Bastien Auzeil
Le décathlonien Bastien Auzeil | AFP - DPPI MEDIA - PHILIPPE MILLEREAU

Décathlon, dans l'enfer d'un marathon de deux jours

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Après l'heptathlon chez les filles, la deuxième épreuve combinée débute ce vendredi avec le décathlon (à partir de 3h en France). Dix épreuves en deux jours (100m, longueur, poids, hauteur, 400m le vendredi, 110m haies, disque, perche, javelot et 1500m le samedi), tel est le défi proposé aux participants. Jean-Yves Cochand, responsable national des épreuves combinées, décrypte cette compétition, lui qui n'aura que Bastien Auzeil en lice à Pékin, après le forfait de Kevin Mayer, vice-champion d'Europe l'an dernier.

Les qualités

"Avant, on présentait le décathlonien comme quelqu’un de moyen partout et de bon nulle part. Mais c’est en train de changer. Quand on voit certains courir le 100m à 10"30 à 8h du matin… Il faut de l’endurance et de la vitesse. Mais surtout, il faut une énorme habilité motrice, une coordination très importante. Tout est au service de la coordination. Sur le plan physique, on cherche l’équilibre entre ne pas prendre trop de masse pour conserver l’explosivité dans certaines épreuves, tout en ayant suffisamment de puissance pour les disciplines qui en nécessitent. Je prends toujours une image : celle du numéro de cirque avec les assiettes au bout d’un bâton qu’on fait tourner pour qu’elles restent en équilibre.On les remue toutes, et si une seule ne l'est pas, elle tombe. Ces assiettes, c’est la technique. Le décathlonien doit donc avoir le plus d’assiettes possibles devant lui."

Le temps

"C’est une lutte avec le temps. Ce sont deux journées à rallonge. Par rapport à un décathlon de meeting ou de petit championnat, les horaires dans un grand championnat comme les Mondiaux, sont multipliés  par deux. En meeting, ça débute à 12h et ça se termine vers 20h. Là, ils vont se lever à 6h du matin pour commencer par un warm-up (échauffement) autour de l’hôtel. Ensuite, c’est petit-déjeuner, vérifier le matériel, aller au stade pour débuter l’échauffement. En décathlon, les pauses ne sont pas salutaires. Chacune d’elles oblige à se rééchauffer, surtout lorsqu’il y a, comme cette année entre le poids (11h55) et la hauteur (16h15), un long laps de temps. Un décathlon traditionnel, c’est un match de tennis de trois sets. Un décathlon de championnat, c’est un match en cinq sets."

L'échauffement  

"Le matin, on marche, on trottine, on s’étire. Puis on prend une douche, le petit-déjeuner. Certains ont besoin de beaucoup de temps, d'autres comme Kevin (Mayer) beaucoup moins. On travaille toute l’année pour passer d’une épreuve à l’autre. Chaque échauffement est spécifique : on ne s’échauffe pas pour courir de la même manière que pour sauter, ou lancer. Après la hauteur, on n’est pas prêt à faire un 400m. Il faut rouvrir les alvéoles pulmonaires pour éliminer notamment l’acide lactique. Cela coûte de l’énergie, mais c’est rentable ensuite. "

La récupération

"Tout ce qui peut contribuer à la récupération est bon. A Helsinki (en 2005), Romain (Barras) avait fini son 400m à 23h le soir. Le temps de quitter le stade et de revenir à l’hôtel, il avait préféré le sommeil aux dépens d’une séance de kiné. A Zurich, l’an dernier, Kevin (Mayer) avait eu le temps de tout faire : bain froid, étirements, massage… Tout dépend du temps disponible. Les kinés sont à disposition des athlètes dans la salle de repos, entre les épreuves, afin de faire des étirements ou des massages. Ca aide à récupérer, à éliminer les tensions. Mais là encore, c’est une question d’équilibre, car il ne faut pas trop se relâcher. La tension est nécessaire pour la performance. Certains dorment entre certaines épreuves, à l’image des navigateurs avec des micro-siestes. La règle, c’est la logique, le bon-sens et une très bonne connaissance de l’athlète. On évite de bouleverser ses habitudes."

L'alimentation

"C’est une partie importante de la réussite, comme dans le Tour de France. Souvent, on mange des féculents. Il faut que ça tienne au corps mais que ça n’embarrasse pas. Pendant la journée, barres céréales, boisson énergisante. Le repas est presque normal au déjeuner. Et le soir, on a besoin de temps avant de retrouver la faim. Lors de la deuxième journée, il y a moins de coupures donc l'alimentation est constitué plus par de l’entretien. En fonction du tempérament des athlètes, certains peuvent manger très peu durant les deux jours de compétition. En revanche, Karolina Kluft (triple championne du monde en 2003, 2005 et 2007), entre le concours et poids et de la hauteur, mangeait un plat de pâtes." 

Le mental 

"Il faut un mental pour digérer chaque performance ou contre-performance. Tout reste dans la tête. Une épreuve ratée est moins pénalisante sur décathlon que sur l’heptathlon pour les femmes, mais on peut mettre une épreuve pour s’en remettre. Les coachs et les kinés sont très importants car l’athlète doit sortir de l’épreuve mentalement. Que ce soit après un échec ou un succès, il doit oublier."