Yannick Agnel
Yannick Agnel | DPPI - STEPHANE KEMPINAIRE

Berlin : Yannick Agnel, la fatigue comme compagnon

Publié le , modifié le

Yannick Agnel s’est qualifié pour la finale du 200m nage libre ce mardi soir à Berlin. Mais le nageur de Baltimore n’a rassuré personne, même pas lui-même. Retour sur un début de compétition qui n’a pas été à la hauteur des immenses attentes placées en lui. Et pourtant, derrière la posture de façade, plutôt sereine, le nageur avait prévenu, il est arrivé fatigué dans la capitale allemande. Désormais, il ne s'en cache plus.

"Je n’ai pas changé, je fais toujours des blagues pourries". Voilà ce que disait Yannick Agnel à la presse française dimanche, veille du début de l’Euro. Le natif de Nîmes maîtrise sa communication. Blagueur, souriant et bon client, il gère parfaitement l’exercice. Problème, dans le bassin de Berlin, l’impression n’est plus du tout la même. Éliminé dès les séries du 400m, écarté du relais 4x100, finalement victorieux sans lui et avec une belle marge, Yannick Agnel était passé à côté de sa première journée. Mais il n’y avait pas de quoi s’alarmer selon l’intéressé. Ses derniers bons résultats sur 400m remontaient à "l’ère préhistorique" (il n’avait que le 11e chrono européen cette saison, ndlr) disait-il dimanche. Lundi après sa série (4e en 3’50’’81), il assurait même être "sur la bonne voie". "Je ne suis pas forcément déçu, ajoutait-il, ça faisait longtemps que je n’avais pas nagé, les sensations n’étaient pas trop mauvaises, c’est de bon augure pour la suite".

La suite ? Elle s’est écrite sans lui dans un premier temps. Titulaire lors des triomphes de Londres et Barcelone avec le relais 4x100m, il ne faisait pas partie du quatuor, remplacé par Mehdy Metella. Une décision logique selon lui. "C’est le collectif qui fait qu’on gagne, on sait mettre notre ego de côté quand il s’agit de faire gagner la France, a-t-il avancé. Cela me paraissait normal car j’étais plus dans l’incertitude que les quatre autres nageurs. Attention ça m’a fait mal de ne pas participer, mais la question s’est posée et je me suis dit qu’il y avait des gens plus aptes à aller chercher la victoire".

Pas rassurant

Des trois courses prévues à son programme ce lundi, il n’en a finalement couru qu’une. Pas mémorable en plus. Le reste de la journée fut assez longue, "je l’ai vécue patiemment, souriait-il après sa série de mardi matin sur 200m, je suis revenu nager, récupérer". Les doutes allaient se dissiper comme par magie après cette série. On allait voir ce qu’on allait voir, le meilleur performeur européen de la saison sur la distance (1’45’’63 aux France à Chartres) allait remettre les points sur les i. Cette course devait être celle du renouveau. Elle n’a fait que renforcer les doutes. Troisième de sa série (1’48’’27), derrière le tout nouveau champion d’Europe du 400m, le Serbe Velimir Stjepanovic, Agnel n’a pas survolé la concurrence. Loin de là.

En comparaison, l’autre déçu du 400m, l’Allemand Paul Biedermann s’est bien repris (meilleur temps des séries en 1’46’’62, ndlr). "C’est le temps que je visais, a relativisé Agnel à propos de son chrono, je suis content que ça passe. Je vais faire étape par étape". On était en droit d’attendre mieux, lui s’en contentait volontiers. "Je ne passerai pas forcément à la trappe dès les séries du 200m", prophétisait-il sourire aux lèvres après le 400m. Une preuve que la confiance, celle qui était censée l’habiter dimanche, n’est pas forcément au rendez-vous. "Je ne me fie pas aux résultats des championnats des USA (qui n’ont pas tous été bons pour les nageurs du groupe de Bob Bowman, ndlr), déclarait-il, je ne me pose pas de questions, j’ai assez d’expérience pour savoir où j’en suis".

Fatigue

Et mardi soir, après une qualification en finale du 200m ric-rac, il ne se cachait plus. Le discours de Charlotte Bonnet, empli d’humour - "il n’a pas grossi, je lui avais dit de ne pas trop manger de burgers aux Etats-Unis, il est en forme, plus qu’à Chartres" – ne tient plus. Le sien également. "Je suis fatigué, mais ça va". Le mot était lâché : fatigue. Il avançait cet argument mardi pour expliquer ses 200m poussifs. "Ca pique encore un peu, je me sens encore un peu lourd", résumait-il après sa série. La saison a été longue pour tout le monde, les Bleus l’ont répété depuis le début de la compétition et après chaque course. Pour Agnel, peut-être un peu plus.

Après cette demi-finale, où il est parti plus vite "car si je pars avec les autres, je n’ai pas assez d’énergie pour revenir comme j’ai l’habitude de le faire, détaille-t-il, il fallait que je tente quelque chose", il n’a plus cherché à nier l’évidence. "J’essaye d’être professionnel jusqu’au bout, mais comme je disais ce matin, c’est une semaine très compliquée, je suis en train de serrer les dents", ajoute-t-il. Fataliste, il admet ce qui était latent depuis dimanche, il "n’a plus d’énergie, plus rien". Le podium demain (mercredi, ndlr) semble loin. Il a oublié le chemin pour y arriver, la carte est sans doute de l’autre côté de l’Atlantique. Et les regards de se tourner vers les Etats-Unis, à Baltimore où il a élu domicile pour "vivre une aventure particulière".

Déjà des premiers signes

Dans le Maryland, Agnel a fait le grand saut. A 22 ans, il a tout changé. "L’environnement, qui est super, mais je n’ai pas ma famille, pas mes amis, c’est un autre pays, une autre langue, un autre coach", énumère-t-il. Un chamboulement total et peut-être dur à encaisser pour le grand échalas de 2m02. "Je travaille intensément de manière différente, il a fallu que j’apprenne à gérer. J’ai peut-être trop travaillé, j’ai envie de souffler", prévenait-il dimanche. Un désir qui se manifestait aussi lors des discussions autour du relais. "J’avais peut-être moins la niaque qu’un Mehdy (Metella, ndlr) qui rêvait d’y participer depuis des années", éclairait l’élève de Bowman. Mardi soir, il n’a plus slalomé entre les questions sur son état de forme, il les a affrontées. Lucide. "Dans la tête et dans les jambes, c’est compliqué en ce moment. J’ai une année de travail acharné sur le dos. Je sens que j’ai besoin de repos". Tout simplement.

Pourtant, il avait prévenu. Ça et là, lors de ses différents passages face aux micros, Yannick Agnel avait disséminé quelques signes avant-coureurs. Comme s’il voulait se protéger déjà, d’une éventuelle désillusion. Dimanche : "j’ai vécu une année en dents de scie, pas évidente", "je suis là pour m’éclater, mais il ne faudra pas s’attendre à des miracles". Sans son coach, Bob Bowman parti géré ses Américains au Pan Pacific, il n’a pas non forcément les clés pour trouver les solutions. Un argument qu’il a réfuté. "J’ai passé une année entière avec lui, se défendait-il dimanche, je suis en contact permanent avec lui. L’important, c’est que l’entraînement et la préparation se soient bien déroulées". Tellement bien, qu’il en est sorti rincé. S’il connaît ses manques actuels, il n’a pas encore vécu l’échec sur 200m, lui qui est champion olympique et mondial en titre. On pourrait bien assister à une première mercredi soir. Et ça ne surprendrait plus personne. 

Vidéo : la qualification de Yannick Agnel en finale du 200m nage libre

Vidéo : la réaction de Yannick Agnel après sa qualification

Championnats d'Europe de Natation