Anelka à terre
Anelka n'a pas trouvé de solution en attaque | AFP - Franck Fife

Anelka, des bleus plus que du coeur

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Les 18 matches de suspension infligés par la commission de discipline sonne la fin de l’histoire de Nicolas Anelka avec l’équipe de France. Une aventure longtemps perturbée, notamment par des déclarations dont les dernières résument l'ambiguïté de son attachement à ce maillot: "Avec Chelsea, de toute façon, je joue déjà en bleu tous les week-ends et ça me suffit amplement".

Le bleu de la sélection va laisser place au bleu du club… Nicolas Anelka ne rejouera donc plus en équipe de France, la sanction de 18 matches donnée par la commission de discipline de la FFF est venu entérinée une décision qu’il avait prise le jour de son exclusion d’Afrique du Sud. "Je le répète: la page avec les Bleus a été tournée le 19 juin lors de mon éviction de Knysna", a-t-il lancé au quotidien France Soir auquel il a encore réservé l’exclusivité de ses réactions. Bon débarras ou véritable incompréhension entre un joueur et la sélection ? Si Anelka a toujours clamé que « l’équipe de France était plus forte que tout » (France Soir du 5 août), ses prestations, ses actes ou certaines de ses déclarations n’ont jamais donné l’impression d’un amour inconditionnel pour la sélection, selon ses détracteurs. Son interview donnée à son ami journaliste de France Soir Arnaud Ramsay ne devrait que confirmer cette impression. Petit florilège : "Qui leur a dit que je voulais rejouer en bleu ? Les membres de la commission n'ont pas lu France Soir ? Parce que s'ils l'avaient bien lu, et je sais qu'il l'ont lu, ils devraient savoir que j'ai tourné la page", "Avec Chelsea, de toute façon, je joue déjà en bleu tous les week-ends et ça me suffit amplement"… Les paroles sont fortes. Sa sanction ? Il dénonce « une aberration, une mascarade pour ne pas perdre la face » et termine par un ultime affront : "Qu'ils tournent enfin la page, car Laurent Blanc a besoin de bosser sereinement. Ce sont de vrais clowns, ces gens... Je suis mort de rire".

Recalé pour France 98

La relation entre les Bleus et le Martiniquais n’a jamais été simple, souvent tumultueuse, avec des coups de foudre, des rendez-vous manqués, des déchirures et des réconciliations. Tous les ingrédients de la romance… Elle débute en 1998, alors que le joueur flambe à Arsenal. L’attaquant est alors appelé dans les 28 par Aimé Jacquet. Non retenu finalement parmi les 22, il profitera de son été pour passer son permis de conduire. Après le sacre, il est de nouveau sélectionné par Roger Lemerre et brille d’entrée. Un but et une passe décisive face à la Russie (3-2 en octobre 1998), il explose sur la scène internationale avec un doublé à Wembley face à l’Angleterre (2-0 en février 1999). Après le match Didier Deschamps, alors capitaine, s’enflammera même sur TF1 en lançant « Anelka, c’est notre Ronaldo à nous ». Sacré champion d’Europe en 2000, il va connaître un trou noir entre 2002 et 2005. Non retenu pour le Mondial asiatique, il ne reviendra qu’en novembre 2005 pour un match amical contre le Costa Rica joué en Martinique. Un retour qu’il doit au sélectionneur de l’époque, Raymond Domenech. Entre temps, en 2003, appelé par Jacques Santini, il avait refusé de rejoindre les Bleus pour pallier une absence. « Je n’ai pas besoin de l’équipe de France. Qu’il s’agenouille devant moi, s’excuse d’abord, et après, je réfléchirai », s’était-il emporté à l’époque. S’il rate le fiasco de l’Euro 2004, il n’est pas du voyage non plus pour la Coupe du monde allemande. Là encore, cela ne lui fera ni chaud, ni froid. Un détachement (une indifférence ?) qui réapparaitra cette année au moment d’entamer sa première Coupe du monde en Afrique du Sud. "Je ne me suis jamais donné comme objectif dans ma vie, dans ma carrière, de faire un Mondial" avait-il dit à l’AFP avant la compétition.

Domenech le "ressuscite", il se "suicide"

Remis en jeu par Raymond Domenech qui en fera un des hommes de base pour les qualifications à l’Euro 2008 et celles du Mondial 2010 (il inscrira même un but importantissime en Irlande lors du match aller de barrage en Novembre dernier), il débarque à Knysna dans la peau d’un titulaire à la pointe de l’attaque. A 31 ans, il va pouvoir rattraper le temps perdu. Mais dans un système tactique qui ne lui sied guère, seul en pointe, l’attaquant déjoue. Il « dézone », ne s’entend pas sur le terrain avec Yoann Gourcuff alors meneur de jeu. L’histoire s’emballe. Deuxième match, France-Mexique le jeudi 17 juin. 0-0 à la mi-temps. Nicolas Anelka a « dézoné » encore, là fois de trop pour Raymond Domenech, le ton monte, les insultes fusent. Des insultes qui feront la Une du quotidien L’Equipe le samedi suivant et qui précipiteront son exclusion du groupe et la grève des joueurs. La commission de discipline a d’ailleurs fait la lumière sur les évènements de ce « jeudi noir » et les mots sortis de la bouche du Martiniquais ne sont pas totalement les mêmes que ceux barrant la première page du quotidien. "Va te faire enculer avec ton équipe. Fais l'équipe que tu veux", aurait prononcé le Blues à l’encontre du sélectionneur selon le journal Le Parisien de ce mercredi. Des propos confirmés de façon unanime par les membres de l’équipe de France interrogés par la commission. L’histoire se répète, Nicolas Anelka quitte les Bleus par la toute petite porte et cette fois pas de retour possible. La 69e sélection (14 buts) aura été la dernière. Si, selon lui, les membres de la commission de discipline « ont amusé la galerie », il n’est pas sur qu’on puisse en dire autant pour l’attaquant. Nicolas Anelka et l’équipe de France, ou comment les histoires d’amour peuvent mal commencer et finir mal également…

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