Bob Tahri
Le Français Bob tahri, sur le plateau de France Télévisions | THIERRY TAZE-BERNARD

Bob Tahri: "La lutte anti-dopage gagne du terrain"

Publié le , modifié le

Médaillé de bronze aux Mondiaux-2009 sur 3000m steeple et vice-champion d'Europe en 2010, Bob Tahri évoque les accusations, portées par la presse, sur de nombreux athlètes, notamment dans le fond et le demi-fond. Lui qui s'entraîne régulièrement au Kenya, nation notamment visée par ces soupçons, livre son expérience.

Avez-vous été surpris par les révélations de la presse concernant le dopage au Kenya et en Russie notamment ?
Bob Tahri:
"Ca m’a surpris car je vais très souvent m’entraîner au Kenya depuis pas mal d’années. Je n’ai jamais vu de dérive. J’ai vu le niveau moyen augmenter, mais cela me paraissait dû à l’apport d’entraîneurs étrangers qui ramènent une certaine connaissance et expérience. On sait que les Kenyans n’ont pas forcément de programme d’entraînement, s'entraînent un peu "à l’arrache". Avec une aide comme ça, c’est normal qu’ils s’améliorent. Ces accusations sont très dommageables pour le pays, pour les athlètes qui s’y entraînent et qui s’investissent là-bas. Il ne faut pas se leurrer, des tricheurs, il y en a partout. Mais la lutte antidopage gagne du terrain."

Vidéo: Le reportage de Stade sur l'ombre d'un dopage massif

Cela change-t-il votre regard sur les coureurs kenyans ?
B.T.:
"Cela ne change pas car je ne juge pas avant les juges. Aujourd’hui, il y a des contrôle antidopage. A partir du moment où un athlète les passe et qu’il est négatif, cela ne sert à rien de spéculer, de supputer. Il faut laisser l’AMA (Agence mondiale antidopage, Ndlr) faire son travail."

"Etre champion de soi-même"

Avez-vous déjà eu des doutes concernant un adversaire en course ?
B.T.:
"On peut parfois se poser des questions sur des comportements, sur des manières dont certains athlètes battent des records. Mais à partir du moment où on est compétiteur, on se bat jusqu’à la ligne d’arrivée. Le plus important, c’est pas d’être champion du monde mais d’être champion de soi-même. Je cours pour battre mes records personnels, pour donner le meilleur de moi-même. Si je suis battu par plus fort, ce n’est pas grave. Qu’il triche ou pas. C’est la lutte contre moi-même qui prime."

Continuerez-vous à aller au Kenya pour vous entraîner ?
B.T.:
"Il n’y a pas de raisons. Le dopage est un fléau qui gangrène le sport. Il faut continuer à aller de l’avant. Le Kenya est un pays avec lequel j’ai une histoire, où j’aime bien me préparer de ma même manière que je me prépare à Font-Romeu, à Vittel. Le Kenya est une partie de ma préparation, une pierre ramenée à mon édifice. Ce n’est pas la clé de ma réussite. Tant que je serai athlète de haut niveau, j’aurai besoin d’aller au Kenya m’entraîner pour les hauts plateaux, pour l’émulation d’un groupe."

"Des performances homogènes à Pékin"

L’arrivée de Sebastian Coe à la tête de la Fédération internationale va-t-elle changer la politique antidopage ?
B.T.:
"Sebastian Coe va impulser une autre dynamique, une autre vision de la lutte antidopage car il a été athlète, il a été coureur de demi-fond, et surtout il a été à la tête de l’organisation des JO les plus propres de l’histoire. Les Anglais ont un savoir-faire. Je trouve bien que ce soit un athlète qui soit à la tête de l’IAAF, car il a l’expérience et il sait mener sa barque."

Le fait que la Fédération russe n’aligne pas certains athlètes mis en cause est-il un bon signal ?
B.T.:
"Ce qui est un bon signal, c’est que dans ces Mondiaux, il y a eu des performances homogènes. Certains athlètes ont explosé leur record, mais on s’en doutait. C’est le cas de Taylor au triple saut, qui avait sauté à plus de 8m cette saison. Pareil pour Yego au javelot."