Zurich: La deuxième vie de Cindy Billaud

Zurich: La deuxième vie de Cindy Billaud

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Médaillée de bronze européenne chez les juniors, Cindy Billaud a mis huit ans à confirmer à l’étage supérieur. Pressée, la hurdleuse française veut aller voir encore plus haut. Elle vise un premier titre international sur 100 m haies en finale des Championnats d’Europe de Zurich ce soir (21h34).

Gagner, elle n’a plus que ce mot à la bouche. "C’est tout ce qui compte pour moi. Le chrono, il est là tant mieux, il n’est pas là tant pis. Si je suis devant, c’est que les filles sont derrière et c’est le plus important". Pendant longtemps, Cindy Billaud a été de ces filles. Celles qui ne voient que le dossard des cadors de la discipline au moment de couper la ligne. Sur la scène européenne, elle se bat pour ne pas enfiler le bonnet d’âne des finales. Au niveau mondial, elle joue sa peau dès les séries. Elle les franchit péniblement aux Mondiaux de Berlin, pas à Daegu deux ans plus tard. "Je sentais que j’étais forte dans certaines courses mais je n’arrivais pas à m’exprimer en compétition", raconte Billaud sur le site de la Fédération française d’athlétisme. Les qualités de la hurdleuse sont certaines mais le doute la ronge. Les espoirs placés en elle suite à son podium européen juniors en 2005 s’envolent. Même la petite étincelle des Championnats de France 2011, où elle se classe deuxième, ne suffit pas à raviver la flamme. Un an plus tard, sa qualification manquée pour les JO de Londres met le feu au lac.

Le tournant des France 2013

L’élève de Giscard Samba prend conscience qu’elle passe à côté de sa carrière. La mèche se rallume. Aux France 2013, la Cristolienne enflamme Charléty et claque un résonnant 12’’59. "C'est une nouvelle carrière qui commence", déclare-t-elle à l’issue de sa démonstration parisienne. Physiquement, Cindy Billaud s’affûte : "J’ai perdu six kilos en étant plus pointilleuse sur la muscu et en allant courir quasiment tous les jours en K-Way pendant 45 minutes". Mentalement, elle se blinde : "Je souffrais toujours de cette pression d’être favorite ou de jouer un podium ou une sélection, je subissais et je n’arrivais pas à courir vite et à m’exprimer. Mon entraîneur m’a beaucoup aidée à prendre confiance en moi". Au sein du groupe de son mentor Giscard Samba, la hurdleuse tricolore voit éclore Dimitri Bascou et les frères Martinot-Lagarde. Thomas d’abord, puis son frère Pascal. A leurs côtés, elle fait tomber toutes les cloisons qui comprimaient son talent. La couronne de France tout juste posée sur sa tête pour la première fois, l’athlète de 28 ans grimpe sur le premier podium d’un meeting Diamond League à Bruxelles. Puis, elle entre en finale mondiale à Moscou (7e) l’été suivant et termine au pied du podium aux Mondiaux en salle de Sopot en mars.

Billaud: "Se fighter avec Porter"

Ce soir, elle courra pour ouvrir son palmarès international. Pour le moment, ni la longue attente de sept heures entre ses deux courses hier, ni le retard pris dans sa demie n’ont altéré la marche de la patronne aux bilans européens cette saison. Depuis qu’elle a conquis l’Hexagone, la native de Nogent-sur-Marne est irrésistible. Elle n’a couru qu’un 100 m haies en plus de 13 secondes. Auparavant, elle n’en avait fini que cinq sous cette barre symbolique. "C’est vrai que je suis très régulière : course lente, rapide, maîtrisée, je fais souvent les mêmes chronos donc c’est cool", commente sobrement Billaud. Co-détentrice du record de France (12’’56), Didy Curly, son surnom sur Twitter, désire transformer ses très bons temps en titres. "Porter en 12’’63, c’est bien ce qu’elle fait. Mais elle est toute seule. Je réponds aux attaques des athlètes, donc on verra. Demain (aujourd’hui) j’espère que l’on sera côte à côte pour qu’on se fighte jusqu’au bout. Et que la meilleure gagne". Il y a deux ans, Billaud semblait cramée. Désormais, elle brûle d'impatience.

Vidéo : la demie de Billaud

Jerome Carrere

Championnats d'Europe d'Athlétisme