Liu Xiang
Le Chinois Liu Xiang au sol lors des JO de Londres en 2012 | AFP - OLIVIER MORIN

L'ombre de Liu Xiang plane au-dessus du Nid d'oiseau

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Véritable icône de l’athlétisme chinois après son sacre olympique sur 110m haies en 2004, Liu Xiang n'est présent à Pékin pour les Mondiaux. A 31 ans, il a mis fin à sa carrière, marquée par de nombreuses blessures et par deux énormes désillusions, aux JO de Pékin en 2008 et à ceux de Londres en 2012. Avec une seule médaille d'or pour le moment, la Chine aurait eu besoin de lui pour faire fructifier son pactole. Mais il ne sera qu'un spectateur attentif de la finale du 110m haies (à 15h20).

Pékin aurait pu être son rêve absolu, son Graal, son sommet. Cela a été son pire cauchemar, sa plus grande désillusion. Liu Xiang et la piste de Pékin n’ont jamais uni leur destinée.

On est le 18 août 2008. Ce sont les séries du 110m haies des Jeux Olympiques. Au couloir 1, Liu Xiang, champion olympique en titre, véritable héros de la nation. Tout le stade olympique ne rêve que de l’or pour celui qui est devenu champion du monde, un an avant, à Osaka. Mais cela fait des mois que l’athlète souffre du tendon d’Achille. Les rumeurs de forfait ont parsemé les dernières semaines. Tout un pays craignait le pire, mais voulait croire au miracle. Dans une philosophie politique où ces Jeux ne pouvaient être que le reflet du dynamisme victorieux du pays le plus peuplé du monde, le premier athlète chinois champion olympique ne pouvait être absent. Il était donc bien présent.

Pékin-2008, une déchirure

Se tenant la cuisse, frappant son tendon comme pour faire disparaître cette douleur lancinante, le natif de Shanghaï multiplie les gestes inhabituels et alarmants. Le stade olympique gronde lorsqu’il se met dans les starting-blocks. Le départ est donné, il jaillit, mais les coureurs sont rappelés pour un faux-départ. Il s’arrête devant la première haie, en claudiquant. Il enlève aussitôt son numéro, collé sur sa cuisse droite, revient vers la ligne de départ mais ne s’arrête pas là. Accompagné d’un officiel, il retourne dans les travées de ce Nid d’Oiseau qui ne le verra pas s’envoler. L’abandon est terrible, incompréhensible pour le public. Pour lui, à la douleur physique s’est ajoutée la douleur psychologique : celle de ne pas pouvoir défendre sa couronne, celle de rater l’échéance la plus importante de sa carrière, celle de décevoir tout un pays, en plus de lui.

Londres-2012, la rechute

La suite de sa carrière ne sera plus la même. Après trois années difficiles, où il ne brille plus dans les compétitions planétaires, il pense retrouver le bon chemin après son titre de vice-champion du monde à Daegu en 2011, suivi de l’argent mondial en salle sur 60m haies la même année. A un an des Jeux Olympiques de Londres, l’espoir renait. Mais le stade olympique britannique sera le théâtre d’une nouvelle désillusion. Encore en séries, il chute sur sa première haie, tombe au sol et tarde à se relever. Ce maudit tendon d’Achille de la jambe droite a lâché. C’est à cloche-pied qu’il prend la direction des vestiaires, avant de faire demi-tour. Sous l’ovation du public, il parcourt donc la distance sur une jambe, à côté des haies. Soutenu par deux autres concurrents, il termine son aventure olympique. Sur la chaîne CCTV, le commentateur ne peut retenir ses larmes, que tout un pays entend.

Le 7 avril dernier, il a entériné ce que tout le monde savait : il ne courra plus. "Aujourd'hui s'interrompt ma vie d'athlète professionnel et commence formellement ma retraite", avait écrit le champion olympique sur son compte de microblogs. "C'est une décision douloureuse, que je prends vraiment à contrecoeur, mais  je n'ai pas d'autre choix". A Pékin, il aurait pu jouer les premiers rôles dans sa discipline fétiche, et tenter de décrocher une deuxième médaille d'or pour son pays, quelques heures après la première conquise par Liu Hong ce matin lors du 20km marche. Ce ne sera pas le cas.