 euros) ou moins par mois."

Dans ces conditions, les investissements consacrés à l’organisation de la Coupe du monde sont-ils bien perçus ? Au pays du football, le rêve de conquérir une 6e couronne mondiale, et de le faire pour la première fois à domicile 64 ans après l’échec en finale contre l’Uruguay au Maracana en 1950 lors du premier Mondial au Brésil, efface bien des difficultés. Selon le président de l’Office du tourisme brésilien, cité par L'Equipe, "la Coupe du monde va nous coûter cher, mais elle va nous rapporter cinq fois plus."

Pour Bastien Drut, auteur de "Economie du football professionnel", "la recherche universitaire est assez unanime sur le fait que l’organisation de méga-événements sportifs n’engendre pas de boom économique dans un pays et, au contraire, coûte cher aux contribuables. Il ne sera a priori pas rentable pour le Brésil d’accueillir la Coupe du Monde 2014. L’organisation des Jeux Olympiques ne rendra pas ces investissements plus rentables mais pourrait permettre au Brésil de mutualiser certains coûts (routes, hôtels)."

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Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze