Kirani James
Kirani James, l'un des favoris sur 400m | AFP - OLIVIER MORIN

Pourquoi le record du monde du 400m ne devrait pas être battu en finale à Pékin

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Malgré des séries ultra-rapides, où certains ont couru en moins de 44", la finale du 400m (aujourd'hui à 15h25 en France) ne devrait pas venir chatouiller le record du monde, en forme de dernier monument, de Michael Johnson, qui date de 1999. Stéphane Diagana, consultant France Télévisions, nous explique pourquoi.

Ils ont couru vite, très vite même. Mais ce ne sera pas assez pour effacer des tablettes "MJ".

Lors des séries, les athlètes du 400m ont affolé les chronos. "On n'avait jamais vu de telles performances en séries aux championnats du monde ou aux Jeux Olympiques", rappelle Stéphane Diagana. "Cette énorme densité dès le 1er tour s'explique en partie par la piste rapide. Mais chez les filles, même si ça a bien couru, il n'y avait pas de comparaison possible." Pour l'ancien champion du monde du 400m haies, l'explication à ces temps n'est pas là:  "Il y a une énorme densité en 44"40-44"60. Beaucoup de gens peuvent être à ce niveau-là. Avec ce mode de qualifications (trois premiers de chaque série qualifiés plus les six autres meilleurs temps), tout le monde a voulu courir très vite. Une seule se gagne en plus de 45", et une se gagne en moins de 44 avec deux athlètes en-dessous. C'est inédit, avec à la clé un record d'Asie (Masrahi) et un record de Jamaïque (McDonald). Et puis, entre les barons de la discipline (James, Merritt, Santos) et des jeunes (Cedenio, Gardiner) sans oublier les Borlée, habitués des grands championnats, tout le monde s'est mis dans une bonne dynamique."

Moins de 44" en séries, éliminé en demies

Ces temps canons pouvaient laisser entrevoir des demi-finales de haut vol. Mais certains ont explosé en vol: "Quand le contexte oblige à courir très vite en séries pour se qualifier, derrière, avec le manque d'expérience, que ce soit physiquement ou psychologiquement, vous pouvez arriver dans de moins bonnes conditions en demi-finales. C'est ce qui s'est passé par exemple pour McDonald, qui court 43"93 en séries et ne se qualifie pas pour la finale. C'est inexplicable. D'autres ont de moins bons couloirs pour cette finale (Masrahi) car ils ont souffert en demies." Ce n'est donc pas vers les fous-furieux des séries que son regard se tourne pour déterminer les favoris de cette finale: "L'expérience, c'est James, Merritt, Santos, en priorité." Kirani James, champion du monde en 2011 et olympique en 2012, du haut de ses 22 ans, en concurrence avec Merritt, le champion du monde en titre et champion olympique en 2008 sur cette piste, sans oublier le Domincain Santos, vice-champion olympique en titre et en bronze en 2013, cela pourrait donner assez d'émulation pour battre le record du monde ? Stéphane Diagana ne le pense pas. "43"18, c'est loin du record de ces athlètes. Merritt n'est pas dans une superbe année. Le contexte va certainement les pousser à se rapprocher de leur record. Mais à la troisième course, c'est plus difficile d'exploser son record personnel." 

Des profils à la Bolt ou à la Lemaître

Mais ce record du monde de Michael Johnson, qui date de 1999, peut-il encore demeurer longtemps ? "Il est accessible pour certains. Kirani James est encore jeune. Mais pour courir 43"18, il faut courir le 200m moins de 20". Aucun des concurrents présents sur la piste de Pékin peut s'en prévaloir aujourd'hui. Pour être un très très grand coureur de 400m, il faut courir vite le 200m. Ce n'est pas la seule composante pour briller, mais cela facilite les choses, surtout pour faire tomber ce record du monde."

Pour lui, ce record du monde ne pourra tomber qu'avec des gens "au profil de vitesse plus élevé". Dans cette catégorie d'athlètes, le plus rapide du monde, Usain Bolt, pourrait donc être un candidat sérieux, lui qui avait fait tomber le record du monde du même Michael Johnson sur 200m. "Il n'en a pas envie et n'a pas le profil psychologique pour se 'farcir" les séances de travail que nécessite cette course." Et un autre nom sort du panier: "Depuis très longtemps, je suis convaincu que la vraie discipline de Christophe Lemaître, c'est le 400m. Il faut avoir l'envie et la psychologie, et c'est dur de dire ça d'un athlète qui court le 100m en 9"92 et le 200 en 19"80. Compte-tenu de sa qualité d'appuis, de son endurance musculaire, de sa forme de foulée et de son gabarit, c'est un coureur de 400m. Pour moi, il vaudrait à coup sûr moins de 44".