Comment les enceintes sportives ont-elles traversé la crise sanitaire ?

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Auteur·e : Adrien Hemard
La U Arena de Nanterre
Pendant la crise, le Racing 92 a dû quitter son antre Paris-La Défense Arena. | Maxppp - Olivier Lejeune

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Depuis le début de la crise sanitaire en France, le monde du sport est à l’arrêt. Si les athlètes ont été les premiers touchés par cette trêve forcée, ils ne sont pas les seuls à en subir les conséquences. Aux quatre coins du pays, les enceintes sportives ont aussi subi cette situation et les clubs ou entités qui les gèrent ont dû s’adapter. Entre crainte du huis clos ou de la capacité réduite, pertes économiques ou conséquences sur la pelouse, chaque enceinte a été diversement touchée. Tour d’horizon via trois lieux : l’Arena du Racing 92, le stade Louis II de Monaco et les courts de Roland-Garros.

Paralysé depuis mars, le monde du sport retrouve peu à peu son rythme quotidien. Les athlètes ont repris le chemin de l’entraînement depuis plusieurs semaines, et les enceintes sportives se préparent à rouvrir. "Le stade est en préparation pour le tournoi qui débutera le 21 septembre prochain", explique ainsi la Fédération Française de Tennis à propos de Roland-Garros. Pourtant, porte d’Auteuil comme ailleurs, la gestion des infrastructures sportives a été plus que compliquée par la crise sanitaire.

Des stades désertés

"Au début on avait le droit de venir un peu, ensuite ils ont carrément fermé le stade", témoigne Thibaut, jardinier à Parcs & Sports, entreprise qui gère les pelouses du stade Louis II de Monaco, du Vélodrome de Marseille, ou encore celles de Lyon et de Nice. Basé à Monaco, il précise : "Ensuite, un emploi du temps a été mis en place : il fallait qu’on vienne sur des créneaux précis, le premier mois, on y allait que le lundi et le vendredi, pour faire une petite tonte et c'est tout". Difficile en effet pour les jardiniers d’abandonner totalement leur pelouse, tout comme il était impossible pour les employés du bâtiment attelés à la rénovation des courts de Roland-Garros de déserter les lieux. "Les travaux ont continué", assure la FFT, mais "en mode très ralenti", précisant que "depuis le 11 mai, ceux-ci ont repris activement".

"On a d’abord continué à travailler sur le fait que les matches de rugby se maintiendraient avec une jauge à 5 000 personnes, on ne pensait pas du tout que le championnat allait s’arrêter"

Du côté de Paris-La Défense Arena du Racing 92, Bathilde Lorenzetti confie avoir sous-estimé l’ampleur de la situation : "On a laissé venir un peu, on était tous surpris, pris par une espèce de vague. On avait notamment le derby de prévu, on pensait le maintenir. On a d’abord continué à travailler sur le fait que les matches de rugby se maintiendraient avec une jauge à 5 000 personnes, on ne pensait pas du tout que le championnat allait s’arrêter". Rattrapé par la crise, le club de rugby francilien a ensuite placé jusqu’à 93% de des effectifs de son stade au chômage partiel. "Au stade, il n’y avait quasiment plus personnes au bout de 2-3 semaines. On a dû couper l’électricité, le chauffage, les lumières pour réduire les coûts. Un paquebot comme cela a des coûts de fonctionnement importants", détaille Bathilde Lorenzetti. Seule une salle polyvalente de l’enceinte a été rouverte pendant le confinement, afin d’accueillir des opérations caritatives. "On s’est proposé pour ouvrir une cellule médicale si besoin", ajoute-t-elle.

Au Racing : vingt millions d'euros de manque à gagner

Plus que de leur public et de leurs athlètes, les enceintes sportives ont donc aussi été progressivement abandonnées par celles et ceux qui les font vivre au quotidien. Le bal des mauvaises nouvelles a alors commencé, comme le raconte Bathilde Lorenzetti, dont l'Arena n’accueille pas que du rugby, mais aussi de nombreux grands concerts. "Ce qui a tourné à plein régime, c’est le service programmation. Il a fallu travailler la déprogrammation et la reprogrammation des concerts de mai à décembre 2020, sachant qu’on parle là de gros artistes en tournées internationales, donc on est dépendant des autres pays notamment Angleterre, Etats-Unis…". Autrement dit, pour la fin d’année 2020, seul le rugby animera le stade du Racing, ce qui représente un manque à gagner de 20 millions d’euros selon Bathilde Lorenzetti. Toutefois, cette perte ne devrait pas avoir trop de répercussions sur le budget du club, assure-t-elle.

"Ça a des avantages : le gazon a pu se reposer et avoir une meilleure régénération. On a pu faire des choses qu’on n’a pas le temps de faire d’ordinaire."

Et le Racing n’est pas le seul touché par ce genre de répercussions. Par exemple, la tournée de Paul McCartney devait passer par plusieurs stades français, dont le Groupama Stadium de Lyon, détenu par l’OL qui, en tant que club propriétaire de son enceinte multifonctions, fait donc face aux mêmes problèmes que le Racing. Mais cette période sanitaire n’a pas eu que des conséquences négatives, comme le suggère Bathilde Lorenzetti : "Ça nous a permis d’avancer sur des dossiers, de classer des choses, même si on s’en serait bien passé". A Monaco, Thibaut voit le verre plutôt à moitié plein que vide : "Ça a des avantages : le gazon a pu se reposer et avoir une meilleure régénération. On a pu faire des choses qu’on n’a pas le temps de faire d’ordinaire. Par exemple, on a fait des apports de sables, de matières organiques. Ça permet de bichonner la pelouse"

La principale conséquence négative pour le jardinier monégasque, c’est finalement l’annulation des nombreuses compétitions sportives organisées en Principauté : football, Grand Prix de Formule 1, tournoi de tennis de Monte Carlo… En revanche, le meeting d’athlétisme a lui été décalé au 14 août, soit dix jours avant la reprise de la Ligue 1 : "Le javelot abîme la pelouse, et le disque encore plus, mais ça n’aura pas de conséquences normalement : en une semaine, on aura le temps de réparer tout cela pour le retour de l’AS Monaco", assure Thibaut.

Sur les courts de Roland-Garros, mis à disposition des meilleurs tricolores dès le début du déconfinement, la crise a aussi permis quelques avancées : "Des essais de l’ouverture/fermeture du toit ont été également réalisés avec succès", nous apprend par exemple la FFT. Au final, les conséquences négatives pour les enceintes sportives sont surtout d’ordre économique, et quasiment inexistantes d’un point de vue matériel. Or, c’est cet impact financier qui s’annonce le plus durable. Seul le retour des spectateurs dans les tribunes de toutes ces enceintes sonnera véritablement la fin de cette période de crise.

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