Marion Bartoli
Marion Bartoli | AFP - JAVIER SORIANO

Côté technique: Les deux coups à deux mains de Bartoli

Publié le , modifié le

Durant toute la quinzaine de Roland-Garros, Patrice Dominguez, consultant France Télévisions et ancien N.1 français, décortique les différentes forces des meilleurs mondiaux et leurs secrets techniques. Aujourd'hui, les deux coups à deux mains de Marion Bartoli.

"Le coup droit et le revers à deux mains, ce n'est pas si fréquent. Mais il y a eu un précédent célèbre dans les années récentes: Monica Seles. Elle a été l'inspiratrice du jeu de Marion Bartoli. Walter Bartoli, son père et entraîneur, s'est beaucoup inspiré du jeu de Monica dans la mesure où il a compris très tôt que sa fille n'avait pas les épaules ni une force au niveau du bras suffisantes, il a compris qu'il fallait faire évoluer très vite son jeu autour d'une rotation du bassin et des épaules débouchant sur un jeu à deux mains des deux côtés. Lorsqu'il m'a amené Marion, à 11 ans et demi, dans mon club, il m'avait clairement dit qu'ils avaient pris deux choses dans le jeu de Seles: les coups à deux mains et la volonté de couper les trajectoires. Il affirmait que sa fille ne serait pas très véloce, mais qu'elle avait une très bonne vision. Ils ont donc voulu raccourcir le temps, raccourcir les angles des attaques adverses et profiter d'une bonne perception de la balle et d'un jeu vers l'avant pour écourter les échanges.

Elle a un excellent coup d'oeil, ce qui lui permet de percevoir la trajectoire des balles de façon très précoce. Et elle a une très bonne qualité de centrage. En fait, elle a adapté ses faiblesses et les a compensées par des éléments techniques qui ne sont pas donnés à tout le monde. Tout le monde n'a pas cette perception de la balle, tout le monde n'a pas cette qualité pour centrer la balle des deux côtés. Ils ont également effectué un très gros travail sur les bras, et la poussée du bras arrière des deux côtés. C'est ce qui fait qu'elle est très efficace des deux côtés. C'est clairement une droitière, mais par l'action du bras gauche dans la traversée de la balle, c'est comme si elle avait deux coups droits. Et elle trouve beaucoup d'angles. Mais elle n'est pas maladroite à une main, notamment lorsqu'elle monte au filet. Avec tout ce travail, elle a acquis une certaine forme de puissance dans le bras, ce qui lui permet d'avoir une très bonne première balle au service.

Un exemple de persévérance

Elle a tapé des millions de balles, elle a beaucoup travaillé, et elle a une traversée de balles qui est parfaite. Mais elle a besoin d'un très bon physique. Elle a eu un problème de poids. Quand elle est bien physiquement, qu'elle est bien mobile, son coup d'oeil et sa capacité à prendre la balle très tôt la rendent très efficace. Ce n'est pas un hasard si elle a mieux réussi sur des surfaces rapides, voire très rapides comme le gazon avec sa finale à Wimbledon, que sur terre-battue même si elle a fait une demi-finale ici. C'est une joueuse admirable dans l'examen de son jeu. A partir d'une faiblesse, identifiée et reconnue, elle a réussi à bâtir un jeu qui en a fait l'une des meilleures du monde. Savoir tirer le maximum de ses possibilités, pour elle comme pour son père, c'est un exemple de persévérance dans l'apprentissage, dans l'entraînement et le souci d'améliorer chaque année des choses. Elle a une évolution extraordinaire en tenant compte de ses caractéristiques."

Vidéo: le jeu à deux mains de Bartoli

Voir la video

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze