Le boxeur Souleymane Cissokho lance une application pour aider les boxeurs à s'en sortir face à la crise de la covid-19

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Auteur·e : Apolline Merle
Souleymane Cissokho
Souleymane Cissokho lors de son dernier combat, à Nantes, le 28 septembre 2019. | Maxime Le Pihif/SIPA

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Si Souleymane Cissokho, médaillé de bronze olympique aux JO de Rio en 2016, fait partie des boxeurs français les mieux lotis pour affronter la crise sanitaire de la Covid-19, les conditions d’entraînement et de déplacement pour les athlètes, même à son niveau, ne sont pas toujours simples. Et c'est parce qu'il a conscience de ces difficultés rencontrées par lui et d'autres boxeurs que le Français, déjà très engagé dans le milieu de la boxe, va lancer une application afin de les soutenir financièrement.

Alors que vous deviez vous rendre aux Etats-Unis pour un combat le 7 novembre, vous n'avez pas été autorisé à prendre l’avion. Qu’est-ce qui s’est passé ? 
Souleymane Cissokho : "Oui, j’avais un combat de prévu aux Etats-Unis le 7 novembre. En tant que sportif de haut niveau, j'ai une exception qui me permet de voyager et qui m’autorise donc à entrer sur le sol américain, mais quand je suis arrivé à l’aéroport, on m'a dit que je ne pouvais pas aller aux Etats-Unis sans visa. On m'a refusé de prendre mon vol. Mais je n’ai pas lâché. J'ai bataillé car je voulais malgré tout aller aux Etats-Unis pour finir mon camp d'entraînement initialement prévu afin d’être prêt pour mon combat du 7 novembre, et surtout je voulais arriver bien avant pour me caler à l’heure américaine. 

J’ai ensuite fait une demande de visa avec une avocate à l'ambassade, qu’on m’a refusé. J’ai effectué une nouvelle demande pour un autre type de visa, pensant avoir plus de chance. C’est passé mais je n'avais rendez-vous qu'en janvier. C'est incroyable ! J'ai alors fait intervenir un intermédiaire qui travaille avec la ministre des sports. Au niveau de la France, ils leur ont donc mis un peu la pression pour qu'ils valident ma demande de visa, en mettant en avant que c'était un combat important, et que mon dernier combat remontait à septembre 2019, soit plus d’un an." 

Mais vous avez finalement réussi à partir… 
SC : "J’ai réussi à avoir un rendez-vous un peu plus tôt, mais je n’avais toujours pas le visa, malgré qu’il soit accepté. Je l'ai reçu le mardi 3 novembre mais c’était trop tard pour mon combat puisqu’il faut arriver une semaine avant sur place pour suivre les mesures sanitaires. Tout cela m'a dégoûté. Je devais avoir la tête entièrement concentrée sur mon combat et résultat, j'ai fait de nombreux d’allers-retours au consulat, et beaucoup de paperasse. J’ai dépensé beaucoup d'énergie pour au final ne pas boxer."

Vous vous entraînez donc actuellement aux Etats-Unis ? 
SC : "Oui, je suis quand même parti aux Etats-Unis, car j'ai un autre combat à préparer et en France, avec le confinement, c’est un peu plus compliqué de s’entraîner dans de très bonnes conditions." 

Vous avez pourtant le statut de sportif professionnel, en quoi est-ce compliqué de s’entraîner en France ?
SC : "Dans nos entraînements, il n’y a pas que la partie boxe, il y a aussi la préparation physique. Avec le confinement, les salles de boxe en France ne sont pas toutes ouvertes et elles ne sont pas forcément dotées de salle de sport équipées pour la préparation physique de haut niveau."

Souleymane Cissokho, à Nantes, le 28 septembre 2019.
Souleymane Cissokho, à Nantes, le 28 septembre 2019. © Maxime Le Pihif/SIPA

Il y a quelques mois, vous prôniez pour un statut professionnel des boxeurs, afin de mieux les soutenir, puisque encore aujourd’hui, ils ne sont payés que lorsqu’ils combattent. Où cela en est-il ?  
SC : "Un groupe de travail a été lancé avec la ligue professionnelle et un syndicat pour les boxeurs professionnels vient d’être créé à l’initiative de quelques boxeurs. De mon côté, je suis en train de créer une application, Boxium app, afin d’aider les boxeurs à avoir une petite entrée d'argent de temps en temps en faisant du sparring-partner. Le principe est que ceux qui ont un peu plus d'argent vont donner un petit quelque chose à des sparring pour les aider dans leur quotidien. Par exemple, moi je m'en sors bien financièrement, et j'ai besoin d'un sparring, je vais donc chercher mon partenaire sur l’appli. On a l'habitude de la gratuité en France pour les sparring-partners alors qu'aux Etats-Unis, c’est un métier. Alors, pourquoi ne pas faire pareil en France. Et c’est bénéfique pour tout le monde. 

à voir aussi Souleymane Cissokho : "Alors même que j'ai des sponsors, je vis sur mes économies, alors que dire de ceux qui n'ont ni sponsors, ni combat" Souleymane Cissokho : "Alors même que j'ai des sponsors, je vis sur mes économies, alors que dire de ceux qui n'ont ni sponsors, ni combat"

Dans ce projet, il y a aussi Boxium manager, qui s’adresse autant aux boxeurs qu’aux autres athlètes qui en ont besoin. Boxium manager va leur permettre de ne plus penser aux sponsors, à la communication ou aux autres problèmes du quotidien. Une autre personne s'en chargera et les athlètes pourront se concentrer sur leur préparation et leurs compétitions. Je suis en contact avec de nombreux athlètes qui me confient leurs doutes. Certains sont qualifiés pour les prochains Jeux olympiques de Tokyo mais n'ont pas de sponsors. C'est dingue car ils donnent tout, et derrière ils n’ont pas forcément les atouts pour être au mieux. Quand tu pars en compétition, tu dois partir confiant, être à 100 % focus sur la compétition, et tu ne dois pas penser à ces à-côtés."

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