Tony Estanguet, la star du canoë-kayak français
Tony Estanguet, la star du canoë-kayak français | PIERRE ANDRIEU / AFP

Estanguet prend sa retraite

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Trois mois après son dernier sacre, Tony Estanguet a décidé de prendre sa retraite sportive. Le Béarnais qui est devenu à Londres le premier Français à remporter trois titres olympiques lors de trois éditions différentes quitte les bassins à 34 ans. "J'ai décidé d'arrêter ma carrière aujourd'hui", a-t-il lâché avec beaucoup d'émotion.

"En cas de 3e titre olympique, j'avais décidé d'arrêter ma carrière avant Pékin", a-t-il indiqué précisant qu'"avant Londres, je me suis juré de ne pas prendre de décision avant la fin de la compétition". Estanguet fait également part d'un "sentiment de bien-être incroyable, d'apaisement après les Jeux de Londres". "Je range mon bateau. Retraité à 34 ans! Merci à ma famille, mes partenaires et vous tous pour cette belle histoire", a-t-il également commenté sur les réseaux sociaux."Je ne pars pas usé, en conflit avec mon sport", a-t-il souligné. "Je me suis délecté de chaque instant, mais c'est le moment", a estimé le champion avant d'essuyer une larme.

Un duel fratricide, socle de sa carrière

Triple champion olympique (2000, 2004, 2012) de slalom, Estanguet prend sa retraite sportive après avoir également glané trois titres de champion du monde (en 2006, 2009 et 2010). Marqué au fer rouge par les exploits de Carl Lewis aux JO de 1988 dès son plus jeune âge, l'Olympisme a guidé la vie de ce professeur de sport. Son grand regret restera sans doute son faux pas aux JO de Pékin, alors qu'il était porte-drapeau de la délégation tricolore. Issu d'une famille de céistes (son père Henri est l'un des  fondateurs du "Club universitaire palois Pyrénées eaux vives"), le Béarnais se trouvera même en concurrence avec son frère Patrice (médaillé de bronze aux JO d'Atlanta en 1996) pour décrocher le dernier billet pour les JO de Sydney. C'est finalement Tony qui au terme d'une course véritablement fratricide, se qualifie. Ces sélections ont été "les plus difficiles, même si moi j'étais dans une position plus confortable, celle du petit jeune, un peu l'outsider, qui avait tout à gagner dans l'histoire", se rappelle Tony. Ce dernier va alors mettre à profit cette situation, et s'en servir de moteur pour aller d'abord s'offrir son premier titre majeur lors des championnats d'Europe.

Martikan, le grand rival

Quelques mois plus tard à Sydney, c'est le titre suprême pour Tony Estanguet, qui se fait un prénom. Dès lors, le Solvaque Michal Martikan (titré à Atlanta, puis à Pékin) va devenir son grand rival, que ce soit aux JO, aux Mondiaux ou aux Championnats d'Europe, et les deux hommes vont se répartir l'essentiel des titres sur les 17 dernières années. Leur style est radicalement différent, le Français pagayant à droite, le Slovaque à gauche. Estanguet est moins puissant, mais possède une science du canoë plus aboutie. Les deux hommes n'entretiennent aucune animosité en dehors des bassins, mais ne se retrouvent pas pour autant autour d'un verre après la compétition. Il s'agit d'une pure rivalité sportive. Après son échec à Pékin, Martikan surfe sur la vague du succès, mais en 2009, Estanguet renverse la donne en remportant son deuxième sacre mondial.

"Tout cela fait partie de mon histoire"

Il a effacé ses doutes, et peut alors se tourner sereinement vers son dernier défi, les JO de Londres, qui lui apporteront sa toute dernière breloque recouverte du précieux métal. Sacré pour la troisième fois l'été dernier, Estanguet ne boude pas son plaisir. "Tout cela fait partie de mon histoire", a-t-il déclaré après avoir remporté la finale. "A 22 ans, être champion olympique c'était une formidable histoire. A Athènes, conserver mon titre c'était magique aussi. Même Pékin, c'était important. Je n'ai pas envie de cracher dessus car grâce à ça, j'ai vécu autre chose qu'une victoire", a-t-il résumé. "Derrière (l'échec de Pékin, ndlr), je me suis reconstruit, j'ai appris à naviguer différemment, j'ai appris à m'ouvrir, à grandir. Donc forcément, (ce troisième titre) représente beaucoup."

Un avenir olympique ?

Pendant les Jeux londoniens, Estanguet avait laissé entendre qu'il prendrait éventuellement sa retraite. "Ce n'est pas sérieux de parler du Brésil aujourd'hui", disait-il. "C'est vrai qu'on est plus près de la fin, mais c'est une décision à prendre plus tard. Probablement la plus difficile à prendre", avait-il expliqué, et d'ajouter "il va falloir trouver d'autres défis, mais j'ai peur que ce soit fade." Avant-même l'annonce de son retrait de la compétition, le Béarnais a voulu prolonger sa carrière olympique en se portant candidat à la Commission des athlètes du Comité international olympique. "C'est un challenge nouveau pour moi, un projet qui me tient à coeur", avait-il déclaré. Pourtant élu le 11 août dernier (à la veille de la journée de clôture des JO), Estanguet voit ce vote annulé à la suite d'un appel de la délégation du Japon.

Depuis, le CIO et le Comité olympique japonais traînent un peu des pieds, et Estanguet devrait théoriquement être fixé aux alentours de janvier prochain, selon Matthieu Reeb, secrétaire général du TAS... "On attend. On m'a dit que la décision n'arriverait pas avant la fin du premier trimestre 2013", a expliqué le Palois. "Mais, membre du CIO ou non, j'ai de toute façon envie de m'investir sur ce registre, au plan international ou via le Comité national olympique". "Ce serait un bon moyen de rester en contact avec la famille olympique et de faire perdurer cette aventure. Car je pense que ma vie sera à jamais marquée par les Jeux", a-t-il souligné.

Palmarès de Tony Estanguet:
- Jeux Olympiques: 1er (2012, 2004, 2000)
- Championnats du monde: 1er (2010, 2009, 2006), 2e (2007, 2005, 2003)
- Championnats d'Europe: 1er (2011, 2006, 2000), 2e (2002, 2012)

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Romain Bonte