Dans l'aéroport Santos Dumont de Rio
Une file d'attente dans l'aéroport Santos Dumont de Rio de Janeiro qui dessert les lignes intérieures | AFP - TASSO MARCELO/AGENCIA ESTADO

Brésil-2014: Le défi de la logistique

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Le Brésil est désormais à moins de 900 jours du match d'ouverture de la Coupe du monde qu'il organisera en 2014 (12 juin-13 juillet). Engagé dans une entreprise gigantesque, le pays où le ballon rond est roi voit l'échéance se rapprocher. C'est l'occasion de faire un tour d'horizon de tous les défis qui attendent les Brésiliens. Deuxième des quatre volets de notre dossier: les transports et les infrastructures hôtelières.

Dans un pays de plus de 8.5 millions de km2, les déplacements ne sont pas le moindre des soucis lors d’une Coupe du monde. Le 5e plus grand pays de la planète derrière la Russie, le Canada, la Chine et les Etats-Unis, grand comme un continent, pâtit d’un faible développement du train, d’aéroports déjà saturés, et de routes souvent en mauvais état. Le Brésil doit résorber ces faiblesses avant l’épreuve, ce qui représente probablement son plus grand défi. Sans oublier une capacité hôtelière souvent trop faible pour absorber les flots de supporteurs. Voilà sans doute le plus gros challenge qui attend le Comité d’organisation.

4 394km du Nord au Sud, 4319km de l’Est à l’Ouest. Le Brésil est grand, très grand. Dix-sept fois la superficie de la France, ce qui représente près de la moitié du continent sud-américain. Selon le Comité d’organisation, la Coupe du monde attirera trois millions de touristes supplémentaires durant l’épreuve, soit une hausse de 80% par rapport à une saison normale. Un tel afflux ne va pas sans poser de grands problèmes pour les accueillir, comme pour les déplacer. Et heureusement que c’est l’hiver en juin et juillet dans l’hémisphère Sud…

71 millions de voyageurs aériens en 2003, 225.9 en 2014

Dans un tel pays, si les habitudes locales font passer un voyage en voiture de 3h pour une balade de proximité, il n’en va pas de même pour les touristes. L’avion sera sans doute l’un des moyens les plus prisés pour aller d’une ville à l’autre, d’un stade à l’autre. Le problème, c’est que les aéroports sont déjà saturés. Selon une étude de l’Institut de recherches appliquées (IPEA) publiée en avril 2011, 14 des 20 principaux aéroports brésiliens (sur un total de 70) "opéraient au-dessus de leur limite" en 2010. De 2003 à 2010, le trafic aérien brésilien a dû faire face à une augmentation de 117% de passagers. En sept ans, le nombre de passagers est ainsi passé de 71 à 154 millions par an. Sans prendre en compte l’afflux lié au Mondial, l’augmentation sera encore de 40% au cours des quatre années menant jusqu'au Mondial, pour atteindre 225.9 millions de passagers en 2014. 

Ricardo Teixeira, président de la Fédération brésilienne de football et du Comité d'organisation: "Le problème de 2014, c’est les aéroports, les aéroports et les aéroports".

Le gouvernement s’est donc lancé dans un énorme chantier pour mettre ces installations aéroportuaires en état de recevoir tous les supporteurs, les partenaires et la presse du monde entier. Mais financer de tels investissements n’est pas chose aisée, et il a donc décidé de donner en concession au secteur privé la modernisation et la gestion de certains aéroports surchargés en vue du Mondial, et des JO-2016 à Rio. Sept milliards de dollars (5.3 milliards d’euros) d’investissements seraient nécessaires à cette entreprise, qui ne pourra pas admettre de retard. Seize aéroports vont donc subir de profondes transformations d’ici 2014. "Dans six aéroports des villes hôtes, les travaux de modernisation ont déjà commencé et dans cinq autres, les appels d’offres sont prêts", assurait en août 2011 Dilma Rousseff, la présidente du Brésil.

9 000 lits à créer à Rio avant 2014

Au Brésil, les lignes ferroviaires sont assez peu développées. La ligne à grande vitesse entre Rio et Sao Paulo, qui devait initialement être créée pour le Mondial, ne sera pas ouverte avant 2016. Hormis l’avion, l’autre moyen de se déplacer demeure donc la voiture. Mais là encore, les routes inter-états ne sont pas toujours adaptées à l’intense trafic, notamment densifié par de nombreux camions qui transportent les marchandises d’un état à un autre, sur des distances énormes. C’est pour cela que le projet consiste à construire plus de 5200km de routes d’ici 2014. Pour éviter un trop grand engorgement, il est même envisagé d’avancer les vacances scolaires d’hiver, pour les faire démarrer avant la Coupe du monde (alors qu’elles débutent en juillet) et ainsi réduire le nombre de bus sur les routes.

Au total, près de 12 milliards de dollars (plus de 9 milliards d’euros) doivent être investis non seulement pour améliorer les routes, mais aussi augmenter les capacités hôtelières, renforcer la sécurité et le réseau des télécommunications. Car malgré l’attrait chaque année plus grand de cette destination touristique, le Brésil manque d’accueil. Malgré son habitude des grands événements, et notamment du traditionnel Carnaval, Rio de Janeiro doit augmenter sa capacité de 9000 lits d’ici 2014, alors que la ville comptait 28 000 chambres en 2010. La tenue des Jeux Olympiques en 2016 dans la "cidade maravilhosa" ne fait qu’accentuer cette nécessité. Et pour des villes comme Manaus, ou Cuiaba, les efforts sont encore plus importants.

Tous ces projets offrent également d’énormes opportunités au pays. Rien qu’à Rio, le ministère du tourisme affirme que le Mondial génèrera 170 000 emplois, dont 100 000 dans le secteur touristique. Et le président de l’Office de tourisme brésilien estime que l’événement va rapporter cinq fois plus qu’il ne coûtera.