Kayak : Nouria Newman, toujours à l'extrême limite !

Publié le , modifié le

Auteur·e : Marie-Christelle Maury
Noria Newman
Noria Newman | MaxPPP - Sven Hoppe

Retrouvez l’offre
france tv sport sur

"On fait aller… ça commence à être long !", une petite voix fluette et le cri du cœur. Dans la vie de tous les jours, Nouria Newman, 28 ans, descend des rivières déchaînées. Pour elle, pas de débit modéré. Dans son kayak, l’extrême rythme son quotidien pour cette triple championne du monde de la discipline. Avec des chutes vertigineuses comme terrain de jeu, ce petit brin de femme est l’une des meilleurs au monde dans son embarcation même devant les garçons... Respect !

Aventurière aux Quatre coins de la planète, confinée aujourd’hui, comme tout le monde. "Je suis relativement chanceuse, je devrais être coincée aux Etats-Unis, avec leur système de santé pourri ! Mais la veille du confinement en France, je me suis dit : il faut que tu rentres, ils vont fermer les frontières. J’ai réussi à prendre un avion à 4 heures du matin. C’est un grand soulagement de ne pas être restée coincer là-bas !" Bien inspirée ! Depuis, Nouria squatte la maison de son père, à Tignes, avec une copine. "On fait du footing mais c’est compliqué de respecter l’obligation du kilomètre. Quand tu es en Savoie, le confinement n’a pas le même sens qu’ailleurs. Ici, autour de chez moi, dans un rayon de 30 à 40 km, je vais croiser personne." Franchise habituelle et ton décalé, avant d’ajouter : "On s’est fait choper, on a eu une amende, on l’a payée, on a contribué à l’effort national !"  

En panne de liberté mais un sourire face au monde d’aujourd’hui. "On a le record du monde de délations en Savoie ! Heureusement dans le village de mon père, c’est solidarité voisins" et d’ajouter "vivement que ce soit fini ! En vrai, j’ai du mal à m’habiller le matin. Le gainage au bout de 5/6 systèmes, je lâche." Pas de championnat d’Europe cette année, ni même de mondiaux, tous annulés. Même sort pour son expédition en Inde prévue cet automne, ou ce projet vidéo concernant une grosse chute d’eau. Tout ça, envolé ! Même la bonne humeur de Nouria commence à s’ébrécher, c’est dire. "Il va falloir se réinventer ! C’est pas drôle en ce moment ! On demande aux gens de rester chez eux, de cuisiner et de regarder la télé. Moi, je suis en train de devenir complètement folle." Aucun mirage de liberté. Comme tous les athlètes ayant des partenaires, la kayakiste doit faire vivre sa plateforme.

Tâche ardue quand les vidéos de ses exploits sont aujourd’hui au point mort. "Cela m’a vite gonflé les challenges genre record de pompes ou équilibres sur la tête. Tout le monde fait la même chose. Alors j’ai décidé de faire une vidéo un peu drôle avec ma copine "Corona Nervous Breakdown." On s’est bien marrées. Ça nous a occupé une grosse après-midi."

En attendant des jours meilleurs, Nouria scrute le ciel, terrain de jeu restreint. Oubliés pour l’instant, les voyages au long court. "En France, la saison pour pratiquer le kayak extrême est très très courte. Depuis le début du confinement, il a fait super beau donc la fonte des neiges a rapidement fait gonfler les cours d’eau. J’espère qu’il va se remettre à faire froid pour garder encore un petite peu de neige d’ici le 11 mai. Ralentir la fonte et nous attendre."

Prendre son mal en patience et s’inventer, autrement. "On essaie d’imaginer des recettes de cuisine, c’est dégueulasse mais on se marre bien. J’ai regardé des films, genre séances de rattrapage. Franchement "Les Misérables", c’est super mais quand tu n’as pas trop le moral, ça en rajoute une couche. Sinon j’ai découvert les films du GMHM (Groupe militaire de Haute Montagne) ils font des trucs un peu fous, j’adore".

Nouria Newman a déjà préparé ses affaires pour le 11 mai, sortie du confinement. "Mon sac est prêt. De toutes façons, je ne le vide jamais. Dés le 7 Mai, je vais être sur mon ordinateur pour scruter la météo sur les massifs et le niveau des eaux. Le 11 au soir, j’irai mettre mon kayak sur le toit de ma voiture… à moins que je recommence à naviguer à côté de chez moi, sur l’Isère, pour me remettre en route." Ceci avant d’ajouter : "J’irai bien filmer une descente dans les gorges du Verdon, un secteur que personne ne connait, assez difficile mais hyper beau. Le cours d’eau passe sous les rochers, c’est magnifique... Je veux montrer qu’en France, on a aussi de très belles rivières !" La boite à idées continue de fonctionner, coup de blues passager. Grâce à ces chutes vertigineuses dans son kayak, Nouria Newman a toujours trouvé comment se redresser. Loin d’une allégorie à son sport, voilà sa vérité.

Marie-Christelle Maury mariechmaury