Bernard Hinault
Bernard Hinault | PASCAL POCHARD-CASBIANCA / AFP

Bernard Hinault: "Contador est le grand favori"

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Quintuple lauréat de la Grande Boucle (1978, 1979, 1981, 1982, 1985), Bernard Hinault officie depuis de nombreuses années comme "chargé de relations publiques" pour ASO (Amaury Sport Organisation) sur le Tour de France. Le Breton pose un regard aiguisé sur l'évolution du cyclisme à travers le temps, et il nous livre ses pronostics avec le credo qui est le sien: "Ce sont les coureurs qui font la course".

Quels sont les favoris de cette édition 2013 selon vous ?

"Les mêmes qu’en 2012. L’an dernier, on avait pensé que Schleck et Contador seraient présents. Résultat ? Ils n’y étaient pas du tout. Si tout le monde est là, normalement on va avoir Froome, Wiggins, Evans, Van Garderen, Gesink. Il y aura quasiment une dizaine de prétendants. Ce qu’il s’est passé en Italie, où on a vu Wiggins en difficulté, peut donner des idées à d’autres coureurs. Mais si l’on se réfère aux résultats affichés depuis le début de saison, Contador est le grand favori. Il est un très grand grimpeur et le parcours est très montagneux cette année, avec notamment les trois dernières étapes avant Paris très difficiles. Ca sera plutôt à son avantage".

Que peut-on attendre des coureurs français ?

"Il n’y a qu’une chose à faire, c’est gagner des étapes. Il y a tout ce qu’il faut pour briller. Quand on voit ce qu’à fait Pinot l’an dernier dans l’étape de Porrentry, on peut penser qu’il est capable de refaire un grand numéro. Il faut que les autres s’en inspirent. Je pense qu’il ne faut pas attendre le dernier kilomètre pour attaquer. Je pense qu’il faut viser les victoires d’étapes. Si je vous demande qui a fait 3e du Tour l’an dernier, personne ne sait. C’est ridicule de faire un top 10. Il vaut mieux faire un exploit comme a fait Pinot, ou comme Voeckler. Ca marque, c’est inscrit dans les annales. Si vous faites une place au général en n’ayant été que suiveur, tout le monde s’en fiche. Rolland ou Pinot l’an dernier, Voeckler l’année d’avant, se sont bien classés suite à quelques offensives. C’est différent".

Un podium est-il envisageable pour un Bleu ?

"Je n’en sais rien. Ce sont les circonstances de course qui vont le dire. C’est l’histoire qui s’est passée avec Voeckler, qui a fait 4e en 2011. Il aurait très bien pu être sur le podium. On a vu un Paris-Nice où il y a eu de la course. On a vu de belles classiques. Ce n’est peut-être pas exactement celles qu’on voudrait parce que ça manquait un peu d’offensives, mais les coureurs étaient là. J’ai suivi le Tour de Bretagne et on y a vu de belles phases alors que les enjeux étaient importants. Ca s’est joué à coups de secondes. Le Tour de Picardie aussi. On a de bons coureurs mais ils doivent le montrer".

Qu’est-ce qui a le plus changé depuis les années 80 ?

"Tout a changé depuis cette époque. La médiatisation d’abord. Dans les années 80, il y avait une dizaine de chaines de télévision présentes. Aujourd’hui il y en a 198. La technologie également puisqu’on a des vélos plus légers. Mais je suis contre les oreillettes. Quand on regarde ce qu’il s’est passé l’an dernier à La Toussuire... Pfff. Sans les oreillettes, tout se serait décanté. Froome n’aurait pas été obligé d’attendre Wiggins. Les coureurs sont des êtres humains, pas des machines. Avec les oreillettes, j’ai l’impression que ce sont des game boy (sic). Après, il y a aussi tout l’argent mis par les villes, les collectivités locales, pour accueillir l’évènement. Le Tour est une promotion fabuleuse de la France à travers le monde. Quand on discuté avec Paul Giacobbi, le président du Conseil exécutif de la Corse, il nous a dit que c’était inespéré de pouvoir vendre l’île au monde entier grâce aux images diffusées. C’est aussi pour ça qu’il y a autant de candidatures de villes étrangères. Sans compter que la communication autour de l’évènement s’effectue durant un an, dès la divulgation du choix de la ville".