Sepp Blatter
Sepp Blatter, le président de la Fifa | GERARD JULIEN / AFP

Blatter: "Le choix du Qatar, une erreur"

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Le président de la FIFA, dans une interview à la télévision suisse RTS, a reconnu pour la première fois que le choix du Qatar pour organiser le Mondial en 2022 était une mauvaise solution: "On commet beaucoup d'erreurs dans la vie. Le Comité exécutif, avec une majorité assez large, a décidé de jouer au Qatar." Et celui qui visera un 5e mandat l'année prochaine à la tête de la FIFA, a pointé du doigt les responsables: "C'était la poussée politique, aussi bien en France qu'en Allemagne". Une attaque claire, qui vise aussi un possible rival pour la présidence de la FIFA, Michel Platini.

C'est en quelque sorte un coup de billard à trois bandes. Sepp Blatter n'est pas à la tête de la FIFA depuis 1998 pour rien. Il sait naviguer en eaux troubles. Alors que le Brésil a vécu une soirée particulièrement agitée avec des manifestations contre la Coupe du monde, alors qu'on s'approche à grands pas de l'élection à la présidence de la FIFA (2015) qu'il briguera pour la cinquième fois, et que Michel Platini est à moins d'un mois de déclarer ses intentions pour ce poste, le président de la FIFA a joué sur tous les tableaux. Dans une interview télévisée à la chaîne suisse RTS, Sepp Blatter est notamment revenu sur la décision de son organisation d'attribuer le Mondial en 2022 au Qatar

A la question de savoir si organiser le Mondial au Qatar n'était pas une erreur, étant donné les conditions climatiques au mois de juin, Sepp Blatter a répondu: "Bien sûr", avant de se reprendre: "On commet beaucoup d'erreurs dans la vie. Le rapport technique du Qatar indiquait bien qu'il faisait trop chaud en été. Mais le Comité exécutif, avec une majorité assez large, a quand même décidé de jouer au Qatar." Des soupçons de corruption ? "Jamais je ne dirai qu'ils ont acheté car c'était une poussée politique aussi bien en France qu'en Allemagne. On sait très bien que les grandes maisons françaises et les grandes maisons allemandes travaillent au Qatar, et pas que pour la Coupe du monde. La Coupe du monde n'est qu'une petite chose par rapport à ce qui se passe au Qatar." En moins d'une minute, le Suisse a planté le décors, et assuré sa défense. Le successeur de Joao Havelange à la tête de la FIFA, dont le mandat a été parsemé de soupçons de corruptions et d'affaires, a revêtu son habit de modeste, rejetant tout risque de corruption tout en plaçant la responsabilité de ce choix sur d'autres, et notamment sur certains pays qui pourraient bien se trouver contre lui lors de la prochaine élection à la FIFA.

"Platini a été mon poulain"

Car ce n'est un secret pour personne, Michel Platini, le président de l'UEFA, est fortement tenté par ce mandat, poussé par de nombreuses fédérations européennes, et notamment par l'Allemagne où Karl-Heinz Rummenigge, dirigeant puissant du Bayern Munich, est l'un de ses proches. Les deux ont beaucoup fait pour imposer le fair-play financier dans les épreuves européennes. Pour enfoncer le clou, il a d'ailleurs dit qu'il "voyait mal le président suisse convoquer le président de la FIFA pour lui dire pour qui voter", après que le journaliste ait rappelé que Michel Platini avait été invité à l'Elysée par Nicolas Sarkozy en présence de l'Emir du Qatar. "Il m'a appelé immédiatement après, en politesse, respect et transparence", a noté le président de la FIFA, qui a aussi rappelé que la carrière du Français et la sienne étaient liées: "Il a été mon poulain. C'est lui qui m'a invité à la présidence de la FIFA." La réaction de la France est tombée quelques heures après, démentant toute pression.

Et dans cette quête de cinquième mandat, Sepp Blatter a placé ses pions. Face à l'UEFA et aux nations européennes riches, lui joue la carte des nations plus petites: "On dit que Blatter prend l'argent des riches pour le donner aux pauvres. Et ceux-ci votent pour lui. Mais allez faire un reportage dans beaucoup de petits pays du monde et demandez-leur ce qu'ils pensent de la FIFA." C'est aussi une façon de répondre à la grogne au Brésil, où les manifestants s'en prennent à la FIFA, accusée d'imposer à leur pays des dépenses très importantes aux dépens de la santé ou de l'éducation: "Les Brésiliens sont un peu mécontents car on leur a promis beaucoup. Quand M. Lula était à la présidence, il a dit que le pays allait être amélioré. Mais pour l'améliorer, il faut la volonté du peuple de travailler. Cette société qu'il voulait créer s'est séparée." 

Sepp Blatter sait qu'en cas de candidature de Platini, il ne pourra compter que modérément sur les voix européennes. Il devra donc faire le plein dans le reste du monde. Il ne peut donc surtout pas se permettre d'avoir l'image d'un président de la FIFA qui a obligé un pays émergent à s'endetter et à consacrer des sommes colossales à l'organisation d'une Coupe du monde aux dépens d'autres dépenses pour la société de ce pays. Si la campagne électorale n'est pas encore commencée, Sepp Blatter est déjà pleinement engagé dans les grandes manoeuvres.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze