Trophée coupe du monde football terrain 2010
La Coupe du monde de football | AFP

2018/2022: la logique respectée ?

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Le 2 décembre, le monde du ballon rond sera dans tous ses états. Ce jour-là, la Fifa désignera les pays organisateurs des Coupes du monde 2018 et 2022. Pour la première fois de l'histoire, et aussi curieux que cela puisse paraître, le vote concernera deux Coupes du monde. Pour 2018, l'Angleterre, la Russie, le duo Espagne/Portugal et le duo Pays-Bas/Belgique sont en lice. Pour 2022, le Qatar, l'Australie, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud sont candidats.

Les affaires de corruption plus ou moins réglées (après la diffusion d'un documentaire concernant de nouvelles affaires présumées de corruption au sein de la Fifa), la plus haute instance du football mondial peut désormais se tourner vers l'essentiel, le football. L'essentiel ou presque, car comme souvent, la politique, le lobbying et bien sûr l'aspect financier constituent des critères de poids pour l'attribution de ces événements. Une Coupe du monde peut rapporter de 7,4 à 15 milliards d'euros à un pays, et l'estimation n'a rien d'irréaliste, elle sort de la bouche de Michel Platini, l'actuel président de l'UEFA. De telles conditions peuvent convertir bon nombre de nations jusqu'alors peu admiratrices du ballon rond... Les 24 membres du Comité exécutif de la Fifa dont fait partie Platini, devront effectuer deux votes distincts. Mais il reste à s'assurer que les heureux élus auront été choisis uniquement sur les seuls critères de leur dossier de candidature.

Quand le ballon ne tourne plus rond

Après une première sur le continent africain et un Mondial sud-africain réussi (sauf pour la France), la Coupe du monde se tiendra au Brésil en 2014, où l'on s'attend déjà à un événement inoubliable. Mais qui donc va succéder au Brésil ? 2018 est déjà difficile à imaginer, que les bons penseurs de la Fifa ont décidé de faire d'une pierre deux coups, et désigner également le pays organisateur du Mondial 2022 ! Pourquoi ce choix ? Depuis l'an 2000, un système de rotation continent par continent avait été mis en place, ce qui a d'ailleurs permis à l'Afrique d'accueillir la dernière édition. Mais en 2007, à la veille de la désignation du Brésil comme pays organisateur du Mondial 2014, le président de la Fifa, Sepp Blatter, a annoncé que ce système prendrait fin en 2018. Théoriquement donc, tous les pays peuvent se porter candidats, à l'exception des deux derniers hôtes.

"Le principe de rotation est arrivé à ses fins et nous a permis d'attribuer notre plus belle compétition à l'Afrique pour la première fois, et (...) à l'Amérique du Sud pour la première fois depuis de nombreuses années", expliquait clairement M. Blatter en octobre 2007. Malgré ce nouveau principe, tous les candidats pour la Coupe du monde 2018 se trouvent sur le continent européen ! Dans les faits, la logique est donc de nouveau à un système de rotation, mais aménagé... Après des propos de Platini expliquant que la logique voudrait que l'Europe récupère un Mondial en 2018, Blatter lui-même avait laissé entendre qu'il approuvait cette idée.

C'est ainsi que les Etats-Unis, qui restaient les seuls non-européens à vouloir postuler pour 2018, se sont retirés, eux qui à la base, postulaient aux deux éditions. "Nous discutons depuis quelques temps avec la Fifa et l’Uefa de la possibilité de nous concentrer uniquement sur la procédure de candidature à l’organisation de l’édition 2022, option que nous avons mentionnée à de nombreuses reprises", avait alors déclaré Sunil Gulati, président du comité de candidature des États-Unis et de la Fédération de Football des États-Unis. "Nous sommes convaincus que cela va dans l’intérêt de notre candidature", avait-il précisé.

Lobbying ou petits arrangements ?

Se rendant compte que leurs chances d'obtenir gain de cause pour 2018 s'étaient soudainement fortement réduites, les concurrents non-européens se sont donc rabattus sur 2022, poussant la Fifa à organiser en contre-partie un double vote. "Si l'on parvient à offrir deux compétitions sur huit ans à nos partenaires et à nos diffuseurs, et à laisser ainsi plus de temps à l'organisation, les répercussions économiques n'en seront que meilleures pour la Fifa", expliquait Blatter à l'issue du 58e congrès de la Fifa. Si l'on prend un peu de recul, ces petits arrangements font un peu mauvais effet, alors que la Fifa tente de se racheter une meilleure image suite à l'affaire de corruption qui a mené à la suspension de deux membres du Comité exécutif de la Fifa. Surtout ces arrangements rappellent des pratiques discutables d'un point de vue purement éthique. Mais n'est ce pas de cette manière que la France a décroché le pompon pour l'Euro 2016, l'Allemagne ayant renvoyé l'ascenseur pour le Mondial 2006 ?

Des alliances de ce type ont probablement été montées. Selon le site internet Inside World Football, le duo Portugal/Espagne se serait d'une certaine manière associé au Qatar pour se donner plus de chances de l'emporter pour 2018, donnant le change au Qatar pour le vote concernant 2022... Et à quelques heures de la décision, la confédération sud-américaine de football (Conmebol) a d'ores et déjà annoncé la couleur. "Les dix pays sont d'accord pour donner leur vote à l'Espagne", a-t-il lancé.

Dans cette atmosphère particulière, il est important que la Fifa rappelle dans son code d'éthique qu'"accepter des dons en argent de n'importe quel montant ou forme que ce soit, est prohibé" (extrait du code éthique, partie II 'Règles de conduite', section 10 'Accepter et donner des présents et autres avantages) ! Et c'est précisément sur ce point, qu'un documentaire de la BBC diffusé lundi, a mis en cause trois membres du comité exécutif. Issa Hayatou, président de la Confédération africaine (CAF) et accessoirement membre du CIO, Ricardo Teixeira, responsable du football brésilien, et Nicolas Leoz, président de la Confédération sud-américaine (Conmebol), sont soupçonnés d'avoir reçu de l'argent... Depuis, le CIO a ouvert une enquête, alors que la Fifa est censée effectuer le vote deux jours plus tard.

La phase de candidature a débuté -officiellement- en janvier 2009 avec l'appel d'offres officiel, puis dans un deuxième temps, les fédérations ont dues déclarer leur intérêt par la Coupe du Monde de la Fifa 2018 et/ou 2022, et ce, avant le 2 février. Le troisième acte concernait le dépôt de candidature, le 14 mai 2010 à Zurich. Une fois ces dossiers en mains, une délégation de la Fifa a effectué une tournée d'inspection de tous les candidats. La dernière visite, au Qatar, s'est déroulée à la mi-septembre sur quatre jours. Et c'est donc le jeudi 2 décembre 2010, au siège de la Fifa à Zurich, que le Président de la plus haute instance du football dévoilera les noms des heureux élus pour les deux éditions de 2018 et 2022.

Favoris, sur le papier

Comme pour toute compétition, il se dégage toujours des favoris. Sur le papier, l'édition 2018 devrait être potentiellement la plus disputée, avec des candidats sans réel défaut majeur, et affichant des arguments relativement comparables. A priori, l'Angleterre part tout de même avec la faveur des pronostics, notamment grâce à son parc de stades. La Russie qui a déjà créé la surprise pour les Jeux Olympiques d'hiver en 2014 (à Sotchi) possède aussi de nombreux arguments. Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a ainsi déclaré qu'il n'irait pas à Zurich pour "ne pas faire pression sur la Fifa". "Je voudrais présenter personnellement la candidature de la Russie, mais dans les conditions actuelles je pense qu'il est mieux de s'abstenir pour donner  la possibilité aux membres de la Fifa de prendre la décision tranquillement,  sans pression extérieure", a ainsi déclaré M. Poutine. Il reste encore deux candidatures conjointes, celle associant l'Espagne (qui vient d'être sacrée en Afrique du Sud) au Portugal, et celle réunissant la Belgique et les  Pays-Bas.

L'Angleterre ne possède pas qu'une redoutable expérience du lobbying (souvenons-nous des JO-2012). Ses infrastructures n'ont pas d'équivalent en Europe, avec déjà deux stades flambants neufs (Wembley Stadium et l'Emirates Stadium) ainsi que le Stade Olympique et le Stanley Park Stadium (le futur stade de Liverpool) tous deux en construction. Sans compter des lieux mythiques tels que Old Trafford ou St James Park, les Anglais n'ont pas vraiment à se soucier d'investissements majeurs, ceux-là même qui auraient dû leur coûter l'organisation des prochains Jeux d'été... Organisatrice du Championnat d'Europe 1996, et donc bientôt des JO, l'Angleterre ne se présente pas comme une novice en matière d'organisation d'événement majeur. Autre atout qui pourrait faire pencher la balance Outre-Manche, le football fait partie intégrante de la culture anglaise. L'Angleterre n'est elle pas à l'origine du football moderne ? Si l'on exclut les risques d'attentats qui finalement pourraient concerner aussi bien l'Espagne que la Russie, le défaut majeur de la candidature anglaise est bien difficile à trouver. La pluie peut-être ?

Côté ferveur populaire, l'Angleterre peut voir en l'association Espagne-Portugal, une sérieuse concurrence. Les deux nations, qui se veulent également d'une grande tradition footballistique, n'ont pas non plus à rougir de leurs stades. Le Camp Nou, Santiago Bernabéu, ajoutés à d'autres stades actuellement en construction (le Nou Mestalla à Valence, et le Stade La Peineta à Madrid), sont autant d'arguments de poids. Et si le Mondial espagnol remonte déjà à 28 ans (comme le temps passe), le voisin portugais peut se targuer d'avoir organisé un Euro 2004 aussi festif que réussi. Un élément qui ne devrait pas être négligé, les deux pays, qui se trouvent dans une situation économique préoccupante, pourraient (au contraire de ce que pense le président espagnol José Luis Zapatero) profiter de l'événement pour relancer leur économie. Mais la Fifa rentre-t-elle dans ces considérations là ? En revanche, la Fifa n'apprécie pas trop les candidatures conjointes qui nécessite une organisation plus complexe avec un tableau nécessairement plus fermé, deux fois plus d'intervenants, deux langues officielles, bref, deux fois plus de problèmes à régler...

Et la problématique reste la même pour le duo Pays-Bas / Belgique. Cette dernière association affiche sûrement le dossier le moins séduisant, notamment en raison de ses stades, qui nécessitent tous ou presque des rénovations, si ce n'est des reconstructions totales. A ce jour, seul le stade De Kuip à Rotterdam pourrait être utilisable... Il reste encore la candidature de la Russie. Le pays qui a déjà surpris son monde en raflant la mise pour les JO d'hiver 2014, ne se gênera pas pour créer de nouveau la surprise. "Après quatre jours de visite nous disposons de toutes les informations nécessaires pour dresser un rapport objectif et juste", avait ainsi prévenu le responsable de l'équipe des six inspecteurs de la Fifa, Harold Mayne-Nicholls. "Nous avons tous été impressionnés par l'engagement du Premier ministre (Vladimir Poutine, ndlr), une implication qui se traduit par sa connaissance du projet russe", avait-il ajouté. Comme quoi, la Russie a plus d'un tour dans son sac.

Et douze ans plus tard...

Pour la 22e édition, en 2022, ce ne seront pas quatre, mais cinq candidats engagés, soit une chance de moins de décrocher le Graal. Qui du Qatar, de l'Australie, des Etats-Unis, du Japon ou de la Corée du Sud va tirer le gros lot ? Après une première en Afrique, pourquoi pas une première exotique, en Océanie, ou au Moyen-Orient. Qui aurait imaginé une Coupe du monde en 2022 au Qatar ? Il y a encore dix ans, cet émirat ne pouvait pas prétendre à autre chose qu'un tournoi de beach soccer. Mais depuis, la puissance financière du pétrole a métamorphosé cet état, et du sable, sont sortis de véritables bijoux de l'architecture moderne. Et si la canicule peut refroidir la Fifa, les organisateurs ont assuré que leurs stades pouvaient être climatisés... Impossible n'est donc pas qatari.

Un Mondial en Australie serait également une première. L'inoubliable organisation des Jeux Olympiques en 2000 constitue un atout majeur à ce dossier. Mais la distance, et a fortiori les fuseaux horaires qui donneraient des matches en matinée pour le continent européen (grand argentier du football) peuvent là encore faire réfléchir. Dans la même situation géographique (ou presque), le Japon et la république de Corée qui présentent cette fois des dossiers séparés présentent un autre défaut, celui d'avoir organisé il n'y a que huit ans. Même si en 2022, 20 ans se seront écoulés, l'événement aussi réussi fût-il, reste encore trop présent dans les mémoires pour pouvoir de nouveau offrir une Coupe du monde à l'un des deux pays. Et l'instabilité dans les relations coréennes ne plaident pas en faveur du Pays du Matin Calme.

S'il fallait dégager un favori pour cette édition qui nous semble si lointaine, ce serait sans doute les Etats-Unis. Trop axé sur la rentabilité à tout-va, le Mondial 1994 n'avait pas forcément convaincu les amoureux du ballon rond, pas plus d'ailleurs les Américains. Considéré comme un élément pouvant booster le soccer Outre-Atlantique, cette Coupe du monde n'a pas vraiment eu les bénéfices espérés. Mais peu importe, les Etats-Unis possèdent le savoir-faire en matière d'organisation de tels événements, les stades se comptent à foison, et les investisseurs se frottent déjà les mains...

Mais comme dans un match de football, tant que les adversaires n'ont pas entendu le coup de sifflet final, tout peut encore basculer, d'un côté comme d'un autre. Réponses, théoriquement le 2 décembre prochain.

Documents :
- Les rapports d'évaluation des neuf candidats pour 2018 et 2022 (document PDF, en anglais)

- Le code éthique de la Fifa (document PDF, en anglais)

Romain Bonte