Yohann Diniz, 50km marche
Le marcheur français Yohann Diniz après avoir passé l'arrivée du 50 km marche à Zurich (2014) | JULIEN CROSNIER / DPPI MEDIA

Zurich: Diniz marche à l'instinct

Publié le , modifié le

Sevré de titre depuis son sacre européen à Barcelone il y a quatre ans, Yohann Diniz a conservé son bien sur 50 km marche lors des Championnats d’Europe de Zurich. Impressionnant de bout en bout (il a bouclé la distance à 14 km/h), le Français a saupoudré sa victoire d’un record du monde. A 36 ans, il continue de surprendre son monde.

Tel un diable, il est sorti de sa boîte. Yohann Diniz n’aime rien de plus que surprendre. "Avec lui, on ne sait jamais à quoi s’attendre, s’amuse Stéphane Diagana, consultant France Télévisions. Personne n’ose faire des pronostics, lui compris. Des fois il est bien et ça ne passe pas, d’autres fois il n’est pas bien mais il s’en sort". Le marcheur tricolore confiait « ne pas être parti sur un super rythme au début de la course » hier matin. 3h 32 min et 33 sec plus tard, il décrochait son troisième titre européen et y ajoutait une sucrerie… Un record du monde… "Ce qu’il a fait est exceptionnel, s’enflamme Bernard Amsalem, président de la Fédération française d’athlétisme. Les conditions étaient bonnes pour lui parce qu’il aime la fraîcheur et la pluie". Déjà en 2006, le ciel lui avait offert ses grâces en mouillant les rues de Göteborg. Champion de France pour la première fois l’année précédente, Diniz ouvrait son compteur au niveau international et son hégémonie européenne en Suède. Sa médaille d’argent mondiale décrochée en 2007 laissait espérer qu’il l’étende au globe.

Un an de vrai pratique sacre Diniz champion de France

Mais Diniz n’aime pas les lignes droites. "Jusqu’à 22 ans, je partais en sucette. Puis, je me suis stabilisé et Gilbert Marcy m’a ouvert les portes du club d’athlé de Reims. J'ai eu le geste du marcheur au bout de dix secondes mais je m’y suis mis sérieusement en 2004", raconte le Champenois. Sa carrière sportive suit sa ligne de vie. Aux JO de Pékin, il abandonne. L’été suivant, il prend la 12e place aux Mondiaux de Berlin. Le doute s’instille. Yoann Diniz ne serait-il qu’un feu de paille ? En conservant sa couronne européenne à Barcelone en 2010, il répond par la négative. "Il a un tempérament atypique pour un marcheur, il révolutionne la marche par sa manière de l’aborder, éclaire Diagana. Ça lui a joué des tours par le passé". Comme en 2004, lorsqu’il réalise les minimas pour les Jeux d’Athènes mais n’est pas retenu par la Fédération française. "La marche est une discipline de l’athlétisme. Nous ne sommes pas à part. Je me prépare comme un athlète. Je ne voulais plus que mon sport souffre de cette image négative", détaille Diniz. Dans un milieu de la marche confidentiel et austère, Yo et sa langue bien pendue tranche singulièrement. "Je suis actif dans le milieu culturel, j’ai toujours eu des positions claires au niveau politique (membre de l'équipe PS d'Aubry aux primaires 2011) et je ne connais pas la langue de bois".

Autrefois ostracisé, le marcheur est désormais adoré dans une équipe de France ravie de ses succès. "C’est un bon gars, apprécié de tous", dévoile Diagana. "Je suis vraiment heureux pour lui parce que c’est un garçon attachant qui a déjà un beau palmarès", complète Amsalem au moment de commenter sa victoire sur 50 km marche. En s’adjugeant le record du monde et un troisième titre européen dans sa discipline, le marcheur de 36 ans l’a sérieusement étoffé. "C’est la folie et le charme de Yohann, qui est capable de choses incroyables comme il l’a démontré aujourd’hui, lâche un Diagana admiratif. Le 50 marche, c’est très long et c’est jugé, ce qui en fait une discipline très aléatoire". Yohann Diniz l’a appris à ses dépens. Aux Mondiaux 2011, quelques mois après s’être emparé du record du monde du 50.000 m sur piste, il mène la course. Mais trois cartons rouges en moins d’une heure le disqualifient. "Une injustice", selon lui. Aux JO l’été suivant, les juges sévissent encore. A Moscou l’an passé, il reçoit vite deux avertissements et termine 10e avec le frein à main.

Diagana: "Personne ne pouvait imaginer le record du monde"

Agé de 35 ans, Diniz semble alors condamné à un relatif anonymat. Impossible pour un homme "venu de nulle part" ayant pour but "de faire connaître sa discipline et de la pousser vers le haut". Alors, Yo change tout. D’entraîneur d’abord : "C’était devenu trop fusionnel avec Pascal Chirat. J’avais besoin de m’autogérer à nouveau. Gilles Rocca me laisse faire ce que je veux le jour des compét’, il considère c’est moi qui sens la course". De technique ensuite : "Il a fait des stages à Font Romeu toute l’année. Il a beaucoup travaillé pour ne plus être sanctionné", explique Amsalem. Parfois friable mentalement, le marcheur a également veillé à corriger ça.

Résultat, il est devenu le premier athlète Français à poser trois couronnes continentales sur son crâne. Et il s’est emparé du record du monde sans prendre le moindre carton "une première pour lui en grandes compétitions", dixit le président de FFA. "Il est parti sur les bases de son record et n‘a pas arrêté d’accélérer. On voyait tout le monde décrocher au fur et à mesure. Le compteur s’affolait et les calculettes tournaient jusqu’à ce qu’il batte le chrono de Nizhegorodov de deux minutes, rembobine Diagana. Personne ne pouvait imaginer ça avant, même les personnes qui le connaissent très bien". Le chef aime les surprises. C’est sa marque de fabrique. Sa course a été suivie par près de 4 millions de spectateurs sur France Télévisions. Oui, le chef aime aussi gagner ses paris.

Vidéo: La victoire de Diniz

Vidéo: La réaction de Diniz après sa victoire 

Jerome Carrere