Fabien Gilot et Florent Manaudou
Fabien Gilot et Florent Manaudou, les deux Français se sont qualifiés pour la finale du 100m | AFP - JOHN MACDOUGALL

Berlin : Gilot, Manaudou, un duel jusqu'au 100

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Fabien Gilot et Florent Manaudou se sont qualifiés pour la finale du 100m nage libre de vendredi. Le plan des Marseillais s’est donc déroulé sans accroc, eux qui avaient élaboré une stratégie dès les séries de la matinée. Les deux sprinteurs vont donc se bagarrer pour une médaille, la première sur 100m en compétition internationale pour chacun d’eux.

Ils ne se quittent pas. Ils s’entraînent ensemble au quotidien à Marseille, ils triomphent ensemble en relais 4x100m nage libre - à Barcelone l’an dernier ou ce lundi à Berlin – et ils vont s’affronter en finale du 100m nage libre vendredi. En plus, Fabien Gilot, 30 ans, et Florent Manaudou, 23 ans, s’entendent comme larrons en foire. Alors vendredi matin, quand il s’agit de les qualifier pour la finale de l’épreuve-reine du sprint, tout le monde s’y met. Et des quatre français au départ des séries, ils sont les deux à s’en sortir. Une stratégie anti-sportive ? Eux parlent plutôt d’une décision collégiale. "Mehdy (Metella) va jouer la carte du 100m papillon, le but était de faire passer les deux plus grosses chances de médailles, Fab’ et moi, explique Florent Manaudou. On a réussi". Une stratégie qui a tranquillisé le frère de Laure, soucieux de cette règle limitant à deux le nombre de nageurs d’une même nationalité en demi-finale.

"On a fait notre stratégie entre Marseillais, confirme Fabien Gilot. Mehdy joue la carte du 100m papillon, ça faisait un adversaire en moins". "Une semaine de compétition c’est long, surtout quand les courses s’accumulent. Il faut faire des choix. Il n’y a qu’un seul gars qui a été capable de gagner huit titres sur une grande compétition (Michael Phelps à Pékin en 2008, ndlr), ce n’est pas donné à tout le monde. On a élaboré cette stratégie tous ensemble. On sait pourquoi on est là. On a notre course favorite et on ne veut pas la rater", précise Gilot. Fin de la mini-polémique donc, mais début du duel entre le champion de France du 100m nage libre et le médaillé de bronze de Chartres.

Un duel? Oui mais pas que

Vendredi, ils ont signé les deux meilleurs temps des demi-finales : 48’’61 pour Manaudou, six centièmes devant Gilot. A la culotte encore. Et ça sera sûrement la même chose en finale. "On ne va pas se lâcher. Nous nageons de la même façon, on partage la même gestion de la course, analyse le champion d’Europe du 50m papillon. On va peut-être craquer en même temps (sourire)". Le capitaine des Bleus prévoit "une belle bataille" mais préfère prévenir : "il ne faut pas se tromper, ce n’est pas une guerre franco-française. Il ne faudra pas oublier les Russes et les Italiens. Il y a quatre-cinq gars qui peuvent être sur le podium".

Vidéo : La demi-finale du 100m nage libre de Florent Manaudou

Lesquels ? Les deux Luca d’abord, Leonardi et Dotto, les Transalpins, respectivement 3e et 4e temps des demi-finales, à un souffle des Français (respectivement 48’’67 et 48’’68). Et les Russes donc. Même sans Vladimir Morozov, meilleur performeur européen (48’’25, ndlr), éliminé en séries, ils arrivent à placer deux nageurs dans les huit finalistes, Alexander Sukhorukov (48’’94) et Sergey Fesikov (48’’91), respectivement quatrième et huitième performeur européen. Du beau monde donc, d’où la méfiance de capitaine Gilot, même si ce dernier ne peut s’empêcher de rêver. "Un doublé français, ça serait beau c’est vrai", assure-t-il.

Vidéo : La réaction de Florent Manaudou après sa qualification

Sans erreur?

Pour le réaliser, les deux Marseillais vont devoir éviter les écueils commis en séries et en demie. Deux erreurs différentes mais qui pourraient se payer cash en finale. Du côté de Manaudou, elle est liée à sa jeunesse sur la distance. Spécialiste du 50m, il s’est mis à la distance-reine cette année. "Ce matin, je me suis fait surprendre. J’avais décidé de baser ma course sur celle du Russe Grechin – son voisin à la ligne d’eau numéro 3 – et il termine quatrième (Manaudou a terminé 5e dans le même temps que Filippo Magnini, ndlr), a-t-il commenté. C’est une erreur, j’apprends, mais c’est dur d’apprendre ici". Pourtant, le garçon apprend plutôt vite puisque quelques heures plus tard en demie, il a parfaitement maîtrisé sa course. "Je suis arrivé à faire la course que je voulais, souriait-il, à contrôler à la fin, sans me fier de ce qui se passait à-côté". La pression de sortir perdant du match franco-français des séries s’était envolée.

Vidéo : La demi-finale du 100m nage libre de Fabien Gilot

En vieux loup des bassins, Fabien Gilot a rencontré d’autres soucis. La fatigue ? Mauvaise pioche. "Il (Florent Manaudou, ndlr) a l’air plus frais parce qu’il a eu cinq ou six minutes de plus pour récupérer, ça compte, s’amusait-il en passant devant les micros après son compagnon d’entraînement". Les jambes ne sont pas lourdes. Elles étaient même légères au vu de l’impression dégagée. Mais, en s’économisant dans les 15 derniers mètres en demie, il a peut-être été " trop gourmand". "Je réaccélère sur la fin pour être sur de toucher le premier, mais j’ai joué avec le feu". Deux fautes sans gravité et qui leurs permet d’entretenir leur rêve de titre. Le premier sur 100m dans une grande compétition pour les deux acolytes. Gilot qui court après depuis 10 ans partage son "excitation et son plaisir" de faire des courses de ce niveau. Manaudou, lui, "s’amuse" et se réjouit simplement de bien négocier cette première année sur 100m. Deux hommes qui ne se lâchent décidément pas, même dans le bonheur. Pourtant vendredi, il ne pourrait y en avoir qu’un sur la plus haute marche. A moins qu’ils nous réservent une "Lacourt-Stravius", collection Shanghaï été 2011

Benoit Jourdain @BenJourd1

Championnats d'Europe de Natation