Renaud Lavillenie
Renaud Lavillenie, éliminé et seul, alors que le canadien Barber s'élance vers le titre mondial | AFP - FRANCK FIFE

Lavillenie, dans les coulisses d'une nouvelle désillusion

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Pour la troisième fois de sa carrière, Renaud Lavillenie a touché le bronze mondial à la perche. Malgré son statut de N.1 de sa discipline, deux ans après l'argent à Moscou, le champion olympique a raté, à Pékin, l'or au championnat du monde. Le seul qui manque toujours à son palmarès. Récit au plus près d'une nouvelle soirée maudite aux Mondiaux.

La scène est terrible. Renaud Lavillenie est assis par terre, les bras autour des genoux, en bordure de la piste d'élan. Son regard est tourné vers cette barre qui s'est refusée à lui. Il est comme seul au monde. Pour la quatrième fois, il n'a pas touché l'or aux championnats du monde, lui qui est champion olympique, triple champion d'Europe en plus d'être le recordman du monde en salle. Ce titre est comme maudit. Quelques minutes avant, il a échoué à son troisième essai à 5.90m, synonyme d'élimination.

En regardant son coach dans les tribunes, il a haussé les épaules comme pour dire: "Je n'y peux rien." La tête basse, il a rangé ses perches, remis le capuchon, et est venu, une sixième fois voir son coach, Philippe D'Encausse. Les deux hommes échangent un sourire et deux-trois mots sur le plan technique. L'Auvergnat s'en va, son entraîneur rentre la tête dans les épaules. "Son premier saut était excellent. Les trois autres n'étaient pas terribles du tout", glisse-t-il. Il ne veut pas en dire plus, car à ce moment-là, le concours n'est pas fini.

Vidéo: Le dernier saut de Lavillenie

Il savait que ce serait long. Renaud Lavillenie, avec 15 finalistes autour de lui, connaissait son sort à l'entame de l'épreuve: attendre. Au début, il a fait comme tout le monde: échauffement, présentation officielle avant le concours (ce qui lui a valu les plus gros applaudissements). Ensuite, il a commencé sa croisade. D'abord assis sur le banc, il remet sa veste de survêtement, avant de venir s'adosser au tableau d'affichage, sur la pelouse, pour suivre le début de la compétition. Il a l'air décontracté, presque détaché.

Après dix minutes ainsi, il change de position. Direction la piste, où il se met en bordure de zone d'élan, toujours au sol. Un semblant d'échauffement, quelques mouvements d'épaule, un peu d'alimentation, une boisson, le temps passe lentement. Lorsque Kevin Ménaldo franchit 5.65m, il est debout pour le regarder. Quelques minutes après, revenu dans sa position assise sur la piste, il est rejoint par son compatriote. Les deux hommes discutent tranquillement. Puis, près d'une heure après la présentation officielle, et après avoir enchaîné quelques sprints, il s'empare de sa perche, enlève son survêtement et ajuste son "habit de lumière". 

Philippe D'Encausse conseille Renaud Lavillenie durant le concours
Philippe D'Encausse conseille Renaud Lavillenie durant le concours

A 20h07 (en Chine, 14h07 en France), il démarre son concours à 5.80m, et passe sans problème cette barre. "Ta première partie est nickel. Tu ne changes rien", lui lance Philippe D'Encausse, descendu du milieu de la tribune pour mieux parler avec lui. Les deux hommes n'ont pas besoin de beaucoup se parler. La confiance est là. Quelques minutes après, le perchiste revient vers son entraîneur qui lui dit: "Change de perche et garde le levier. Tu as de la marge." Trente-cinq minutes après son entrée en lice, il s'avance face à une barre à 5.90m. Juste avant sa tentative, les juges l'ont fait patienter pour bouger les poteaux. Par trois fois, il se heurtera à cette barre, passant nettement au-dessus mais retombant sur elle.

Après son premier échec, Philippe D'Encausse analyse: "Au passage, t'es pas mal, mais tu bloques en bas." Après son deuxième raté, il préconise: "Tu recules de 3-4 pieds." A 21h, c'est la troisième faute. L'ultime, celle de trop. Comme Serguei Bubka, la référence de la discipline, qui avait été six fois champion du monde mais une seule fois champion olympique, Renaud Lavillenie ne parvient pas à s'imposer dans ces Mondiaux. La tête basse, il remet ses pointes dans son sac, range ses affaires, et va s'asseoir pour regarder la fin du concours. Il est seul, tout seul au monde alors qu'il rêvait d'être sur le toit du monde.

Vidéo: La réaction de Renaud Lavillenie