Isaac Makwala
Isaac Makwala. | AFP

Mondiaux 2017 : La semaine rocambolesque d’Isaac Makwala

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Il a beau n’avoir remporté aucune médaille sur ces Mondiaux, Isaac Makwala est incontestablement l’un des acteurs principaux de ce championnat. Récit d’une semaine particulière pour le champion botswanais.

L’histoire commence lundi, lors des séries du 200m hommes. Isaac Makwala, pourtant meilleur performeur mondial de l’année sur la distance, est forfait. La raison avancée ? Une épidémie, qui s’est propagée dans un des hôtels d’athlètes, et qui aurait contaminé une trentaine de concurrents. Sur sa page Facebook, le Botswanais annonce qu’il est « victime d’une intoxication alimentaire ». La nouvelle est importante, puisqu’il semblait être le seul capable de rivaliser avec Van Niekerk sur 200, comme sur 400. Suite à ce message posté sur les réseaux sociaux, la fédération internationale d’athlétisme en conclut qu’il fait partie des athlètes contaminés. L’Agence de santé britannique ne transige pas : Isaac Makwala doit être placé en quarantaine pour les 48 prochaines heures. Soit jusque mercredi, 14h.

Pas au départ du 200, ni du 400... Puis réintégré

Pas au départ du 200m lundi, le meilleur performeur mondial sur 200m se sent mieux le lendemain, et souhaite prendre part à la finale du 400, lui qui a impressionné en série et demi-finale. Mais il se fait refouler à l’entrée du stade. Motif : le sprinteur est contaminé, sa période de quarantaine n’est pas terminée. Sur ordre du personnel médical de l’IAAF, doit rentrer à l’hôtel. C’est devant sa télé que Makwala assiste à la victoire facile de Van Niekerk. Il déclare à la BBC que « son coeur est brisé ». Le coureur de 31 ans continue : « Je n’étais pas mal, j’ai juste vomi, comme n’importe quel autre athlète. J’aurais pu courir, j’étais prêt. J’ai le sentiment d’un sabotage... »

La polémique enfle. Les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire, les médias commencent à s’intéresser à cet imbroglio. L’IAAF jure avoir examiné Makwala lundi soir, et l’avoir notifié de sa mise en quarantaine. Mais côté botswanais, on nie cette information. « Il n’y a pas eu de test. Il n’y a pas non plus eu de communication médicale. On a découvert dans les médias qu’il ne pourrait pas courir en finale », s’indigne le président de la fédération botswanaise Falcon Sedimo. Sur facebook, Makwala peste contre sa situation : « Je n’aurais jamais pensé regarder cette finale devant a télé. Quelque chose de louche se passe ici. On m’enlève la chance de gagner deux médailles. »

"J'ai le coeur brisé"

Pour cesser de faire grandir la polémique, l’IAAF autorise Makwala à courir… les séries du 200m. Seul, sur la piste. Pour se qualifier en demi-finale (course qui a lieu deux heures plus tard), il doit réaliser moins de 20’’53. Arrive alors sans conteste l’une des images fortes de ces Mondiaux : le sprinteur, seul sur la piste, au septième couloir, sous une météo dantesque. L’athlète botswanais est supporté par les milliers de spectateurs qui ont fait le déplacement. Avec un temps de 20’’20, il se qualifie aisément pour les demies. Une fois la ligne franchie, seul, bien sûr, il se met à faire quelques pompes, avant de faire le salut militaire. Le public est conquis.


Deux heures plus tard, « Badman » (son surnom) parvient à terminer deuxième de sa demi-finale. Mais il est en colère, comme il l’avoue plus tard en zone mixte : « Je cours en colère. Après ce qui s’est passé hier, je m’en suis entièrement remis à Dieu. Je cours toujours avec le coeur brisé ».

Ce dénouement heureux n’a pas permis à Isaac Makwala de décrocher une médaille, ce jeudi soir. Sixième en 20’’44 malgré le soutien du public, le Botswanais était forcément déçu à l’arrivée. « C’est très dur, c’est un des championnats que je n’oublierais jamais de ma vie… Si j’avais réussi à gagner une médaille, peut-être que j’aurais oublié mes déboires », peste-t-il. De quoi conclure une semaine rocambolesque.

Mathilde L'Azou @MathildeLAzou