Kevin Mayer, France, Décathlon
Le décathlonien Kevin Mayer fête sa médaille d'argent drapeau français autour du cou | PHILIPPE MILLEREAU / DPPI MEDIA

Zurich: Kevin Mayer, la médaille du combattant

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Son corps, les éléments, ses adversaires, tout était contre Kevin Mayer durant deux jours. Le cœur et le mental de guerrier du jeune décathlonien français ont finalement eu raison de tout cela pour lui offrir l’argent aux Championnats d’Europe de Zurich. Pas de doute, cet homme en connaîtra d’autres.

Dans un autre siècle, Kevin Mayer aurait pu être gladiateur. Il en a les muscles et le goût du combat. Sous ses pieds, la piste du Letzigrund s’est transformée en arène. "J'ai toujours adoré les grands Championnats. J'attends ça avec impatience toute l'année et, quand j'arrive sur la piste, j'ai quelque chose qui monte de plus en plus, je sens un état de transe qui arrive", expliquait l’athlète de 22 ans à l’Equipe il y a quelques jours. Son palmarès le confirme. Après s’être rôdé chez les séniors aux Europe d’Helsinki (abandon) et aux JO de Londres (15e) le Drômois a toujours intégré le Top 4 des grands rendez-vous. "Kevin se concentre sur un ou deux évènements par an et arrive à mettre tout son influx le jour J", confie Bertrand Valcin, l’un de ses deux entraîneurs.

Valcin: "Il sait se transcender quand il le faut"

Cette qualité est presque innée chez le grand blond, comme en témoignent ses titres de champions du monde et d’Europe juniors (2010, 2011). A Zurich, il l’a encore éprouvée. A l’issue du lancer du disque, Mayer émarge au 8e rang, à un peu moins de 200 points du podium. Il lui reste trois épreuves pour décrocher sa première médaille dans une grande compétition en plein air. Dans des conditions dantesques, il égale son record personnel à la perche (5,20 m). Au javelot, il donne un coup de vieux à son meilleur lancer de la saison (64,03 m). "Il sait être là au bon moment et se transcender quand il le faut. Surtout, il est très polyvalent et rapide, avec des appuis variés", reprend Valcin. Confirmation sur le 1.500 mètres, dernière des dix épreuves au programme. Mayer est sixième, à 31 points de la boîte. Pour décrocher une médaille, il doit frapper fort. Ses compatriotes Geffrouais et Quérin assurent un rythme d’enfer. Seul l’Allemand Abele, loin au général, peut suivre la cadence du trio tricolore. En 4’24’’16, le vice-champion d’Europe de l’heptathlon en salle l’année dernière bat son meilleur temps de la saison. Une nouvelle médaille d’argent européenne vient garnir son armoire à trophée. "C’est un vrai décathlonien. Son regard déterminé m’a de suite fasciné. Il va toujours chercher au plus profond de ses réserves", témoigne Jean-Yves Cochand, son deuxième entraîneur.

Préparateur physique du prodige français, Jérôme Simian est lui aussi sous le charme. "Il sait mobiliser son énergie au bon moment et il prend tout ce qu’il a de disponible. C’est un garçon qui se transcende sous la pression". Pourtant, elle a failli tout lui faire perdre à Zurich. Stressé par une douleur au niveau de l’aine "une petite gêne sur laquelle il s’est focalisé", selon Valcin, Mayer ne peut tenir son rang à la hauteur. Il hésite à jeter l’éponge. Mais ce n’est pas le genre de la maison. Remis sur pied par son staff, le natif d’Argenteuil claque son meilleur chrono de la saison sur 400 m. La machine est relancée. "Il sait tout remettre en place au bon moment, même après des échecs. Il peut se mettre en difficulté mais il rebondit de suite", éclaire un Valcin admiratif. Les Mondiaux de Moscou illustre à merveille le propos du coach français. Quinzième à l’issue de la première journée, il avait battu quatre de ses records personnels sur les cinq dernières épreuves pour échouer au pied du podium.

Mayer, des qualités physiques nombreuses

A son mental d’acier et sa détermination à toute épreuve, Mayer ajoute des qualités physiques hors normes. A l’heure de les répertorier, Cochand et Simian ne savent pas par où commencer. "Kevin a une coordination exceptionnelle. Il a voulu apprendre à jouer du piano. En un an, il en fait très bien. Idem pour le ski. Il sent les choses. Parfois il se trompe, mais c’est rare. Lorsqu’il vient nous voir, il sait déjà ce qu’on va lui dire", entame le premier. "Kevin est très explosif, délié et puissant. C’est rare de voir quelqu’un qui cumule ces deux dernières qualités, ajoute le second. Il a plus de mal sur le 100 ou le 110 haies parce qu’il est élastique mais a une accélération moindre. Il lui faut plus de temps pour se lancer, un peu comme Christophe Lemaître". Cet éventail ne lui permet pas d’écraser une discipline. Mais il lui donne la possibilité d’être compétitif sur chacune d’elle. Dans un décathlon relevé, le Français a franchi la barre symbolique des 8.500 points pour la première fois de sa carrière (8.521 points) au stadion Letzigrund. A 22 ans, l’avenir s’écrit en lettres d’or pour lui. Et le glaive à la main.

Vidéo: la médaille d'argent de Mayer au bout du 1.500 m

Vidéo: Le podium de Mayer au décathlon

Vidéo : la fête après 

Jerome Carrere

Championnats d'Europe d'Athlétisme